Pesaro débarque à Liège avec "La Donna del lago"
- Publié le 11-05-2018 à 18h00
- Mis à jour le 11-05-2018 à 18h01

Une production venue du Festival Rossini. Ivresse musicale, décors splendides.Depuis la résurrection de l'œuvre au Festival Rossini de Pesaro en 1984 sous la baguette du pianiste Maurizio Pollini, "La Donna del lago" a retrouvé le chemin des scènes. L'ouvrage reste rare, certes, mais, chez nous, l'Opéra de Wallonie avait déjà donné en 2003 cette histoire d'amour sur fond de rivalités entre clans écossais inspirée par Walter Scott. Et c'est à nouveau Liège qui propose l'ouvrage, cette fois dans la production d'ouverture de l'édition 2016 du Festival Rossini de Pesaro.
A la baguette, comme à Pesaro, on retrouve l'excellent Michele Mariotti, qui avait déjà dirigé à Liège "Le Barbier de Séville". Véritable enfant de Pesaro et fils de celui qui fut longtemps le président du festival, Mariotti a un talent suffisamment évident pour que personne n'ose parler de népotisme après l'avoir entendu : directeur musical du Comunale de Bologne depuis 2014, il est aujourd'hui l'invité régulier de toutes les grandes scènes lyriques du monde.
Galvanisant un orchestre de l'ORW en belle forme, le chef italien sait, comme peu, concilier la rigueur rythmique et la fantaisie intrinsèque qu'appelle la musique de Rossini. Sa direction est tout en pulsion, création, accélération, et on boit d'autant plus du petit-lait que les chanteurs sont d'excellent niveau.
Comme à Pesaro - elle était alors une inconnue, mais sa carrière a décollé depuis -, Salome Jicia est une Elena à la fois fraîche et très sûre, s'acquittant avec autorité d'un rôle pourtant exigeant techniquement. Le reste du plateau n'était pas dans le spectacle à Pesaro en 2016, mais aurait pu y figurer sans démériter. Dans les rôles de Giacomo et Rodrigo, Maxim Mironov et Sergei Romanovsky, deux excellents ténors russes qui, pour n'avoir pas les voix les plus puissantes, n'en enchantent pas moins par l'élégance de leur timbre et l'aisance de leurs phrasés. De même, si le grave de Mariana Pizzolato manque un peu de projection, la virtuosité de la mezzo-soprano italienne fait merveille dans le rôle de Malcolm. Excellents aussi le Douglas de Simon Orfila, deux chanteurs locaux (Julie Bailly et Stefan Cifolelli) complétant harmonieusement la distribution.
Esthétique théâtrale contemporaine
Théâtralement, cette "Dame du lac" offre au public liégeois une nouvelle occasion, après l'excellent "Domino Noir" coproduit avec l'Opéra-Comique, de se confronter à une esthétique théâtrale un peu plus contemporaine. Signée Damiano Michieletto (dont la Monnaie accueillait récemment le diptyque "Cavalleria Rusticana/Pagliacci"), la mise en scène repose sur un formidable décor de Paolo Fantin et de belles lumières d'Alessandro Carletti : l'intérieur d'un palais en décrépitude, vitres brisées, papier peint en lambeaux, plafond effondré, plantes qui poussent entre les lattes du parquet. Un Palais dont les murs se soulèvent parfois pour révéler une nature chatoyante aux couleurs automnales.
Michieletto relit l'histoire comme un flash-back d'Elena et Malcolm devenus vieux : rien d'exceptionnellement original, certes, avec même des côtés agaçants (l'omniprésence des deux comédiens silencieux qui jouent les personnages vieillis) mais aussi de très belles images qui évacuent tout le kitsch folklorico-cynégétique dans lequel l'œuvre peut tomber sinon.
Liège, Théâtre royal, encore les dimanche 13 et mardi 15 mai. Infos & rés.: www.operaliege.be