Aude Hesbert : "La frilosité des studios américains prouve que le cinéma indépendant a toute sa place"
La directrice du Festival du cinéma américain de Deauville se réjouit de son affiche éclectique : Susan Sarandon, Faye Dunaway, Sophie Thatcher et Brendan Fraser attendus sur son tapis rouge dès ce vendredi soir.

- Publié le 04-09-2026 à 13h52

Cette année, Aude Hesbert, la directrice du Festival de Deauville, est tout sourire face à la liste de ces invités de prestige : Faye Dunaway, Susan Sarandon, Ethan Hawke, Brendan Fraser… mais aussi les jeunes pousses Sophie Thatcher (Companion) et Patrick Schwarzenegger (The White Lotus) qui électrisent la jeune génération.
Un festival doit trouver le bon positionnement entre les générations, entre les talents qu'on révèle et ceux qu'on honore. "Cette année, il y a un bel équilibre entre les icônes au faîte de leur carrière et les nouveaux visages. Un festival doit transmettre la cinéphilie, en amenant un public jeune, à passer des figures qui lui sont familières vers une autre génération, une autre cinéphilie."
La sienne, elle l'a bâtie dans la banlieue de Nancy au fil d'une enfance bercée par La Dernière séance qu'elle regardait à la télévision, et de nombreux westerns. "J'ai une tendresse absolue pour ce genre, assez masculin, l'un de ceux qui racontent peut-être le mieux l'Amérique." Aude Hesbert a aussi adoré découvrir Chaplin, les polars et les films des années 90 d'Hal Hartley ou d'Ira Sachs, présent à Deauville cette année.

"Un festival, ce ne sont pas seulement des projections, mais un moment humain, fédérateur, un lieu d'échange, de réflexion. C'est pour ça que j'ai essayé de créer un maximum de rencontres. Beaucoup d'invités vont venir présenter des films cette année." Le Festival du cinéma américain de Deauville favorise le dialogue entre deux continents, deux visions du 7e Art. Aude Hesbert a créé les Journées professionnelles, l'an dernier, "avec l'espoir que cela donne lieu à des créations de films. La France et les États-Unis sont deux pays qui s'admirent mutuellement tout en étant très différents dans leur fonctionnement."
Des films de genre très référencés
Cette année, Le festival propose de nombreux films de genre, "très connectés aux jeunes publics, très référencés. Ça me fait plaisir qu'on puisse montrer toute la variété du cinéma américain, la variété des goûts, des genres. Aujourd'hui, on parle de plus en plus d'une culture liée aux générations. C'est important que tout le monde soit nourri et puisse échanger."
Les États-Unis traversent une crise mais Deauville affiche une grande diversité de propositions : "un western et même un film d'animation pour la première fois. Beaucoup de films de genre, de films intimistes, de films queers, traversés par les questions LGBT. C'est extrêmement réjouissant."
À travers sa compétition, le festival tente de toucher tous les types de publics. Aux yeux de sa directrice, il importe surtout d'avoir les bons films. "Comme dans le vin, il y a les bons et les mauvais crus et puis, il faut arriver à raconter une histoire, que le public soit touché. Voir les salles pleines, que le public ait aimé les films, mais aussi qu'il soit bousculé. J'adore écouter le public à la fin des séances. Il n'y a jamais ou très rarement d'unanimité."

La crise des studios rend sans doute la tâche plus difficile, mais elle permet aussi de s'intéresser à une jeune génération de cinéastes qui ne trouvait pas facilement sa place en festival. "Ce n'est jamais une bonne nouvelle quand le cinéma commercial va mal, parce que tout marche de pair. On est à une période pivot, plus que de crise, où tout est en train de se restructurer, il y a la télévision, les séries qui prennent beaucoup de place, l'IA… Il y a plus de frilosité des studios, mais cela permet de voir que le cinéma indépendant a toute sa place. Avec le succès de films comme Backrooms et Obsession, c'est génial de voir que des jeunes, venant des réseaux sociaux et des chaînes YouTube, décident de se lancer dans le cinéma. Le grand écran attire toujours."
Les jeunes réalisateurs indépendants américains ont conscience que la France est quand même un havre pour le cinéma d'auteur.
Tout comme Deauville et la Normandie qui gardent une aura particulière auprès des Américains. "Mon expérience américaine m'a révélé qu'il y avait une authentique francophilie et un profond amour du cinéma français de la part des Américains, plus que je ne l'imaginais. Face aux remous traversés par les États-Unis, la France est une valeur refuge pour le cinéma. Quand les réalisateurs viennent à Deauville, ils tombent amoureux de la ville. Michael Douglas est venu six fois, Kristen Stewart a prolongé sons séjour, prévu sur 2 jours au départ. Elle m'a dit : "mon film n'a jamais été présenté dans une salle aussi belle" : 1500 places remplies à 10h du matin, car le public nous fait confiance. Même au festival de Sundance, ils n'ont pas ce type d'expérience. Les jeunes réalisateurs en parlent autour d'eux et beaucoup nous soumettent leurs films."
Une ville, lumière et refuge
Il est important d'encourager les jeunes cinéastes qui veulent se lancer dans l'aventure. "Notre public est assez bienveillant, bien moins dur qu'à Cannes. Le prix décerné à Kristen Stewart, l'an dernier, lui a donné un vrai coup de pouce pour sa sortie en salles car son film n'était pas facile à aborder. Les jeunes réalisateurs ont conscience que la France reste un havre pour le cinéma d'auteur."
Ce n'est pas anodin que le Festival ait été créé à Deauville, la Normandie et les plages du Débarquement restent une étape majeure pour les Américains. Une page d'Histoire à laquelle se réfère le film Pressure avec Brendan Fraser, présenté cette année. On y raconte les 72 heures avant le Débarquement.
Aude Hesbert manifeste aussi sa volonté de remettre en lumière certaines personnalités oubliées comme la cinéaste pionnière Alice Guy, l'an dernier : "ça fait partie du rôle d'un festival de faire émerger ces figures majeures de l'histoire du cinéma. D'autant plus si ce sont des femmes."

Du côté des icônes, l'affiche est prometteuse cette année avec Faye Dunaway et Susan Sarandon. "Ce sont deux figures très fortes, chacune à leur manière, Susan Sarandon sur le plan politique et Faye Dunaway par son caractère rebelle : elle n'a jamais accepté de se laisser enfermer dans une case. Je suis très heureuse que les jeunes générations puissent les (re)découvrir et voir quelle énergie elles ont insufflée à Hollywood."