Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Virginie Efira dirigés par Gilles Lellouche : on s’attend, logiquement à bien rigoler. Pourtant, on sort du Grand bain plus ému qu’hilare. C’est que la comédie est qualifiée de dramatique, mais plutôt dans le sens dépressif.

Du brave type dont tout le monde se moque (Katerine) au commerçant au bord du dépôt de bilan (Poelvoorde), du chanteur qui en est à son 17e CD autoproduit (Anglade) au cadre burnouté (Amalric), en passant par leur coach (Efira), une ex-sirène des bassins qui s’est noyée dans l’alcool ; on se dit que tous ceux qui participent à cet entraînement de nage synchronisée, ont en commun d’avoir plongé.


Pourquoi ont-ils choisi la nage synchronisée ? Pour sortir la tête hors de l’eau avec style ? Avec dignité ? En tout cas, ils n’ont pas eu peur de se mouiller, de passer au-delà des petits rires, voire des sous-entendus suscités par cette activité.

Gilles Lellouche, lui, s’est bien gardé d’enfiler un maillot, de chausser des clapettes et de se jeter à l’eau avec ses potes. C’est qu’il s’est mis un fameux défi : faire rire avec des dépressifs et une fille en fauteuil roulant. Il a choisi la tangente, le feel good movie, modèle Full Monty, en inscrivant sa dream team au championnat de nage synchronisée.

Le rire n’est jamais loin des larmes. Gilles Lellouche porte un double regard, marrant et touchant, sur ses éléphants de mer échoués au bord de la piscine. Marrant en pointant leurs travers, leurs pneus, leurs galères. Touchant en partageant leurs travers, leurs pneus, leurs galères. Tout cela en faisant des entrechats afin de ne pas toucher le fond.

Il y avait quand même le danger de noyer le film respirant l’anxiolytique plutôt que le chlore. Un risque parfaitement identifié par Gilles Lellouche qui a mis en place une stratégie en trois phases.

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A ces gars parfois un peu amortis, il impose le rythme des tubes des années 80 : Tears for Fears, Olivia Newton John très physical… Évidemment, ça pulse. Gilles Lellouche a aussi prévu un bon petit stock de punchlines, genre "Je l’ai dit mais je ne l’ai pas pensé". Dans la bonne bouche au bon moment, ça éclabousse. Et puis bien sûr, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Tamilchelvan Balasingham ne peuvent être qualifiés de bathing beauties mais ils aimantent le regard. D’autant que Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs et Mélanie Doutey, elles, n’apparaîtront jamais en maillot. Un vrai casting de (pl)ouf.

Même si le film brasse pas mal de souffrances existentielles, on mentirait en affirmant qu’il est d’une grande profondeur. Toutefois, on emporte son idée forte avec soi : on a tous besoin d’une médaille.

Réalisation : Gilles Lellouche. Scénario : Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini. Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Tamilchelvan Balasingham, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Mélanie Doutey… 2h02.

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