Voici pourquoi le réalisateur iranien Asghar Farhadi ("Le Client") n'ira pas aux Oscars
Nommé dans la catégorie du meilleur film étranger, le réalisateur de "Une Séparation" a expliqué ses motivations dans un communiqué publié dimanche.
- Publié le 29-01-2017 à 22h29
- Mis à jour le 30-01-2017 à 08h19

Conséquence du décret anti-immigration signé par le président des Etats-Unis Donald Trump, le réalisateur iranien Asghar Farhadi ne se rendra pas à la cérémonie des Oscars, le 26 février prochain. Son film "Le Client" est retenu parmi les candidats au meilleur film étranger. Asghar Farhadi avait déjà reçu un Oscar dans cette catégorie en 2012 pour "Une séparation".
Le réalisateur iranien a précisé, dans un communiqué publié dimanche en fin de journée, qu'il ne s'agit pas d'un boycott de sa part. "Mon intention n'était pas de ne pas assister à la cérémonie ou de la boycotter pour montrer mes objections [aux politiques de Donald Trump] car je sais que beaucoup de gens dans l'industrie américaine du cinéma et au sein de l'Académie des arts et sciences du cinéma sont opposés au fanatisme et à l'extrémisme qui règnent plus que jamais aujourd'hui" (...) "Mais il semble maintenant que la possibilité même de ma présence soit soumise à des "si" et des "mais", et ce n'est pas acceptable pour moi, même si l'on venait à faire exception pour mon voyage."
Le réalisateur, qui réside à Téhéran et qui a toujours dû composer avec la censure dans son pays - de même qu'il doit à chaque fois obtenir des visas de sorties lorsqu'il souhaite assister à des festivals à l'étranger ou à des cérémonies comme celles des César ou des Oscars - a aussi précisé dans son communiqué : "Les radicaux, peu importe leur nationalité, leur ligne politique ou les conflits, conçoivent et regardent le monde de la même manière : selon une mentalité "nous et les autres", qu'ils utilisent pour créer une image terrifiante des "autres" et instiller la peur chez leurs concitoyens. Cette vision n'est pas limité qu'aux Etats-Unis : dans mon pays, les radicaux sont semblables. (...) Le recours à la peur est un levier important exploité par des individus à la mentalité étriquée pour justifier les comportements extrémistes et fanatiques."
"J'ai la conviction, continue le réalisateur, que la racine de biens des antagonismes entre les nations dans le monde, aujourd'hui, est à rechercher dans les humiliations passées réciproques et que l'humiliation présente de plusieurs pays sème les germes d'antagonismes futurs. Humilier un peuple sous prétexte de garantir la sécurité d'un autre n'est pas sans précédent historique. Cela a toujours nourrit les divisions et l'animosité. Je tiens à exprimer ici ma condamnation à l'encontre de dispositions injustes imposées à mes compatriotes ainsi qu'aux ressortissants de six autres pays désireux d'entrer légalement aux Etats-Unis. J'espère que la situation présente n'engendrera pas de nouvelles divisions entre les Etats."
