"Je ne voulais pas les chanter, c'est arrivé malgré moi": Pierre Perret se confie sur ses débuts dans la chanson
C'est son premier flirt qui l'a amené à écrire des chansons. Puis vinrent Brassens, Jacques Canetti et Boris Vian…

- Publié le 28-05-2022 à 11h35
- Mis à jour le 28-05-2022 à 11h36

Rien ne destinait Pierre Perret à la chanson. À la musique, oui, lui, premier prix du conservatoire, mais jamais il n'avait imaginé un jour écrire des chansons. Et encore moins les interpréter lui-même. Mais l'amour fait parfois faire des choses insensées qui finissent par tracer un destin.
Quel souvenir gardez-vous de vos débuts ?
"Je ne voulais pas les chanter, c'est arrivé malgré moi. Je n'étais pas chanteur. Je n'ai pas appris le chant mais la musique. À la rigueur, je voulais bien écrire. La première fois que c'est arrivé, c'était pour une fillette, mon premier flirt de l'époque. Elle voulait d'abord être comédienne puis elle a dit que ça l'emmerdait et qu'elle voulait chanter. 'Mais qu'est-ce que tu vas chanter ?' 'Des chansons', me répond-elle. Et elle ajoute : 'Des chansons inédites'. 'Et où vas-tu les trouver ?' 'Tu vas me les écrire'. Je lui ai répondu : 'Là, tu rêves. Je n'ai jamais écrit une chanson de ma vie '. À l'époque, nous parlions tous les deux de Boris Vian, des poètes modernes et des anciens du XVIIe. Des surréalistes aussi : Breton, Aragon… 'Tu es musicien, premier prix du conservatoire, tu sais écrire la musique et tu connais la poésie. Tu vas m'écrire des chansons.' Comme un con, je l'ai fait… (rire)"
Comment en êtes-vous arrivé à chanter vos propres chansons ?
"C'est aussi arrivé malgré moi. J'ai donc écrit des chansons pour cette gamine qui voulait chanter. Un jour, chez Georges Brassens avec qui nous étions très amis, elle dit à Püppchen, la compagne de Georges, que je lui avais écrit cinq chansons mais qu'on ne savait pas quoi en faire. On ne savait pas où les chanter. (rire) Georges nous a envoyés chez (Jacques) Cannetti, aux Trois Baudets. On s'est retrouvé à passer une audition avec une cinquantaine de débutants : des petits branleurs, des mini-groupes et autres élèves chanteur et chanteuse. Ils chantaient deux phrases et on leur disait : 'On vous écrira, la sortie c'est par là'. Quand vient le tour de ma copine, elle chante une des chansons que je lui avais écrite. Il n'y avait personne dans la salle. J'étais planqué et devant il n'y avait que les quatre ou cinq membres du jury. Dès le premier couplet ou le premier refrain, les précédents étaient remerciés. Je pensais donc qu'on allait être vite dehors. Mais elle est arrivée au bout de la chanson… J'entends dire dans la salle : 'Mademoiselle, avez-vous une autre chanson ?' Elle balbutie que oui et la chante. Elle arrive au bout et elle a finalement chanté les cinq que je lui avais écrits. À la fin de l'audition, Jacques Cannetti lui a demandé si c'est elle qui avait écrit ces chansons. Elle a répondu que non, que c'était un jeune auteur timide qui était caché. J'ai rencontré Cannetti qui nous a demandé comment nous étions arrivés aux Trois Baudets. J'ai répondu que c'est Georges Brassens qui nous a envoyés.'Vous connaissez Georges Brassens ?' 'On est copains depuis 5-6 ans.' J'avais dans ma poche une lettre que m'avait écrite Georges et que je devais donner à Cannetti qu'il appelait Socrates. Il a lu la lettre et il m'a dit : 'Vous savez ce que dit Brassens de vous ? ' Je n'en savais rien puisque je n'avais pas lu cette lettre qui ne m'était pas adressée. Il m'a dit : 'Je comprends mieux maintenant'. Il a dit à ma copine Françoise qu'il allait l'engager aux Trois Baudets mais qu'elle devait d'abord faire ses armes dans un cabaret de l'Île de la Cité, La colombe. À ce moment-là, un des membres du jury est venu me demander si c'était moi l'auteur des cinq chansons. Je ne le connaissais pas et il me dit : 'Je ne dis pas souvent ça mais toi, il faut que tu continues'. Il s'est présenté, c'était Boris Vian !"
Et c'est Püppchen, la compagne de Brassens qui, comprenant que Pierre Perret ne gagne quasiment pas d'argent avec ses chansons interprétées par son amie sur la scène de La Colombe, le poussera à les chanter lui-même. D'abord réfractaire, Pierre Perret lui répond qu'il n'est pas chanteur. "Georges non plus, lui dit-elle. Il a chanté ses chansons parce que personne ne voulait les chanter." "Ça m'a mis la puce à l'oreille et je me suis mis à écrire des chansons pour moi", a-t-il confié dans l'émission Les clefs d'une vie sur Sud Radio.
Au petits soins pour la langue française
Paru en 2002 chez Robert Laffont, Le parler des métiers ce sont les douze travaux d'Hercule de Pierre Perret. Pendant 14 ans, il s'est attaché à rédiger ce dictionnaire thématique alphabétique dans lequel sont réunis mots et locutions concernant le parler de 145 métiers contemporains. Des petits bijoux linguistiques comme il les appelle, fruits de la culture populaire, et qui enrichissent le vocabulaire de notre langue. Désormais, en France, si vous entendez parler d'un promène-couillons, vous saurez qu'il s'agit d'un voyage de presse. Qu'un pilote qui parle de loterie évoque un avion dont la fiabilité est pour le moins douteuse. Et qu'un boucher qui vous demande une belle-mère souhaite en réalité que vous lui donniez la scie qui sert à couper les os. C'est drôle, pittoresque, poétique, parfois ironique aussi. L'ouvrage a été salué par l'Académie française et a grandement contribué au fait que Pierre Perret soit depuis 2014 Commandeur de l'ordre des Arts et Lettres.
L'Académie française lui a également décerné une distinction : la grande médaille de la chanson française (médaille vermeil), pour l'ensemble de son œuvre. Signalons aussi qu'il a été membre du Conseil supérieur de la langue française auprès du ministère de la Culture et qu'il a contribué à la réforme de l'orthographe. Pas mal pour quelqu'un qui était la "honte de la France", non ?