Antonio Martinez : "Le flamenco est universel"

- Publié le 30-05-2019 à 13h31
- Mis à jour le 30-05-2019 à 13h32

"Le flamenco représente toute ma vie. Je n'imagine pas ma vie sans le flamenco, souffle, presque sur le ton de la confidence, Antonio Martinez, danseur, chorégraphe et professeur de flamenco. Ça été une échappatoire, une thérapie, ma joie, mes succès,… Ça a été tout, en fait". Assis, bien droit, sur une chaise, dos au miroir du studio de son école Buenos Compaces Flamencos, il a la prestance et l'élégance de celles et ceux qui vouent leur existence à l'art de la danse. En l'occurrence, le flamenco. Samedi, il sera d'ailleurs sur la scène de Bozar pour présenter sa nouvelle création, Flamenco, entouré des trente élèves de son école, du guitariste Patricio Grande et de la chanteuse sévillane Imma la Carbonera.
Le flamenco est l'alliage du chant, de la guitare et de la danse. "Le danseur, c'est le chef d'orchestre, décrit Antonio Martinez. Et il y a un fil conducteur qui est le compas, le rythme, et qui lie chant, guitare et danse. Ça, c'est la base. Ensuite, il y a des codes, c'est-à-dire qu'il y a des chants par région – par exemple, il y a les alegrías de Cordoue, les alegrías de Cadix,… – et c'est la seule chose qui ne change pas et détermine les types de danse. Donc, en fonction de tel chant, on aura tel style de danse (alegría, soleá, bulería,…)". Le flamenco laisse toutefois une part de liberté au danseur. "Le flamenco est un art ; ce n'est pas un folklore où l'on est limité par des pas bien précis, souligne le chorégraphe. Il y a des structures de base, des enchaînements de pas que l'on peut moduler et qui permettent une certaine improvisation, mais ce sont des codes qui existent. Cela étant, aujourd'hui, tous les spectacles de flamenco sont montés de A à Z".

"Ferias" et "tablaos"
Si Antonio Martinez est un aussi fin connaisseur et passionné du flamenco, c'est qu'il "est né dans la marmite". "Je suis le fruit de l'immigration espagnole des années 60 en Belgique. À la maison, on écoutait du flamenco : ma maman dansait un petit peu et mon papa chantait. Le flamenco a donc toujours été présent dans ma vie. J'ai été attiré par la danse parce que j'ai besoin de me dépenser physiquement et de bouger."
Enfant et adolescent, Antonio Martinez accompagne ses parents aux nombreuses ferias organisées dans les quartiers espagnols de Bruxelles. "Il y avait des fêtes et des soirées espagnoles tous les weekends. J'ai vu danser, chanter, faire la fête. Les immigrés espagnols, qui travaillaient la journée, n'avaient qu'une seule envie, c'était de s'amuser et se retrouver entre familles et entre amis le weekend. Dans les années 70, 80 et 90, il y avait énormément de clubs , de tablaos (NdlR : cafés-théâtres où se donnaient des spectacles de flamenco), se souvient-il. Aujourd'hui, tout est pratiquement perdu : les nouvelles générations d'immigrés espagnols travaillent pour les institutions européennes, parlent plusieurs langues, se sont mélangées, et ne ressentent plus ce besoin-là".
Baigné dans cette ambiance familiale, culturelle et festive, le jeune garçon, s'il ne se prédestine pas à devenir danseur professionnel, poursuit néanmoins un objectif clair : "arriver à bien danser, exercer ma passion au maximum de mes capacités". À 13 ans, il prend des cours pendant quelques mois en Belgique, mais l'offre est encore très maigre. Alors, il part se former en Andalousie – Cordoue, Séville –, berceau du flamenco, à chaque période de congés scolaires, puis à Madrid. Parallèlement, de ses 13 à 16 ans, il forge son expérience de la danse et de la scène en se produisant dans un tablao à Bruxelles, où il est repéré et engagé à 16 ans comme danseur dans la compagnie Fiesta Flamenca.
L'amour, la mort, la joie,…
Il complète également son apprentissage par des cours de danses classique et contemporaine de haut niveau. "C'est nécessaire, estime-t-il. Le flamenco s'inspire de beaucoup de choses : par exemple, les pirouettes viennent de la danse classique et les shuffle (NdlR : effleurement de la pointe du pied en avant puis en arrière), des claquettes". Alors qu'Antonio Martinez se produit un peu partout dans le monde (Europe, Martinique, Île Maurice, Singapour,…), il est également sollicité pour donner quelques leçons de flamenco, avant de fonder sa propre école en 1990. "Tout s'est enchaîné en fait sans que je ne le cherche vraiment."
Danse "universelle" – "le flamenco a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en 2010" –, le flamenco raconte l'amour, la mort, la tendresse, la joie, la fête,… "À la base, le flamenco est un chant qui exprimait ce qu'on ne pouvait pas dire à haute voix", rappelle Antonio Martinez. Voilà pourquoi, au-delà de la technique, exigeante, son interprétation – l'émotion que le danseur transmet – est d'autant plus essentielle. En ce sens, "la scène est primordiale, assure-t-il. C'est un monde de magie. Quand on danse, le temps passe différemment. On oublie tout. On est soi-même".
Bruxelles, Bozar, le 1er juin à 20h30. Infos et rés. : 02.507.82.00 – www.bozar.be-ticket