François Bott, ou la passion de lire

Entré en 1958 à "France-Soir" en tant que journaliste tout terrain, passé ensuite à "L’Express" au secteur culturel sur lequel Françoise Giroud avait la haute main ("sous son éternel sourire charmeur, elle cachait des sentiments carnassiers"), François Bott rejoignit "Le Monde" en 1968, un an après avoir fondé avec Guy Sitbon "Le Magazine Littéraire" dont il partit après la publication du troisième numéro.

Francis Matthys

Entré en 1958 à "France-Soir" en tant que journaliste tout terrain, passé ensuite à "L’Express" au secteur culturel sur lequel Françoise Giroud avait la haute main ("sous son éternel sourire charmeur, elle cachait des sentiments carnassiers"), François Bott rejoignit "Le Monde" en 1968, un an après avoir fondé avec Guy Sitbon "Le Magazine Littéraire" dont il partit après la publication du troisième numéro. Au "Monde", durant la décennie 80, il dirigera le réputé "Monde des Livres", y succédant à Jacqueline Piatier. Son infatigable activité d’érudit critique ne l’empêcha pas de publier une trentaine de romans et d’essais (dont "Les Saisons de Roger Vailland" chez Grasset en 1969, "Radiguet, l’enfant avec une canne" chez Flammarion en 1996, "Femmes extrêmes" et "Femmes de plaisirs" au Cherche Midi en 2003 et 2007). Avec élégance, d’une voix racée, sans amertume ni férocité, François Bott retraverse le demi-siècle (1958-2008) où il évolua dans la germanopratine "République des lettres". Cet admirateur de Malraux, Sartre et Camus y rencontrerait d’innombrables écrivains (dont Cioran, "le misanthrope le plus chaleureux, le plus aimable de la planète") et parfois de grandes artistes comme Barbara ("je ne sais pas raconter ma vie, sauf avec des chansons") ou Dalida (qui, au cours d’un dîner, l’entretiendra toute la soirée de Heidegger : "Elle s’y connaissait. Elle savait tout sur le Dasein et le Mitsein , "L’Etre-là" et "L’Etre-avec"). Un recueil de souvenirs - trop court à notre gré - qu’on lit avec le même intérêt et plaisir que nous lûmes "Pour l’amour des livres" de Jean-Jacques Brochier (cf. "Lire" du 4 février 2005) ou "Point de côté" de Josyane Savigneau (cf. "Lire" du 24 octobre 2008). François Bott exprime son amour (fou) pour la littérature, elle qui "s’inquiète des relations implicites que vous entretenez avec votre boulangère ou avec les étoiles" et qui "nous fait accomplir de grands voyages immobiles". Chapeau !

La traversée des jours François Bott Le Cherche Midi 170 pp., env. 15 €