Concours Reine Elisabeth: Le classicisme solaire de Sergei Redkin
Le candidat russe offre un des plus beaux Mozart de la semaine.
- Publié le 13-05-2021 à 22h16
- Mis à jour le 14-05-2021 à 10h50

Sergei Redkin est russe, né à Krasnoyarsk il y a 29 ans. C'est le deuxième des trois demi-finalistes issus de La Chapelle Musicale où il s'est perfectionné avec Louis Lortie. Avant cela, il avait obtenu son master au Conservatoire d'Etat de Saint-Petersbourg, et, au passage, un troisième prix au prestigieux Concours Tchaïkovski de Moscou (parmi d'autres distinctions). Des airs de savant distrait, les cheveux en bataille, un regard perdu derrière les lunettes, il a un petit air Herreweghe...
Redkin joue le Concerto n°17 en sol majeur K. 453 de Mozart, dans lequel, au fil de la semaine, l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie semble de plus en plus souple, de quoi accueillir avec grâce l'entrée du soliste dans l'allegro initial. D'emblée, le jeu de Sergei Redkin s'y révèle solaire, inscrit dans des sonorités claires et brillantes, et une dynamique à la fois bondissante et bien contenue, rehaussée de subtils jeux rythmiques au sein des phrases. Tempo idéal, transparence de l'orchestre, communauté de pulsation et d'intention, l'Andante sera aussi porté par l'intensité de jeu du soliste, sa maîtrise, sa calme autorité. On n'est pas ici dans la surprise mais dans l'évidence. Il en sera de même dans le finale, tout de fantaisie et de gaité, quoique traversé par de soudains accès de mélancolie, une giboulée émotionnelle dont Sergei Redkin offrira une réalisation élégante et engagée.
Le candidat enchaîne opportunément avec la Wandererfantasie D. 760 de Schubert dont on sait qu'il garda toujours un pied dans le XVIIIe siècle. Il n'empêche, on est ici dans une de ses pièces les plus visionnaires - et donc romantiques - et est-ce bien ainsi que l'a façonnée Redkin ?
Il en fait une formidable épopée, puisant dans tous les registres pour emmener l'auditeur dans le périple de son héros. Mais ici, rien de brumeux, ni même d'inquiétant, car s'il nous raconte des aventures fantastiques, Redkin le fait d'une voix franche, quasi objective et, quoique véhément, son discours ne bascule jamais dans l'effusion romantique, le classicisme y reste une sorte de rempart.
Est-une illusion ? Il nous a semblé que le Nocturne de Pierre Jodlowski revêtait les mêmes caractéristiques que ce que l'on venait de quitter : construit d'une venue, dense et serré, plus narratif et motorisé que suggestif d'ambiances ou de mystères ou de questions. Parti d'interprète, alternatif et bien défendu.
Encore deux pièces contrastées de Debussy pour le pur plaisir de la couleur et du rêve, avec La plus que lente, suspendue et, pour le coup, infiniment poétique et L'Isle joyeuse, donnée sur le mode tellurique mais sans que le son - ni le discours - perde rien de sa clarté et de sa beauté.