Sabine, un livre pour tourner la page
J'avais 12 ans, j'ai pris mon vélo et je suis partie à l'école..." Ce sont là le titre et les premières phrases du livre-document de Sabine Dardenne, victime survivante de Marc Dutroux. La fillette avait passé 80 jours de l'été 1996 dans l'infâme et minuscule geôle de Marcinelle, à la merci de son bourreau.
- Publié le 28-10-2004 à 00h00

J'avais 12 ans, j'ai pris mon vélo et je suis partie à l'école..." Ce sont là le titre et les premières phrases du livre-document de Sabine Dardenne, victime survivante de Marc Dutroux. La fillette avait passé 80 jours de l'été 1996 dans l'infâme et minuscule geôle de Marcinelle, à la merci de son bourreau.
L'enfant d'hier est devenue femme: Sabine fête ce jeudi son 21eanniversaire. L'aube d'une nouvelle vie. Après l'horreur des semaines entre les griffes de Marc Dutroux. Après la plongée dans l'anonymat, entre sa sortie de la cache (le 17 août 1996) et le début du procès du prédateur psychopathe (le 1ermars 2004). Après 4 mois sous les puissants projecteurs de la cour d'assises d'Arlon. "J'avais le sentiment très souvent, dans cette foule de gens et de journalistes qui attendaient à l'extérieur du palais de justice, de devoir me frayer un chemin dans un monde de voyeurs", écrit-elle. En pleine surchauffe médiatique, elle répétait qu'elle n'était pas une star de cinéma. Même si elle avoue regretter parfois l'ambiance du procès d'Arlon, où elle a rencontré des personnes vraiment gentilles, franches et humaines.
Depuis juillet, Sabine Dardenne a retrouvé sa vie privée et son compagnon qu'elle avait dû délaisser pendant cette "période folle". Elle a repris le train qui la conduit chaque matin de Tournai à Bruxelles, où elle travaille. Malgré ses espoirs, elle n'a pas pu retrouver cet anonymat auquel elle aspirait. Depuis la fin du procès, dans le métro, le train ou les ascenseurs, des gens la dévisagent, font des commentaires à voix haute, vont jusqu'à lui demander un autographe. En affrontant ces regards "bizarres", même pas de biais, la petite blonde sent monter l'agressivité.
Quand "Oh! Editions" la contacte pour lui proposer de couler son témoignage en livre, la jeune femme accepte. Elle rejoint la Française Marie-Thérèse Cuny (qui a cosigné de nombreux livres tirés de vies de femmes) à Evian début août. Huit jours durant, Sabine parle, raconte, dévide le fil de son enlèvement, de sa captivité, de sa libération. Un magnétophone capte les différents épisodes: le kidnapping sur le chemin de l'école, la séquestration à Marcinelle, la vie dans la cache, les tortures mentales et physiques infligées par Dutroux, la sadique manipulation de son bourreau... "Je me suis enfermée volontairement cette fois pour rassembler les morceaux de ce gigantesque et sombre puzzle, au milieu duquel j'avais survécu. Je voulais le classer dans ma mémoire à ma façon, d'une manière que j'espère définitive. Juste un livre sur une étagère. Et pouvoir l'oublier très vite", conclut la jeune victime à l'été 2004. Marie-Thérèse Cuny a retranscrit son récit, lui a envoyé une version, puis une seconde. Sabine a corrigé quelques détails. La troisième copie était la bonne. "Je suis l'une des rares survivantes qui aient eu la chance d'échapper à ce genre d'assassin. Ce récit m'était nécessaire pour que l'on cesse de me regarder de façon "bizarre", et pour que plus personne ne me pose de questions à l'avenir."
Sabine Dardenne indique aussi, en préambule de son livre, que si elle a eu le courage de reconstituer son calvaire, c'est avant tout pour qu'un juge ne relâche plus les pédophiles à la moitié de leur peine pour bonne conduite en prison "sans autre forme de précaution". Certains sont déclarés responsables de leurs actes et intelligents; on les considère aptes au jugement, donc au suivi psychologique, observe la jeune victime. "Cette attitude est d'un angélisme effrayant, estime-t-elle. Au bout du compte, c'est donc la prison pour quelque temps ou à vie en cas de récidive. C'est la récidive qui me met en colère." Des techniques modernes et sophistiquées permettent de contrôler le déplacement d'un "prédateur isolé" ; la Justice peut s'en donner les moyens, et c'est aux gouvernements d'en décider, continue-t-elle. "S'il vous plaît, qu'ils ne l'oublient pas à l'avenir. Plus jamais ça."
Avant même sa sortie en librairie, le livre de Sabine s'annonçait comme un best-seller. Les droits de traduction de la version française ont déjà été achetés dans 14 langues (dont l'anglais, l'espagnol, l'italien, le suédois, le polonais, le japonais,...). Le livre devrait être vendu dans 30 pays. L'éditeur parisien espère vendre au moins 2 millions et demi d'exemplaires dans le monde.
© La Libre Belgique 2004
