Dans les yeux des femmes milliardaires

À la poursuite de milliardaires philanthropes, un documentaire à découvrir ce mercredi à 23h45 sur Arte.

A la poursuite de milliardaires philanthropes
©© Jean Luc LEON

En 1890, ils n'étaient qu'une centaine de milliardaires. "Aujourd'hui, ils sont plus de 2 500, sans compter les familles royales, ni les dictateurs. Et tous ensemble, ils possèdent plus de 10 000 milliards de dollars", rappelle en préambule le documentaire de Jean-Luc Leon. "Depuis l'Antiquité, à chaque fois que les fortunes deviennent démesurées, hors de l'échelle humaine, les philanthropes se multiplient comme des champignons. Pourquoi donnent-ils une partie de leur richesse ? Pour se faire aimer ? Pour exercer une influence ? Pour protéger leurs intérêts ?" Afin de répondre à ses questions, le réalisateur s'immisce joyeusement dans l'intimité de trois femmes milliardaires philanthropes.

Ancienne membre des jeunesses communistes, la Russe Inna Bazhenova a fait du business dans l'industrie de l'art durant la perestroïka. En 15 ans, elle a acheté 1 200 œuvres d'art. Si elle a créé une fondation, elle n'en tire aucun avantage fiscal contrairement à ce qui se passe en France. Propriétaire des revues The Art Newspaper, elle est portée par l'ambition de démocratiser le marché de l'art. À cet effet, elle a créé une plateforme de copropriété d'œuvres artistiques afin d'élargir le cercle des investisseurs. Lors de ventes aux enchères, elle offre aussi la possibilité de recourir à la cryptomonnaie. Ainsi est-elle entrée dans l'univers de la finance spéculative internationale.

Nadine de Rothschild chinoise

En Chine, Madame Li codirige New Hope, premier groupe agroalimentaire chinois. C’est aussi l’un des directeurs de Shenzhen Gas et elle dirige plusieurs fondations qui financent les études d’enfants de mères célibataires et l’édition de livres d’éducation civique. Sa fortune est estimée à 2 milliards d’euros. Son mari est député de l’assemblée du peuple. Sa fortune à lui est estimée à 13 milliards de dollars. À la manière d’une Nadine de Rothschild délurée, elle prodigue des conseils tous azimuts pour s’épanouir dans le rôle d’épouse, de mère et de grand-mère. La mise en scène d’une sortie avec ses petites enfants, sa manière de dégager ceux qui lui font de l’ombre sur la photo, montre un autre visage de celle qui se voit en "déesse".

Le réalisateur n’est pas dupe de ces femmes d’affaires. Il s’appuie sur de brèves, mais efficaces analyses de spécialistes, dont celles du chercheur américain Rob Reich. Les attitudes et paroles enregistrées par sa caméra, en roue libre, montrent les brèches. Avec subtilité, ce documentaire réjouissant laisse passer la lumière crue à travers ces philanthropiques façades, aussi radieuses qu’opaques.