" Visions de Goya" : A l'école des peintres, un écrivain…
Se confrontant aux "Peintures noires" de Goya, Stéphane Lambert y voit une victoire de la création sur le chaos.
- Publié le 28-03-2019 à 18h10
Se confrontant aux "Peintures noires" de Goya, Stéphane Lambert y voit une victoire de la création sur le chaos. Depuis une dizaine d'années, Stéphane Lambert entrelace son écriture avec la peinture de grands maîtres : Claude Monet, Mark Rothko, Nicolas de Staël, Caspar David Friedrich. Il s'en explique dans son dernier ouvrage : depuis sa jeunesse, l'art, quelle que soit son époque, le rend heureux, et les artistes lui sont des êtres proches avec qui il partage ce qu'il y a de plus intime et de plus essentiel. Par leurs couleurs et leur pinceau ne donnent-ils pas une existence à la vie intérieure ? leurs créations ne s'attachent- elles pas à exprimer ce qui fait l'essence du vivant ?
Il y a plus : par le courage qu'ils ont d'assumer leurs visions, ils lui donnent le courage d'exister. Equilibristes entre le vertige et la foi, ils répondent à l'inconfort du doute par l'acharnement à la tâche. En donnant une forme à l'informulable, ils lui ont montré le chemin. De ce point de vue, il semble à Stéphane Lambert que les images ont un avantage sur les mots : elles peuvent contourner l'intelligibilité. N'est-ce pas d'ailleurs la leçon que Beckett a tirée de sa confrontation avec Friedrich ? Bref, à l'école des peintres, il a cherché à donner à son écriture une forme qui ait la concentration du tableau.
Aujourd'hui, Stéphane Lambert aborde en de courts chapitres Francisco de Goya (1746), le plus grand peintres espagnol depuis Velázquez. Il fut longtemps le peintre de divertissements populaires, de tableaux religieux, de portraits de la famille royale. À partir de 1808, toutefois, l'Espagne sombra dans une suite de guerres et de massacres, en conséquence de l'invasion du pays par les armées de Napoléon, la résistance de patriotes, enfin le retour des Bourbons, et avec eux d'un pouvoir absolutiste et de l'Inquisition.
Univers fantastique et macabre
Devenu sourd, et ne cachant pas ses idées libérales, Goya tenta de transiger, avant de se retirer en 1820 de la vie de son temps. Replié dans sa maison de campagne proche de Madrid, le vieil homme de 74 ans en couvrit les murs de quatorze peintures dites "noires".
Ce sont ces Peintures noires que Stéphane Lambert est allé questionner au musée du Prado où elles sont conservées aujourd'hui. Comment le vieux peintre a-t-il pu projeter sur les murs de son habitation un univers aussi fantastique, monstrueux, halluciné, macabre, avec pour point d'orgue un Saturne dévorant ses enfants ? Au fil des pages, il note les réflexions, observations, interrogations que lui inspirent ces visions cauchemardesques. Pour y voir, finalement la vitalité inébranlable de la création face à la menace du chaos.

Visions de Goya Essai De Stéphane Lambert, Éditions Arléa, 100 pp. Prix env. 16 €