Veerle Baetens, B.V. très franco (phile)
La star flamande, sans chichis, a pris le chemin de la France. Et des Ardennes. Entretien.
- Publié le 12-10-2015 à 16h34

La majorité du public francophone et international a découvert Veerle Baetens sous les traits et les tatouages du personnage d'Elise, dans "Broken Circle Breakdown", de Felix van Groeningen. Le film, qui a représenté la Belgique aux oscars en 2014, a révélé cette native d'Anvers, forte d'une carrière de déjà quinze ans : le public flamand la connaissait pour ses rôles dans des séries très populaires comme "Flikken" ou "Sara". Charmante, souriante, drôle, avenante : Veerle Baetens ne se prend pas la tête en entretien. Elle répond sans fard et franchement, loi du ronron des entretiens-promos. Elle reste cette comédienne "d'un petit pays où peu de gens nous regardent", comme elle le confiait récemment à un mensuel français. Et ses nombreuses actualités - la sortie de "D'Ardennen" en Belgique, de "Un début prometteur" en France ou le tournage d'une nouvelle série qu'elle a coécrit - ne semblent pas du tout lui mettre la pression.
Robin Pront, le réalisateur de "D'Ardennen" nous a dit qu'il avait écrit le rôle de Sylvie pour vous.
C'est vrai ? Il ne me l'a pas dit. Ce qui s'est passé, c'est qu'il m'a fait lire une première version du scénario. J'ai adoré le récit, mais je trouvais qu'il manquait quelque chose dans le personnage de Sylvie pour rendre plus fort la tension entre les deux frères. Je me suis permis de le lui dire. Il n'a pas changé grand-chose, mais avec Jeroen Perceval, le coscénariste et comédien du film, ils ont donné un peu plus de profondeur au personnage et de clarté dans l'histoire. Il m'a semblé que le personnage ressortait mieux. Cela dit, je précise qu'il a très bien écrit ce personnage. Ce n'est pas si courant d'avoir des réalisateurs qui donnent autant de consistance et de profondeur psychologique à une femme. Dans beaucoup de cas, ce ne sont que des faire-valoir, un peu stéréotypés.
Préparez-vous de la même manière un personnage comme Sylvie dans "D'Ardennen" ou celui de Mathilde dans "Un début prometteur" que celui d'Elise dans "Broken Circle Breakdown" ?
Cela demande évidemment moins d'investissement, d'autant plus que les rôles n'ont pas la même ampleur à l'écran. Mais je prépare toujours énormément. Cela démarre par la lecture du scénario. Je me laisse inspirer par les images qui me viennent en tête. Si ce n'est pas clair dans le scénario, j'essaie d'attribuer au personnage un des huit types psychologiques de Jung. Cela permet de fixer un cadre. Lorsqu'on crée un rôle, en dehors du scénario, c'est un peu une page blanche. Cela peut partir dans tous les sens. Il faut donc encadrer les personnages. C'est un peu comme le mettre dans un cube. Et, bien sûr, il y a un peu de moi dans chaque personnage, parce qu'on travaille à partir de sa propre expérience, de son propre ressenti. Ensuite, ça passe par les costumes ou le maquillage. Pour Sylvie, dans "D'Ardennen", je me suis épilé les sourcils, par exemple. Nous avons choisi des vêtements qui correspondent à ce type de fille, à son milieu.
Après "Un début prometteur", vous avez joué dans un autre film français avec Dominik Moll, "Des nouvelles de la planète Mars". Vous semblez suivre le même chemin que Matthias Schoenaerts, vers la France.
C'est l'effet "Alabama Monroe" (NdlR : le titre "international" de "Broken Circle Breakdown"). Les propositions sont arrivées. J'ai aussi joué dans une série française, "Au-delà des murs" de Hervé Hadmar. Dans le cas de Dominik Moll, j'aime beaucoup son univers un peu étrange. C'est aussi un réalisateur qui est très attentif aux personnages féminins.
Recevez-vous des propositions des Etats-Unis après le succès de "Alabama Monroe" ?
Oui, mais rien qui ne m'a intéressée jusqu'à présent. Je ne vais pas aller là-bas pour le plaisir. J'aime bien être en Belgique. C'est ma maison, c'est ici que j'ai ma famille. Si quelque chose d'intéressant se présente, bien sûr, je tenterai ma chance.
Et le cinéma francophone belge ?
Alors là, c'est étrange, parce que non, je n'ai pas de projet de ce côté-là. C'est dommage, parce que vous avez de très bons réalisateurs. Il y a les frères Dardenne, bien sûr. Mais j'aime beaucoup le cinéma de Jaco Van Dormael ou de Joachim Lafosse. J'ai adoré "A perdre la raison". Fabrice du Welz est aussi un réalisateur dont le cinéma est intéressant.
Vous-même venez de coécrire un scénario.
C'est un projet de série pour la VRT, intitulée "Tabula Rasa" que j'ai coécrit avec Malin-Sarah Gozin et Christophe Dirickx. Il y aura neuf épisodes. On débute le tournage dans deux semaines. On suit le parcours d'une femme, qui se réveille après un coma. Elle ne sait pas pourquoi elle est là. Et la police s'intéresse à elle parce qu'elle a été vue en compagnie d'une personne qui a disparu. Par contre, elle n'a aucune idée de qui cet homme est. C'est assez excitant, parce que j'ai écrit le rôle pour moi. Je me suis créé mon propre job !" (rires)
