"Un cocktail, des cocteaux", comme le disait Queneau
- Publié le 28-08-2003 à 00h00

Sauf erreur, c'est à Raymond Queneau que l'on doit la boutade "Un cocktail, des cocteaux". En cette veille du quarantième anniversaire de l'envol du Poète pour l'au-delà, tous les prétextes sont bons pour éclairer un monstre sacré qui attendait qu'un... Prince charmant vînt l'arracher à son trop long sommeil. C'est donc un cocktail Cocteau que proposent les éditeurs. Cocktail d'ouvrages de (ou autour de) J.C.: contentons-nous d'un simple survol, apéritif, étant bien entendu que rien ne peut remplacer une (re)découverte de Cocteau par la lecture (enchanteresse) d'au moins deux de ses romans: "Les Enfants terribles" et "Thomas l'imposteur" (de ce dernier, une partie de l'action se déroule à Coxyde pendant la Première Guerre). De l'un et l'autre furent tirés des films, qu'on reverrait volontiers; le premier, en 1949, par Jean- Pierre Melville, sur dialogues de Cocteau; le deuxième, en 1965, par Georges Franju.
AU CENTRE POMPIDOU
Le 19 septembre, l'excellente collection "Découvertes Gallimard" publiera le "Jean Cocteau, sur le fil" de François Nemer, co-commissaire de l'exposition que le Centre Pompidou consacrera à J.C. (du 25 septembre 2003 au 5 janvier 2004) appelée à rencontrer un retentissant succès, à favoriser une
résurrection.
Alors que Buchet-Chastel réédite la biographie due à Francis Steegmuller, traduite en 1973, et que chez Allia reparaît "Le Cordon ombilical" (1962), le Promeneur annonce la correspondance échangée entre Cocteau et Louise de Vilmorin, tandis qu'au Passage du Marais paraîtra une étude de Brigitte Borsaro examinant les liens qu'entretint Cocteau avec le cirque et avec le music-hall. Quant aux Éditions du Seuil, elles proposent "Jean Cocteau, les années Francine Weisweiller" (du nom d'une de ses mécènes) par Carole Weisweiller (dont le Rocher annonce une édition augmentée de "Je l'appelais Monsieur Cocteau"). Signalons aussi la publication de l'essai documenté d'Emmanuelle Reztaillaud-Bajac "La Pipe d'Orphée" (Hachette-Littératures), qui montre quelle place occupa la drogue (l'opium) tout au long de la vie du poète à la santé de fil de fer.
De son côté, François Barat (qui fut producteur de films de Marguerite Duras) signe un "Cocteau de ma jeunesse" où il exprime sa gratitude d'ex-jeune cinéphile pour le réalisateur du "Sang d'un poète"; cet essai paraît au Rocher, dans la collection "Esprits libres".
TIRS GROUPÉS
Éditions du Rocher qui, précisément, font d'une pierre... huit coups, puisque cette maison d'édition - qui fête le soixantième anniversaire de sa création, à Monaco - republie plusieurs Cocteau devenus quasi introuvables, avec textes et préfaces (inédites) de Gaston Bachelard, François Nourissier, Serge Toubiana et Marcel Schneider. L'occasion de (re)découvrir "Clair-obscur", "La Difficulté d'être", "La Belle et la bête", "Le Sang d'un poète", "Théâtre de poche", "Entretiens sur le cinématographe", "Du cinématographe" et "Le Testament d'Orphée".À ce "tir groupé" du Rocher en répond un autre, du côté de chez Grasset: sa célèbre collection de poche "Les Cahiers Rouges", naguère relookée, réédite sept Cocteau ces jours-ci, à savoir: "Reines de la France", "Journal d'un inconnu", "La Machine infernale", "Lettre aux Américains", "La Corrida du Ier mai", "Essai de critique indirecte" et "Portraits-souvenir".
D'une si riche moisson, à l'avant de l'automne, qui ne se réjouirait?
© La Libre Belgique 2003
