Edwy Plenel : "Le risque que l'extrême droite l'emporte à la présidentielle est plus grand que jamais"
Le journaliste signe un "manuel de résistance" pour protéger la démocratie. Il est à la Foire du Livre de Bruxelles ce vendredi.
- Publié le 27-03-2026 à 09h01

"Pour moi, le règne de l'opinion, vient étouffer les informations et tuer les vérités recoupées, sourcées, des savoirs, des connaissances. Le rôle social du journalisme, ce n'est pas d'émettre des opinions."
Il a beau avoir passé la main depuis deux ans à Carine Fouteau, l'actuelle présidente de Mediapart, Edwy Plenel ne lézarde pas pour autant en slip de bain sur un transat. À 73 ans et un demi-siècle de journalisme dans les jambes, le Français continue de planter sa plume dans la plaie pour le site d'investigation qu'il a cofondé. Malgré les insultes récurrentes à son encontre sur les réseaux sociaux.
"Pas assez vigilants"
Récemment, il vient de publier La démocratie n'est pas l'élection (collection Libelle au Seuil). C'est la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron en juin 2024 qui a décidé l'écriture de ce court essai – "sorte de petit manuel de résistance" – entamé tout juste un an après. "À l'époque, il y a eu un sursaut contre la possibilité que l'extrême droite arrive au pouvoir par l'élection. Ce sursaut a donné cette coalition du Nouveau Front Populaire (NFP), dont Emmanuel Macron n'a tenu aucun compte et qui, elle-même, est revenue à ses divisions électoralistes", explique-t-il, calmement par téléphone, un vendredi à 17 heures. "Chacun n'ayant qu'une obsession : la présidentielle."
Depuis longtemps, Edwy Plenel "sonne le tocsin" sur la possibilité que l'extrême droite prenne le pouvoir par les urnes. Attention, ça brûle… "Le risque que l'extrême droite l'emporte est plus grand que jamais", martèle-t-il.
Son livre a deux buts principaux : "alerter" d'abord sur le fait "que des pouvoirs autoritaires antidémocratiques arrivent avec l'alibi et la légitimité de l'élection". Et disent : Je suis élu, donc j'ai tous les pouvoirs. "Nous n'avons pas été assez vigilants sur ce qui fait la vitalité d'une démocratie." Tout le monde connaît : une justice indépendante, une presse libre, le droit à l'éducation et tout le toutim. En principe.
Ça, c'est pour le diagnostic mondial. Le mal est incarné par Javier Milei en Argentine, José Antonio Kast au Chili, Donald Trump aux USA, Vladimir Poutine en Russie, etc. "C'est un monde mafieux. Un monde de gangsters qui se paie, s'enrichit au passage. Un monde d'amoralisme. Les fins justifient les moyens."
En France, la menace est d'autant plus prégnante que l'hexagone est doté de deux particularités. Médiatique d'abord. "L'ascension éclair de ce qu'est le groupe Bolloré. Un empire qui n'a jamais eu d'équivalent en France." En détenant CNews, Europe 1, le JDD, Fayard, Hachette, Relay, l'agence Havas…
Edwy Plenel pointe aussi du doigt le régime présidentialiste d e la Ve République. "Les partis se sont professionnalisés, se sont déconnectés de la société et sont devenus des partis d'élus. Ce qui a désarmé la société."
"Ne plus être passif"
Comment prendre soin de nos démocraties ? Edwy Plenel cite Alexis de Tocqueville (qui redoutait le "despotisme doux à l'élection") et préconise plusieurs solutions. "D'abord de la faire vivre."
C'est ce qu'il fait depuis 18 ans avec Mediapart en dévoilant plusieurs affaires d'envergure. "Avec le laboratoire Mediapart, nous avons montré qu'il était possible de résister et de retrouver la confiance du public, de montrer qu'un journalisme d'intérêt public avait une utilité démocratique. L'idée, c'était de donner du courage. Mon livre est un appel à ne plus être passif. À ne pas déléguer notre volonté par l'usage du droit de vote. Nous devons défendre la démocratie là où nous travaillons, là où nous vivons."
Edwy Plenel mise sur le "collectif" et appelle à défendre "une forme d'esthétique de la politique" nécessaire pour retrouver de la hauteur et faire face "aux vents mauvais". En juin 2027, que se passerait-il si le RN l'emportait ? "C'est un saut dans l'inconnu radical. L'extrême droite française n'a besoin d'aucunement brutaliser la constitution de la Ve République pour installer une république autoritaire. Toutes les armes sont là. Cela peut aller très très vite et avoir un effet sur tout le continent européen. Pour me donner du courage, je me dis que l'inquiétude est l'antichambre de l'espérance. C'est en s'alarmant qu'on se secoue et qu'on se réveille." C'est le moment.
Rendez-vous
Démocratie en crise : pourquoi voter ne suffit plus? Le vote populaire est-il vraiment la preuve que le gouvernement en place est démocratique ? Edwy Plenel nous invite à regarder la démocratie autrement.
Vendredi 27 mars, 17h, Théâtre de l'imaginaire

