"La Fracture": un diagnostic accablant de l’état de la France sous Macron

Un diagnostic accablant de l’état de la société française à l’heure des “gilets jaunes”.

Après avoir confronté, dans les années 1960, Virginie Efira et Niels Schneider dans le décevant Un amour impossible, d'après Christine Angot en 2018, Catherine Corsini s'attaque dans son nouveau film à un sujet d'actualité. La Fractureaborde en effet la grève de l'hôpital public et la crise des "gilets jaunes". Et ce le temps d'une nuit agitée de l'hiver 2018 passée aux urgences d'un grand hôpital parisien, où se retrouvent trois personnages qui, sans ces circonstances particulières, ne se seraient jamais rencontrés.

Éditrice de BD, Julie (Marina Fois) accompagne son épouse Raf (Valeria Bruni Tedeschi) aux urgences. Dessinatrice égocentrique, celle-ci vient de se casser le bras en tombant dans la rue. Là, le couple qui bat de l’aile tombe sur Yann (Pio Marmaï), un camionneur “gilet jaune” gravement blessé à la jambe par une grenade de désencerclement, lors d’une énième manifestation ayant mal tourné… Tout ce petit monde est pris en charge par un personnel dévoué mais dépassé par l’arrivée d’un groupe de “gilets jaunes” qui, poursuivis par la police, trouvent refuge aux urgences.

L’hôpital public comme un microcosme

Corsini part d'un fait réel : l'entrée (un peu rapidement présentée comme une "invasion") à l'hôpital de la Salpêtrière d'un groupe de manifestants traqués par les forces de l'ordre, le 1er mai 2019. Mais l'idée de la cinéaste n'est pas de recréer précisément l'événement. Malgré un vrai aspect documentaire dans la description du travail d'urgentistes en sous-effectif, La Fracture propose plutôt un diagnostic accablant de l'état de la France sous Macron. Ce service des urgences d'un grand hôpital public parisien, la cinéaste l'envisage en effet comme un microcosme permettant de réunir les différentes couches de la société française.

Malgré quelques raccourcis scénaristiques nécessaires pour faire tenir ensemble ces existences éparses, la mise en scène vive et l’humour omniprésent permettent à Corsini de livrer une comédie dramatique haletante, qui fait le constat d’un pays malade, divisé, au bord de la rupture… À l’image de l’état de délabrement de l’hôpital public français, qui semble prendre l’eau de toutes parts, avec des patients entassés dans des salles d’attente et des couloirs vétustes…

Irrésistible Valeria Bruni Tedeschi

La réalisatrice de La Nouvelle Ève retrouve des thèmes qui lui sont chers, comme la politique, la question sociale, mais aussi l'homosexualité, à travers ces deux épouses vivant leur crise de couple au milieu des malades. Excellente directrice d'acteurs, Corsini fait ici tourner des comédiens attachants, que ce soit Pio Marmaï dans le rôle du prolo en colère (mais au grand cœur), l'impeccable Aissatou Diallo Sagna dans son propre rôle d'aide-soignante, mais aussi Marina Foïs et Valeria Bruni Tedeschi. Irrésistible, cette dernière campe avec beaucoup d'autodérision cette bourgeoise de gauche hystérique, incapable de rester seule deux minutes et qui pense que ses petits problèmes, de coude et de couple, sont plus importants que ceux de celles et ceux qui l'entourent. Ou que ceux de la France…

Si La Fracture est un film charmant, il est néanmoins un peu faiblard si l'on cherche une analyse approfondie de la situation politique française. La cinéaste s'en tenant souvent aux réflexes d'une certaine gauche parisienne.

La FractureTragicomédie Scénario & réalisation Catherine Corsini Photographie Jeanne Lapoirie Avec Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs, Pio… Durée 1h38.

"La Fracture": un diagnostic accablant de l’état de la France sous Macron
©D.R.