Le BIFF: Les vingt ans de la nouvelle vague coréenne
Le début de ce tsunami culturel, fruit d'une politique volontariste remonte à tout juste vingt ans. "Trois événements charnières ont eu lieu en 1996 , note Chang Yeong-yeop, journaliste à "Cine21", principale revue de cinéma coréenne .
- Publié le 30-03-2016 à 16h16
- Mis à jour le 30-03-2016 à 16h21

Avec onze films dans la programmation du Festival du Film fantastique de Bruxelles (BIFFF), la Corée du Sud se taille la part du lion - pardon : du tigre. Depuis le milieu des années 1990, tous genres confondus, la korean touch a distillé les œuvres, régulièrement détonantes et décoiffantes, de ses réalisateurs dans les plus grands festivals internationaux.
Au BIFFF, Kim Ki-duk fit une entrée remarquée en 2001 avec "L'Ile", primé d'un Corbeau d'or. Trois ans plus tard, le réalisateur serait adoubé à six mois d'intervalle aux festivals de Venise et de Berlin, avec deux films différents - un cas unique. En quinze ans, ses compatriotes, dont Bong Joon-ho ("The Host", 2007) et Park Chan-wook ("Thirst", 2010) ont ramené du BIFFF trois autres Corbeaux d'or et deux d'argent. Peu de cinématographies peuvent se féliciter d'un tel palmarès.
Vingt ans de nouvelle vague
Le début de ce tsunami culturel, fruit d'une politique volontariste remonte à tout juste vingt ans. "Trois événements charnières ont eu lieu en 1996, note Chang Yeong-yeop, journaliste à "Cine21", principale revue de cinéma coréenne. D'abord, la création du Festival international du film de Busan." Ce dernier est devenu le Cannes de l'Asie, avec son marché du film comme point d'entrée des films internationaux.
De surcroît, 1996 marque l'avènement d'une "nouvelle vague" de réalisateurs "dotés d'une personnalité et d'une vision artistiques" , comme Hong Sang-soo, qui signa en 1996 "Le jour où le cochon est tombé dans le puits". "Marriage Story" de Kim Ui-seok, devint à l'époque le troisième plus grand succès de l'histoire du cinéma coréen. Il consacrait un bouleversement dans le système de financement, fruit d'une spécificité locale : l'arrivée dans la production cinématographique des chaebol. Ceux-ci sont les grands conglomérats industriels du pays - tels Daewoo, Hyundai ou Samsung.
"Les conglomérats ont favorisé une intégration verticale de toute la chaîne de production. Ils financent, produisent et distribuent les films et possèdent aussi des multiplexes." Entre le fin des années 1990 et 2005, le nombre de salles en Corée a triplé. Et le public a suivi. En 1999, "Shiri" enregistra 6,2 millions d'entrées (dont 2,4 millions dans la capitale Séoul) - plus que le "Titanic" de James Cameron.
La claque "Old Boy"
La nouvelle vague du cinéma sud-coréen a aussi rencontré le succès à l'étranger. La reconnaissance auprès du grand public a commencé avec un prix de la mise en scène et un prix d'interprétation à la Mostra de Venise en 2002 pour "Oasis" de Lee Chang-dong, suivie deux ans plus tard du phénomène "Old Boy", Grand prix du jury au Festival de Cannes. L'uppercut visuel de Park Chan-wook révéla au public occidental ce nouveau cinéma coréen, aux standards techniques dignes des productions américaines et aussi inventif et physique que celles de Hong-Kong ou du Japon.
Sur le marché national, la courbe ascendante de la fréquentation n'a pas fléchi. "En 2015, deux films ont passé les dix millions d'entrées, désormais norme du succès , précise Chang Yeong-yeop. Et le chiffre de quinze millions devient la référence à atteindre." Etonnamment, dans un pays si féru de nouvelles technologies, le piratage et la VoD menacent moins les salles de cinéma. "C'est parce que celles-ci ont une très bonne infrastructure, dernier cri." Dans les multiplexes, les salles sont couplées à d'autres loisirs, ce qui les rend toujours attractives.
Ressac
Par contre, la vague coréenne est en ressac à l'étranger : ses recettes ont fondu en dix ans, de 75,5 millions de dollars en 2005 à peine un peu plus du tiers en 2014. "Le problème du cinéma coréen est qu'il touche deux publics très différents : des jeunes intéressés par les cultures populaires asiatiques et les cinéphiles qui s'intéressent à un cinéma d'auteur. Les deux se recoupent rarement" , observe Min Byung-hyun, des Archives du film coréen (KOFA).
En découle une schizophrénie pour les réalisateurs : "Snowpiercer de Park Chan-wook est un blockbuster avec une star américaine en Corée mais un film d'auteur aux Etats-Unis…" L'écart se creuse sur le marché national entre les films à gros budgets et les "films du milieu", comme en France. "Après les succès du début des années 2000, les producteurs et les chaebol sont devenus de plus en plus gourmands" , explique Min Byung-hyun.
Reste que le cinéma coréen parvient à se renouveler. Sur les onze longs métrages du BIFFF 2016, quatre sont des premières œuvres : "The Beauty Inside" de Baek Jong-Yeol, "The Deal" de Yong-ho Son, "The Phone" de Kim Bong-joo et "The Priests" de Jang Jae-hyung. Et, sur le papier, tous annoncent déjà leur singularité.
