"Fils de bâtard", un grand cri de colère et d'amour
Parti sur les traces d'un père qu'il n'a quasi jamais connu, Emmanuel De Candido happe le public dans une "histoire de dingue", avant de dire tout son amour pour celle qui l'a élevé seule, à bout de bras : sa mère. Saisissant, poignant, immanquable. Au Poche, jusqu'au 24 février.

- Publié le 08-02-2024 à 16h49

Est-ce qu'on peut recommencer ? Si vous pouviez rembobiner le fil, recommencer un seul événement qui a marqué votre existence, lequel choisiriez-vous ? C'est au départ de cette question ouverte, qu'il adresse directement au public, qu'Emmanuel De Candido ouvre sa nouvelle création, Fils de bâtard.
Un tapis de scène immaculé, incliné sur le fond, une table, deux chaises et quelques projecteurs habillent le plateau du Poche. Pas de pendrillons : les coulisses sont quasi à nu. Un écrin sobre pour y déposer "une histoire de dingue", promet Emmanuel De Candido, celle de son père, surnommé le Colonel Bison, en référence à son torse couvert de poils qui "sentaient bon la terre", se souvient la mère d'Emmanuel. Le comédien n'a quasi jamais connu son père. Lorsque sa mère le rencontre, il a 60 ans, est marié et a déjà sept enfants. Emmanuel sera le 8e, mais illégitime, officiellement "né de père inconnu". "Un fils de bâtard", "un zinneke", comme on dit prosaïquement.

Deux complices sur scène
Pour raconter ce récit de vie hors du commun, Emmanuel De Candido, fondateur de la compagnie Maps, s'est entouré de deux complices sur scène : son directeur technique, Clément Papin, et la musicienne Orphise Labarbe, présences discrètes côtés cour et jardin, dont les effets visuels, lumineux, sonores et musicaux subliment magnifiquement la portée et l'émotion des mots du comédien.
De son père, il a reçu trois cartes : Congo, Antarctique et Libye. Le Colonel Bison y a été successivement pilote de chasse, gestionnaire d'une station polaire et responsable dans une compagnie pétrolière. De retour en Belgique, il achèvera sa carrière en tant que psycho-thérapeute bio-énergéticien.
Comédien, auteur et metteur en scène, Emmanuel De Candido décide, un jour, de partir sur les traces de ce père décédé quinze ans plus tôt, afin, entre autres, de puiser dans cette riche matière les ferments d'un prochain spectacle. Son objectif ? Questionner le (post-)colonialisme (de ses voyages, en RDC notamment, Emmanuel De Candido a déjà tiré La Ronde flamboyante en 2023), le patriarcat, etc.

Avec l'aide de son co-metteur en scène Olivier Lenel et de la scénographe Sarah De Battice, Emmanuel De Candido happe le public dans cette folle épopée. Entre stand-up, slam et narration, superbement maîtrisés, il confie son admiration, mais aussi sa colère pour ce père bourlingueur qui, installé au Lac Kivu après l'indépendance du Congo, continuait de vivre sans vergogne comme un colon.
Un virage à 180°
Alors que les spectateurs voyagent d'un continent à l'autre, Emmanuel De Candido opère soudainement un virage à 180°. Il est heureux de raconter la folle vie de son père, mais, sa mère dans tout ça, celle qui l'a élevé, seule, à bout de bras, qui en parlera ? Son spectacle se mue alors en véritable cri d'amour pour Elena, mère célibataire et infirmière dévouée pendant 45 ans. Comme le vent qui gonfle les voiles, Emmanuel De Candido souffle, peu à peu, sur la salle, la gratitude, la tendresse, le chagrin, les remords, la joie pour cette maman qui a toujours préféré l'ombre à la lumière. Musique, chants, mime, danse exaltent l'émotion. On est pris au cœur, aux tripes. Ce qu'on vit, là est saisissant, poignant. Immanquable.
→ Bruxelles, Poche, jusqu'au 24 février – 02.649.17.27 – www.poche.be