Cannes 2025 : "Sound of Falling" ou les douleurs fantômes des femmes est-allemandes en Compétition
Ce mercredi après-midi, l'Allemande Mascha Schilinski a lancé la Compétition du 78e Festival de Cannes avec un drame historique qui retrace un siècle dans la vie de jeunes femmes est-allemandes.

- Publié le 14-05-2025 à 17h30

Après les paillettes et les discours forts de Robert De Niro et de Juliette Binoche de la cérémonie d'ouverture du 78e Festival de Cannes, la Compétition s'est ouverte, ce mercredi après-midi, avec Sound of Falling, très beau second long métrage, de Mascha Schilinsk.
Sur quatre périodes, du début du XXe siècle à aujourd'hui, Sound of Falling retrace la vie domestique dans une ferme est-allemande, en entremêlant les histoires des femmes qui y ont vécu. Entre la famille élargie de la petite Lia, qui grandit auprès de ses sœurs, de ses parents, de sa grand-mère et des domestiques et la famille nucléaire de Christa (Luise Heyer), Berlinoise venue s'installer à la campagne avec son mari et ses deux filles, la société a radicalement changé. Même par rapport à la période de la RDA, où la jeune Angelika (Lena Urzendowsky) rêve de liberté. Et pourtant, la ferme est toujours là et la rivière continue de couler. On continue de s'y baigner, mais aussi de rêver s'y noyer…
Un siècle en Allemagne de l'Est
Autrice de courts métrages et réalisatrice pour la télé allemande — elle a notamment travaillé sur la série Soko brigade des stups : Cologne pour la ZDF —, Mascha Schilinski signe avec Sound of Falling son second long métrage. Dans Die Tochter (Dark Blue Girl), drame sobre présenté en Compétition de la Berlinale en 2017, la cinéaste mettait en scène un couple séparé et, au milieu, une petite fille. La famille est à nouveau au centre de son nouveau film.
L'ambition se rapproche de celle d'Edgar Reitz avec sa saga Heimat (composée d'une série télé en 1984 et d'un double film en 2013). Laquelle proposait la chronique, du milieu du XIXe siècle jusqu'à 1982, d'un petit village de Rhénnanie. Resserrée sur 2h30, l'intrigue de Sound of Falling procède par bribes et échos entre les époques. Mais l'Histoire est ici totalement absente. Tout juste la guerre est-elle évoquée, tout comme la frontière avec la RDA…

L'héritage du malheur
Ce qui intéresse Mascha Schilinski, c'est l'expérience d'être femme à un endroit, en soulignant ce qui reste commun à celle-ci au fil du temps. Ainsi, gestes et phrases se répètent, tout comme les regards des hommes sur le corps féminin ou la présence de la mort, qui semble rôder en ces lieux.
Optant pour le format 4/3, changeant régulièrement son approche visuelle, soignant sa bande-son angoissante, la mise en scène de Schilinski est parfois un peu apprêtée. Très sensuelle, elle permet néanmoins de capter les âmes de ces femmes du passé qui continuent d'habiter cette ferme. Pour rendre palpable au spectateur quelque chose de l'ordre de l'héritage du malheur. À l'image de ces douleurs fantômes dont est victime l'oncle Frantz après son amputation, les héroïnes de Sound of Falling continuent à souffrir d'une douleur absente, qu'elles n'ont jamais vue, mais qui se répète et se raconte de génération en génération.
Sound of Falling/In die Sonne schauen Drame historique De Mascha Schilinski Scénario Mascha Schilinski et Louise Peter Photographie Fabian Gamper Musique Michael Fiedler, Eike Hosenfeld Montage Evelyn Rack Avec Luise Heyer, Lena Urzendowsky, Lea Drinda, Lucas Prisor… Durée 2h29