Blake et Mortimer sur les traces d'Excalibur: que vaut le dernier album de la série?
Le 30e opus des héros imaginés par Edgar P. Jacobs sort quelques semaines après le décès de son dessinateur André Juillard.

- Publié le 10-11-2024 à 16h17

Cette 30e aventure des aventures des héros imaginés il y a près de 80 ans (1946) par Edgard P. Jacobs s'ouvrent sur un hommage du scénariste Yves Sente à son ami André Juillard, le virtuose du dessin, qui s'est éteint le 31 juillet dernier. Ensemble, ils signent leur 8e opus de la série répartie, depuis sa reprise par Jean Van Hamme et Ted Benoit en 1996, entre plusieurs "équipes" d'auteurs.
Graphiquement, aucune surprise. André Juillard a, une fois de plus, assuré avec son élégance naturelle, so british, qui colle merveilleusement à l'univers de Blake et Mortimer.
Côté scénario, ce Signé Olrik, placé entre les mains d'Yves Sente, fait aussi un sans-faute avec un mélange d'enquête, d'histoire, de sciences, de légende et de fantastique, le tout planté dans les grands espaces des Cornouailles, ce bout d'Angleterre bordé par la Manche et l'océan Atlantique (plus particulièrement la mer Celtique). Déjà tout un programme.

Olrik toujours aussi maléfique
Ce 30e tome s'ouvre directement sur la pendaison au petit matin du colonel Olrik, l'ennemi juré de Blake et Mortimer. Une première planche, particulièrement réussie, qui bouscule et capte l'attention du lecteur.
En réalité, Olrik est retenu dans la prison londonienne de Wandsworth, où il semble bénéficier d'une grande liberté de mouvement. Ce n'est pas l'arrivée de codétenus dans sa cellule qui va modifier la donne. Les nouveaux venus appartiennent à une organisation nationaliste des Cornouailles qui sévit dans la petite ville de Sainte Corineus. Des terroristes qui vont immédiatement intéresser le colonel toujours prompt à s'ingérer dans les projets maléfiques.
Officiellement, ces nationalistes s'opposent à l'afflux de nouveaux migrants économiques en provenance des Indes. Dans les faits, ils sont surtout obnubilés par la quête du trésor légendaire du roi Arthur et de sa fameuse épée, Excalibur.
L'organisation inquiète les autorités britanniques qui envoient le capitaine Francis Blake sur place pour mater ce mouvement et mettre la main sur leur chef, présenté comme le "Grand druide".
Parallèlement, le professeur Philip Mortimer présente à Londres sa nouvelle invention révolutionnaire : "la Taupe", une excavatrice de poche qui présente le même tableau de commande que le célèbre Espadon. Et, évidemment, "la Taupe" doit être envoyée dans les Cornouailles pour des premiers essais sur le terrain.
En peu de pages, les auteurs ont réussi à convoquer les protagonistes et à les envoyer sur le même bout de terre, à proximité du château de Tintagel, associé aux légendes arthuriennes.
Le monde souterrain
Dans ce Signé Olrik, les auteurs parviennent aussi à ressusciter quelques grandes thématiques développées par Jacobs lui-même dans les douze premiers tomes de la saga qu'il a signés.
C'est ainsi qu'on replonge dans les légendes archéologiques comme on avait pu le faire dans Le Mystère de la Grande Pyramide ou Le Piège diabolique. C'est ici que s'invitent le roi Arthur, Uther Pendragon, la reine Igraine, et, évidemment, Excalibur qui devrait se trouver dans le tombeau d'Arthur, à Avalon…
Cette aventure renoue aussi avec la passion jacobsienne des sous-sols visibles dans Le Secret de l'Espadon, SOS Météores ou L'Énigme de l'Atlantide. Des décors qui, à eux seuls, font naître une atmosphère nimbée de mystère et de magie.
Une magie qui va pousser tout ce petit monde à tenter de percer le mystère de la grotte de Merlin. Un espace de jeu que vont accaparer Yves Sente et André Juillard pour se lancer à la recherche d'Excalibur dans une nouvelle course contre la montre haletante avec Olrik.
⇒ Les aventures de Blake et Mortimer, tome 30, Signé Olrik, Yves Sente – André Juillard, Blake et Mortimer, 64 pp, 17 €.