"Star Wars", "La Belle et la Bête": pourquoi ces films sont-ils au box-office 2017 et que disent-ils de la santé d'Hollywood?
- Publié le 09-01-2018 à 15h21
- Mis à jour le 10-01-2018 à 22h18

Chaque année, le mois de janvier débute avec les bilans chiffrés de l'exploitation mondiale dans les cinéma. Si les montants totaux des recettes sont encore provisoires, ceux-ci révèlent déjà des tendances lourdes : baisse de fréquentation des salles aux Etats-Unis, record mondial, domination de Disney, fuite en avant du modèle hollywoodien face à l'intensification du streaming...
Baisse de fréquentation aux Etats-Unis
Les recettes mondiales totalisent un record de 40 milliards de dollars (33,53 milliards d'euros) mais la fréquentation des salles aux Etats-Unis est la plus basse depuis 22 ans. Cette baisse est due notamment à une des pires saisons estivales des dernières années, en dépit de quelques succès notoires, comme "Wonder Woman", "Les Gardiens de la Galaxie 2", "Spider-Man : Homecoming" et "Dunkirk". Si les recettes demeurent élevées malgré une fréquentation en baisse, c'est parce que le prix des tickets augmente.
Un marché mondial en demi-teinte
Au niveau mondial, le record atteint cette année doit être nuancé. Si les chiffres globaux sont bons pour les studios américains, l'analyse régionale des résultats a de quoi les préoccuper : dans la majorité des pays étrangers, petits ou grands, les super productions nationales font jeu égal avec les blockbusters américains, quand ils ne les surclassent pas. Face au quasi-monopole des films de super-héros en provenance des Etats-Unis, les publics nationaux tendent à se tourner vers des comédies, des films d'actions ou historiques locaux.
C'est notamment le cas dans les trois immenses marchés que sont la Russie, l'Inde ou la Chine où, par exemple, "Star Wars : Les Derniers Jedi" a loupé sa sortie, fin décembre. Les avant-premières du dernier opus de la saga stellaire n'ont totalisé que 560 000 dollars (469 540 euros) de recettes, cinq fois moins que l'Episode VII précédent. Et il fut largement devancé durant son premier week-end d'exploitation par une comédie locale, "The Ex-File 3", malgré une distribution sur un plus grand nombre d'écrans.
Le modèle hollywoodien mis à mal
Ces résultats confirment que le modèle des studios hollywoodiens poursuit sa fuite en avant : malgré des budgets de production en augmentation constante, les profits baissent.
Si en chiffres absolus le cinéma d'auteur - naguère dit "du milieu" - souffre de plus en plus, son retour sur investissement est en effet meilleur. Aux Etats-Unis, les films les plus rentables de 2017 - c'est-à-dire ceux ayant rapporté le plus par rapport à leur budget - sont tous des "petites" productions.
L'un des plus gros succès, à cet aune, est "Get Out" de Jordan Peele : d'un modeste budget de 4,5 millions de dollars (3,77 millions d'euros), il en a rapporté cinquante-sept fois plus, avec 254,3 millions de dollars (213,2 millions d'euros) de recettes - quasi autant que "Blade Runner 2049" qui a coûté trente-trois fois plus.
Disney renforce sa domination
Dans ce contexte latent depuis plusieurs années, l'industrie américaine se polarise. Alors qu'il y a encore dix ans, les six grands studios hollywoodiens (Disney, Warner, Universal, Fox, Sony et Paramount) produisaient quelque cent cinquante films par an, ils n'en fournissent plus que les deux tiers.
La domination de Disney est sans appel : avec seulement huit films sortis, le groupe a engrangé 6,46 milliards de dollars (5,41 milliars d'euros). Pour arriver en deuxième place du classement avec 5,13 milliards de dollars (4,3 milliards d'euros), la Warner a dû produire vingt films. Déjà fort du rachat de Pixar, Marvel et Lucasfilms ces dernières années, Disney a terminé l'année 2017 a un nouveau coup magistral : l'annonce de l'acquisition du département cinéma de la Fox pour un montant de 52,4 milliards de dollars (43,9 milliards d'euros) - un achat qui devra être validé par les autorités de la concurrence américaine.
La course au streaming
La stratégie de Disney est celle d'une reconversion désormais inévitable. La chute de la fréquentation dans les salles aux Etats-Unis est le corollaire du succès de Netflix et de son modèle de diffusion des contenus en streaming.
Tous les studios fourbissent leur projet ou leurs accords en la matière. Et sur le mode "L'Empire contre-attaque", le groupe Disney a sorti la grosse artillerie : le renouvellement de son accord de diffusion avec Netflix, ainsi que l'accroissement et la diversification de son catalogue de films et de contenus audiovisuels - d'où le rachat de la 21st Century Fox. D'aucun prédisent aux Etats-Unis que le dernier coup de Disney va forcer la main aux autres studios et que tous vont réduire l'écart entre les sorties salles et la diffusion en streaming. Une vanne qui, une fois ouverte, pourrait aussi déferler sur le marché mondial.
Un nouveau scénario est en train de s'écrire, à l'issue incertaine.
Sources : The Hollywood Reporter, Variety, Cineuropa, boxofficemojo.com
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Embellie en France, domination en Belgique
Dans l'Hexagone, si deux deux blockbusters américains trônent en tête du box-office ("moche et méchant 3" et "Star Wars - Les Derniers Jedi"), deux longs métrages français suivent dans le Top 5 : "RAID Dingue" de Dany Boon et "Valérian et la Cité des Mille Planètes" de Luc Besson. Au total, seize films français ont enregistré plus d'un million d'entrées en 2017 - une performance solide.
La Belgique demeure au contraire un des rares pays où le cinéma local (il est vrai coupé en deux publics très distincts) demeure dominé par les productions américaines. Le Top 5 est exclusivement constitué de blockbuster, "Moi, Moche et Méchant 3" en tête, suivi de deux productions Disney, "La Belle et la Bête" et "Star Wars : Les Derniers Jedi" (qui a atteint la troisième place en seulement trois semaines d'exploitation). La première production belge, le dessin animé "Son of Bigfoot" (à l'intrigue et à l'esthétique purement hollywoodienne) de Ben Stassen et Bibo Bergeron se trouve en 16e place du box-office selon le site spécialisé boxofficemojo.com, juste devant la première production française du classement, "Valérian et la Cité des Mille Planètes" de Luc Besson, aux relents de blockbuster américain également.
