Diana Ross, icône suprême, n'a pas échappé aux critiques: "On lui reprochait d'être trop superficielle et glamour"
De reine de la Motown à diva du disco, la légende américaine a marqué l'histoire de la musique. Elle revient en Belgique mi-octobre pour la première fois en 16 ans.
- Publié le 08-10-2023 à 14h45
- Mis à jour le 08-10-2023 à 14h48

À l'évocation de Diana Ross, plusieurs scénarios se dessinent. Il y a ceux qui la confondent avec une autre icône du disco, Donna Summer. Ceux qui la pensent déjà disparue depuis des années. Et ceux qui se rappellent son incroyable carrière et reconnaissent son influence colossale sur la pop d'aujourd'hui. Son dernier passage en Belgique remonte à 2007. L'interprète de 79 ans fait son grand retour au Sportpaleis mi-octobre pour défendre son dernier album, Thank You (2021). L'occasion de célébrer, peut-être pour la dernière fois, une figure centrale de l'industrie musicale, dont l'héritage reste quelque peu sous-estimé.
La carrière de la superstar commence comme dans tous les films américains : la jeune Diana Ross travaille comme serveuse dans une cafétéria d'un grand magasin à Détroit. La nuit, elle répète avec son groupe, les Primettes. L'adolescente rêve de quitter son job et de connaître la gloire. Premier rebondissement : son voisin n'est autre que Smokey Robinson, alors leader de The Miracles. Celui-ci vient de signer dans la toute nouvelle maison de disques de la ville, la Motown. Les Primettes plaident auprès de lui pour obtenir un entretien. Diana Ross finit par taper dans l'œil de Berry Gordy, le boss du label. Il les signe et décide de les renommer les Supremes.
Un peu de glamour
Après des débuts compliqués, Mary Wilson, Florence Ballard et Diana Ross décrochent enfin leur premier numéro un. Onze autres suivront. Avec leur apparence soignée et leurs chorégraphies, le trio apporte une touche de glamour et d'élégance dans le monde de la soul. "Oprah Winfrey a déclaré à plusieurs reprises que voir Diana Ross et les Supremes à la télévision a été très déterminant pour une jeune fille noire comme elle, car cela lui a montré que les femmes noires pouvaient aussi être belles et réussir", affirme Jaap Kooijman, professeur à l'Université d'Amsterdam et spécialiste de la culture américaine.
Les Supremes restent l'un des groupes ayant vendu le plus de disques aux États-Unis. "À la fin des années 60, le trio avait plus de numéros un dans les classements américains que les Beatles. C'était un succès énorme", souligne Florent Mazzoleni, auteur de Motown, Soul&Glamour (Le Serpent à Plumes). En 1969, Diana Ross quitte la formation pour entamer une carrière solo. La Motown voit en elle la future vedette de la maison. Elle fait rapidement ses premiers pas au cinéma en incarnant Billie Holiday dans Lady Sings the Blues (1972). Un rôle inoubliable pour lequel elle remporte un Golden Globes. Côté musique, elle continue d'enchaîner les tubes et de développer son univers plein de strass et paillettes.

Apprécier l'héritage
Avec son onzième album, Diana (1980), elle explose les records de vente et devient incontournable dans le monde de la pop. Comme toutes les stars arrivées au sommet, l'Américaine fait face à de nombreuses critiques. On la perçoit comme arrogante et difficile. "On lui reprochait d'être trop superficielle et glamour, surtout par rapport à d'autres artistes noires comme Aretha Franklin et Tina Turner, qui ont tendance à être considérées comme de meilleures chanteuses, soutient Jaap Kooijman. Toutefois, au fil des ans, les critiques, mais aussi les jeunes chanteuses noires comme Alicia Keys et Beyoncé, ont clairement réappris à apprécier l'héritage de Diana Ross."

Pour l'universitaire, Diana Ross reste l'une des premières femmes noires de la musique pop à pouvoir être considérée comme "une artiste 'crossover', c'est-à-dire qu'elle n'a pas seulement séduit le public noir, mais aussi le public blanc". La superstar est parvenue à transcender les catégories raciales de l'industrie américaine du divertissement. Beyoncé le répète souvent, elle doit beaucoup à l'ancienne reine de la Motown et se présente comme sa digne héritière. L'interprète de "Love On Top" vient d'ailleurs de l'inviter sur sa dernière tournée. "L'image que l'on retient de Diana Ross ce sont des yeux immenses, des mains gantées de velours et des pas de danse assez lascifs, plus que celle d'une grande chanteuse, déplore Florent Mazzoleni. Et pourtant, c'est une grande voix, une grande figure de la musique noire américaine."

