Mis sous pression, Blaise Ndala a eu "cette illumination que nous avons parfois comme auteurs"
Chacun de ses romans explore l'histoire du Congo, pourtant l'avocat a bien failli ne jamais devenir écrivain et ne jamais résoudre "L'Équation avant la nuit", titre de son dernier ouvrage dédicacé à la Foire du Livre de Bruxelles.

- Publié le 28-03-2026 à 19h15

"Si tu ne veux pas envoyer ton roman à certaines maisons d'édition, je le ferai pour toi. S'il n'est pas accepté au bout de six mois, je paie nos prochaines vacances. Mais si on l'accepte, comme je le pense, tu paies mon voyage… Ce chantage assez ludique devait nous départager", se souvient Blaise Ndala.
Installé au Canada depuis sept ans, il vient d'emménager avec sa fiancée qui a trouvé, dans un vieux carton, un manuscrit ramené de Belgique.
À l'époque, celui qui est avocat de profession voit l'ultimatum posé par son ex-compagne d'un mauvais œil. "Il y a tellement de bons écrivains. Pourquoi dois-je ajouter mon nom à la longue liste des gens qui m'émerveillent et dont je tiens certains presque pour des demi-dieux ?", se demande-t-il.
Piqué au vif et mis sous pression, Blaise Ndala décide d'écrire un roman dont il pourra être fier : "Je lui ai dit : je vais écrire un texte pour toi et je vais prendre pour la première fois de ma vie un projet littéraire au sérieux." Lui qui écrit depuis l'enfance, et a toujours rejeté les demandes de ses amis et parents d'envoyer ses textes à un éditeur, est au pied du mur.
Le "combat du siècle" Ali-Foreman s'impose à lui
"Quand j'aurai fini, si tu le lis et que tu l'aimes autant ou plus que le texte que tu viens de trouver, nous l'enverrons, promis. Mais celui-ci ne l'envoie pas…" Un mois plus tard, en se rendant chez un de ses oncles installés à Ottawa, une idée surgit, fulgurante. "J'ai eu cette illumination que nous avons parfois comme auteurs : une scène marquante inscrite dans ma mémoire. J'avais déjà eu l'idée d'écrire sur le combat de boxe de 1974 entre Mohamed Ali et George Foreman." Un combat maintes fois retracé par un de ses oncles paternels passionné de boxe. "Il me disait : il fallait être au stade ce jour-là, petit ! Il fallait vivre ça et mourir après tranquillement. Pour lui rendre hommage, j'ai retracé ce combat. Le roman lui est dédié. Il commence dans le sous-sol du stade, dans le vestiaire où Mohamed Ali se prépare, entre peur et volonté de puissance."
Mis au défi, Blaise Ndala s'accroche à ce récit d'enfance pour dérouler une épopée digne de ce nom. Ses souvenirs sont d'une incroyable précision. "Je commence à écrire sur une facture d'une compagnie de téléphonie. Et là, les idées viennent. J'annule ma visite chez mon oncle et retourne à mon appartement. Il était 15h à peu près. À 22h, j'écrivais encore tout ce qui me venait à l'esprit. Ce livre s'est écrit très vite. Quatre mois plus tard, j'avais une première version que j'ai confiée à ma fiancée. Elle l'a lu lors d'un voyage professionnel vers le Mexique. Lorsqu'elle a atterri, elle m'a appelé pour me dire : oublie le premier. C'est celui-là qu'on va envoyer." Ce texte est devenu J'irai danser sur la tombe de Senghor pour lequel Blaise Ndala remporte le Prix du livre d'Ottawa en 2015.
Le Congo m'a embauché et ne veut pas, pour l'instant, me libérer.
Depuis, le juriste continue à consacrer tout son temps libre à l'écriture. Même si les choses se sont corsées depuis la naissance de son fils, il y a cinq ans. "C'est du temps en moins pour écrire, mais du temps en plus pour la relation de qualité que je voudrais avoir avec lui, à qui est dédiée L'Équation avant la nuit", son dernier livre.
Son rôle d'écrivain prolonge sa profession d'avocat, lui qui plaide pour que le Congo retrouve sa place dans l'Histoire universelle. "J'écris sur le Congo parce que je ne sais pas faire autrement. Le Congo m'a embauché et ne veut pas, pour l'instant, me libérer."
S'il creuse l'histoire congolaise de façon critique et détaillée, il le fait en cherchant à rétablir la balance de la justice et en repensant au prêtre belge, persuadé que le jeune Blaise deviendrait un jour dramaturge. Souvenir d'une autre révélation, lorsqu'à 12 ans, il joue la pièce Les larmes de Soweto dans son collège des pères joséphites. Il y tient le rôle d'un avocat défendant des étudiants insurgés. Quarante ans plus tard, il connaît encore certaines répliques par cœur.
"Mes camarades et certains profs s'enflamment. Ils me disent : Blaise, tu es fait pour être avocat. Certains se mettent à m'appeler maître, déjà. J'y prends goût et je découvre la question de la discrimination, du racisme, de l'apartheid. Ça s'imprime dans mon esprit. Douze ans, c'est l'âge où on se demande ce qu'on fera de sa vie." Il se voit alors avocat "défendant les faibles, les veuves, les orphelins."
Scène et écriture
Congo, Belgique, Canada : son parcours, défiant les frontières, lui a donné raison. L'homme aime surprendre ses lecteurs comme ses interlocuteurs. À le voir si posé et volubile, on n'imagine pas forcément les multiples bifurcations qui ont jalonné sa route…
Après avoir terminé son droit à Louvain-la-Neuve et une maîtrise en droit international des droits de l'homme au Canada, il a travaillé comme représentant d'Avocats sans frontière Canada en Haïti. "Ma mère, elle-même fan de théâtre, me l'a rappelé récemment : tout ça est venu de la pièce jouée quand tu avais douze ans."
Après une maîtrise en administration publique internationale et un concours réussi au ministère de la Justice, Blaise Ndala travaille comme juriste dans la fonction publique canadienne. Activité qu'il combine avec celle d'écrivain, statut qui lui est "tombé dessus de façon presque accidentelle", dit-il. D'autres diront, au contraire, qu'il n'y a pas de hasard.
