La politique, "pire qu'Ebola"

- Publié le 07-07-2020 à 14h00
- Mis à jour le 28-09-2020 à 15h24
La petite Islande fournit de grands thrillers. Après Indridason, voilà "Trahison" de Sigurdardóttir.
L'Islande ne compte que 360 000 habitants, mais on croirait que chacun y occupe ses longues soirées d'hiver comme musicien ou écrivain de polars. On connaissait déjà l'excellent Arnaldur Indridason, voilà une émule, Lilja Sigurdardóttir, 48 ans, autrice de théâtre et de romans noirs, choriste du groupe de rock Fun Lovin'Crime Writers. Elle avait déjà publié chez Métailié une trilogie, Reykjavik noir. Elle propose maintenant Trahison, un excellent thriller pour les vacances.
Le roman commence comme la série Borgen. À l'instar de Birgitte Nyborg, c'est ici Ursula qui devient ministre de l'Intérieur. Nommée pour un an seulement, son arrivée en politique est une surprise après des années de longs séjours avec Médecins sans frontières au Libéria pour lutter contre l'épidémie d'Ebola et en Syrie pour soigner blessés et réfugiés.
A priori, après de tels chocs qui ont laissé des traces douloureuses dans sa tête comme dans son couple, devenir ministre - même novice en politique - devrait être un plaisir et un repos. Mais en une quinzaine de jours à peine, le temps du roman, elle aura vécu une expérience plus traumatisante encore que les mois passés face à Ebola.
Le Diable est tout proche
Elle découvre la perversité de la politique, les financements opaques, les stratégies égoïstes, et surtout, elle doit se plonger d'emblée dans deux affaires sordides : le viol d'une jeune fille, crime que la police semble ne pas vouloir poursuivre, et le rappel douloureux du meurtre jadis de son père, tué dans une cellule de Reykjavik où il avait été enfermé pour alcoolisme et vagabondage.
En 121 très courts chapitres, l'autrice fait avancer son récit, ménageant comme il se doit, suspense et surprises. Son personnage d'Ursula est attachant dans son désarroi, sa volonté idéaliste de travailler au sort des migrants et de régler le problème du périphérique de la ville, mais le lecteur comprend vite qu'elle risque de n'être qu'un oiseau, non pour le chat mais pour le Diable, mystérieux personnage qui semble tirer les ficelles de son destin.
Le roman met judicieusement en lumière le danger des réseaux sociaux, voire des médias en général, quand ils manipulent l'information et inventent des faits pour tuer une réputation ou par pur désir d'un scoop sensationnel.
Entourée d'un garde du corps, d'une amie, de son mari, des ministres du gouvernement, de son chef de cabinet, elle ne se doute pas que la trahison peut surgir de ses proches.
Trahison Roman noir De Lilja Sigurdardóttir, traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün, Métailié, 350 pp., Prix env. 22 €, version numérique 14,99 €
