La nouvelle création de Noé Soulier au Kunsten : grand coup de cœur

"First Memory" du chorégraphe français, en collaboration avec l’artiste géorgienne Thea Djordjadze, a vu le jour à la Raffinerie de Charleroi danse.

Noé Soulier KFDA
©Anna Van Waeg | RHoK

First Memory de Noé Soulier est un grand coup de cœur de cette édition du Kunsten. Une réussite se mesure dans le soin apporté à tous les aspects d'un spectacle : alors ici, c'est chaque fois parfait.

D’abord les sept danseurs (Stéphanie Amurao, Lucas Bassereau, Julie Charbonnier, Adriano Coletta, Meleat Fredriksson, Yumiko Funaya, Nangaline Gomis) sont tous formidables et, en plus, beaux comme des sculptures. Ils savent aussi bien réaliser les performances physiques éprouvantes des chorégraphies de Noé Soulier sans perdre leur beauté, qu’hypnotiser dans des solos ou duos très lents, d’une sensualité étonnante, comme le duo final de deux femmes ne formant plus qu’un corps sans cesse en métamorphose. Une spectatrice nous disait que cette beauté lui donnait la chair de poule !

La beauté des costumes et la justesse des lumières ne sont pas en reste. Les éclairages créant des zones sombres ou de lumières, des jeux d’ombres multipliant la danse.

La musique du compositeur français Karl Naegelen, créée pour le spectacle et interprétée par l’ensemble Ictus, est nourrie de sons du quotidien, et même si elle fut composée indépendamment de la danse, on constate une adéquation fréquente entre les mouvements des danseurs et ceux de la musique.

Mouvements arrêtés en plein vol

Noé Soulier a fait appel à l’artiste géorgienne Thea Djordjadze vivant à Berlin depuis 2009. Son travail montre toujours un rapport sensible à l’espace et l’architecture. Elle a imaginé trois grands panneaux pouvant pivoter ou être déplacés quand les danseurs le veulent. Se crée alors une segmentation chaque fois neuve de l’espace jusqu’à diviser les danseurs ou à les placer derrière les panneaux, devenus invisibles, sauf qu’ils continuent à danser dans nos mémoires.

Thea Djordjadze a créé une superbe finale du spectacle. Chaque danseur amène sur la scène de grandes pièces d’aluminium découpés qu’il enroule autour de son corps. Tous laissent alors, sur la scène désertée, de vraies sculptures métalliques, les empreintes des corps, leur mémoire, notre mémoire.

Noé Soulier crée une danse faite de mouvements du quotidien arrêtés en plein vol : jeter, frapper, lancer, éviter. On les voit se succéder rapidement, chacun ouvrant la porte de nos imaginaires. Des danseurs peuvent confronter leurs gestes dans ce qui ressemble à des combats sans contact. Le groupe peut éclater et au même moment deux ou trois danseurs repartir à l’unisson.

Les performances sont impressionnantes, les corps cassés à 90 degrés, les jambes lancées en l’air en grand écart, les bras fouettant l’air, les tournoiements… Mais sans jamais perdre une beauté soufflante.

  • Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu'au 28 mai - www.kfda.be