Jeudi soir, la Compétition de la 77e Mostra de Venise s’est ouverte avec deux films de femmes. Cette année en effet, Alberto Barbera n’a pas voulu que se répète la polémique de l’année dernière: près de la moitié des films sélectionnés sont signés par des réalisatrices. Le premier d’entre eux est Quo Vadis, Aida ? Révélée par un Lion d’or à Berlin pour son premier film, Sarajevo, mon amour, en 2006, où elle évoquait la vie quotidienne d’une jeune fille dans un quartier martyr de Sarajevo au lendemain de la guerre, la cinéaste bosniaque Jasmila Zbanic y plonge cette fois de front, pour retracer, du 11 au 16 juillet 1995, la prise de Srebrenica et les massacres qui ont suivi, qui ont fait plus de 8 000 morts dans la population masculine. Tout cela sous les yeux de quelque 400 Casques bleus hollandais, placés sous la direction d’un major Franken impuissant.

Récit d’un massacre annoncé

S’inspirant de faits historiques, Zbanic annonce d’emblée avoir pris des libertés pour des raisons dramatiques. Quo Vadis, Aida ? n’est effectivement pas un cours d’histoire. C’est une fiction qui se concentre, au milieu du cauchemar du nettoyage ethnique, sur le destin d’Aida, une interprète bossant pour l’Onu qui, une fois Srebrenica envahie par les troupes serbes du général Ratko Mladic, tente de faire entrer son mari et ses deux fils au sein de la base des Casques bleus où une partie des civils de Srebrenica ont trouvé refuge.

Campée par la Serbe Jasna Duricic, l’héroïne est partagée entre son travail au service de l’ensemble de la communauté bosniaque et sa rage personnelle de sauver les siens. Le dilemme aurait pu être intéressant, si Zbanic l’avait réellement traité. Totalement du côté de son personnage, elle livre un film irréprochable sur sa volonté de raconter ce moment tragique de l’histoire européenne récente, mais qui manque de distance par rapport à son sujet. Totalement univoque, Quo Vadis, Aida ? ne repose au final que sur une série de caricatures : les pauvres Bosniaques apeurés, les pleutres Casques bleus et des Serbes bestiaux et cruels. Là où, dans Sarajevo, mon amour, la cinéaste parvenait à créer de l’ambiguïté, elle se cantonne ici au premier degré militant.

Thriller passionnel

Second film de la Compétition, Amants est plus convaincant. Deux ans après avoir été membre du jury de Guillermo Del Toro et 22 ans après y avoir présenté Place Vendôme(qui avait valu le prix d’interprétation à Catherine Deneuve), Nicole Garcia retrouve le Lido avec un thriller psychologique entre Paris, l’océan Indien et Genève.

La Française met en scène une passion tragique, celle de Simon (Pierre Niney), un dealeur séduisant, et de la délicate Lisa (Stacy Martin), étudiante en école hôtelière à Paris. Ils s’aiment d’un amour fou. Mais un soir un des clients du jeune homme fait une overdose et Simon part sans laisser d’adresse. Quelques années plus tard, Lisa, désormais mariée à un assureur richissime (Benoît Magimel), passe quelques jours de vacances dans un somptueux ressort de l’île Maurice, où elle tombe par hasard sur son ancien amant. Au premier regard, ils sentent que leur histoire n’est pas finie…

Comme toujours coscénarisé par Jacques Fieschi, le neuvième long métrage de la cinéaste française s’attache à décrire une passion amoureuse condamnée. Par sa mise en scène, sombre, par la partition de Grégoire Hetzel, tout en tensions, Garcia ne cache pas en effet l’issue tragique. Malheureusement, si elle est toujours aussi à l’aise dans la description de divers milieux sociaux - tirant notamment profit des trois environnements géographiques choisis pour raconter trois moments de cette histoire -, elle ne parvient pas vraiment à faire transparaître à l’écran la passion.

Si Pierre Niney et Stacy Martin (décidément abonnée à Venise, où elle est quasiment présente chaque année depuis Taj Mahal de Nicolas Saada en 2015) sont indéniablement de bons acteurs, l’alchimie entre eux ne fonctionne pas totalement. Assez éteints, on les découvre plus amoureux que réellement passionnés. Ce qui, du coup, rend difficile que l’on se passionne pour leurs mésaventures.