Pour les concerts, l'heure de la vraie reprise a sonné, mais cela prendra du temps
Après plus de deux ans de crise, le secteur de la musique live peut enfin entrevoir un semblant de lumière.
- Publié le 11-02-2022 à 19h17
- Mis à jour le 11-02-2022 à 19h18

Et finalement vint la réouverture. Après plus de deux ans de crise, le secteur de la musique live peut enfin entrevoir un semblant de lumière au bout du tunnel. Cela arrive tard, trop tard pour certains. Le secteur de la nuit avait d'ailleurs annoncé mercredi que s'il n'était pas entendu par le monde politique, les clubs et les discothèques rouvriraient quoi qu'il arrive dès le vendredi 18 février pour s'aligner sur la France. Reste, désormais, à régler la complexe et coûteuse question des systèmes de ventilation à mettre en place pour pérenniser cette réouverture sur le long terme.
Du côté des salles de concert, on se réjouit, évidemment, du passage du fameux baromètre du rouge à l'orange. "Le baromètre était un outil intermédiaire pertinent qui permettait de sortir de la logique du marchandage politique", estime le directeur du Botanique, Paul-Henri Wauters. "Mais, face à l'évolution sanitaire d'Omicron, il pouvait également se révéler emprisonnant. Fort heureusement, les autorités ont fait le choix de s'aligner sur la tendance globale - notamment les réouvertures actées en France, au Royaume-Uni et en Allemagne - au lieu de se limiter aux chiffres stricto sensu."
La stabilité comme élément clé
Le retour "à la normale", lui, prendra du temps. Les acteurs du secteur sont unanimes : pouvoir enfin réorganiser des concerts pour public "debout" était essentiel, mais seul un retour à une capacité des salles à 100 % (contre un maximum de 90 % actuellement) permettra de résorber le retard considérable engendré par la période Covid.
"Beaucoup de concerts ont été reportés deux, trois ou quatre fois", poursuit Paul-Henri Wauters. "Les concerts qui affichent complet et qui ne peuvent pas faire l'objet d'un dédoublement ou d'une version assise seront à nouveau reportés. On ne peut pas dire à notre public que seuls les premiers arrivés pourront y assister."
Du côté des salles exclusivement pourvues de sièges, en revanche, passant d'une capacité autorisée de 70 à 100 %, c'est la libération.
"De grands moments de musique arrivent, comme la venue du chanteur Damon Albarn, la chanteuse d'opéra Joyce DiDonato ou le Klara Festival. Or ces moments ne pouvaient avoir lieu qu'en jauge complète", estime le directeur de Bozar Music, Jérome Giersé. "Mais, plus fondamentalement, ce changement de cap est aussi et surtout essentiel pour des raisons psychologiques. La pandémie a engendré une perception très négative des concerts. Pour éviter de prendre des risques, qu'ils soient sanitaires ou financiers, beaucoup de spectateurs hésitaient encore à acheter leurs billets. Même à 70 %, nos salles restaient encore à des niveaux de capacité largement inférieurs, ces dernières semaines. Il était essentiel que le public sache que nous n'évoluons plus dans un domaine marqué par des restrictions. L'élément clé, maintenant, c'est la stabilité de cette ouverture dans la durée."
L'effet du "No Show"
Sans stabilité, difficile de communiquer auprès d'un public qui se montre encore réticent à l'idée de planifier une sortie musicale.
"À l'exception de quelques événements majeurs - comme la venue de groupes tels que Odezenne ou les Liminanas -, les ventes de billets pour de nouveaux concerts restent assez timides", constate Jean-Yves Reumont, en charge de la communication du Reflektor liégeois. "Les gens demeurent hésitants. D'un côté, on a un public d'habitués qui revient très vite. Mais, de l'autre, un public occasionnel, qui a perdu l'habitude de venir. Tout ce qui est festif (musique électronique) ou de niche (rap, métal) fonctionne bien. Mais pour la pop c'est plus compliqué."
Autre inquiétude, le phénomène des "No Show", soit les spectateurs pourvus de billets qui ne viennent pas au concert. "Le phénomène existait déjà et pouvait atteindre 10 %", confirme le porte-parole de l'Ancienne Belgique, Jens Van den Wyngaert. "Mais, à présent, on est plus proches des 20 %. Tout dépend des concerts, évidemment. Quand un spectateur a acheté un billet il y a deux ans pour un show reporté trois ou quatre fois, les chances qu'il oublie la date ou que celle-ci ne l'arrange plus sont plus élevées."
Des salles ouvertes cet été
Reste, in fine, à faire venir les artistes. "Or la plupart des tournées internationales planifiées en février ou en mars ont été reportées", poursuit le porte-parole de l'Ancienne Belgique. "Dès qu'un show tombe dans un pays voisin, on court le risque que la date belge soit annulée. Difficile de donner une date précise, mais je dirais qu'on peut s'attendre à une stabilisation de la venue des artistes internationaux pour avril, mai. Plus vite on passera en baromètre jaune - avec un retour à la capacité normale -, mieux ce sera." Du côté du Botanique, on espère relancer réellement les activités début mars. Quitte à les poursuivre pendant l'été, période habituellement dévolue aux festivals, dont l'offre sera plus abondante encore qu'à l'accoutumée.
Avant une rentrée survoltée, en salle comme en plein air.
