Pour le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droit de l'Homme, l'intervention au Venezuela rend chaque pays moins sûr

Cette intervention militaire envoie un signal que les puissants peuvent faire ce qu'ils veulent, et affaiblit le seul mécanisme dont nous disposons pour éviter une Troisième Guerre mondiale, à savoir les Nations Unies.

This grab taken on January 3, 2026, from UGC footage released by Jose Abreu in his X account @Jabreu89, shows smoke billowing over Caracas after a series of explosions part of a US military operation that led to the capture of Venezuelan President Nicolas Madruo. The US military operation that led to the capture of Madruo sparked alarm across the international community, with allies and foes of Washington and Caracas expressing disquiet. Charged with "narco-terrorism," the leftist strongman and his wife are being taken to New York to stand trial in federal court, according to US President Donald Trump. No casualty figures are yet available. (Photo by Jose ABREU / @Jabreu89 / X / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / UGC / JOSE ABREU / @Jabreu89" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
3 janvier 2026 : explosions à Caracas lors de l'intervention militaire US.

Une tribune de Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme

L'opération militaire américaine au Venezuela sape un principe fondamental du droit international, sur lequel le monde s'est accordé après les horreurs des deux guerres mondiales et de l'Holocauste : les États ne doivent pas utiliser la force pour poursuivre leurs revendications territoriales ou politiques.

Je suis profondément troublé par ces événements – et par certaines réactions que j'ai entendues. Un récit émerge cherchant à justifier l'intervention militaire américaine comme une réponse au bilan épouvantable du gouvernement Maduro en matière de droits humains.

Violations des droits de l'Homme par les autorités vénézuéliennes

Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme condamne depuis longtemps de graves violations des droits de l'Homme par les autorités vénézuéliennes. Nous avons rapporté, surveillé et mis en garde sur la situation à l'intérieur du Venezuela – tout récemment, juste avant Noël. Nous avons constamment appelé à la fin des procès inéquitables, des détentions arbitraires, des disparitions forcées, de la persécution des opposants politiques et à des restrictions étendues à la liberté d'expression et de réunion. Nous avons appelé à des enquêtes indépendantes et à la responsabilité.

Pendant de nombreuses années, mon équipe au Venezuela a plaidé pour la libération des défenseurs des droits humains, surveillé les procès et dialogué avec la société civile et l'opposition, ainsi qu'avec les institutions d'État.

Un suivi détaillé qui visait à agir

Ce suivi détaillé visait à inciter à agir. Lorsqu'un État viole les droits humains de son peuple, mon bureau fait partie de ceux chargés de tirer la sonnette d'alarme. Il revient à la communauté internationale d'utiliser les outils et mécanismes légaux à sa disposition, afin que les États respectent leurs obligations en matière de droits humains. Cela pourrait inclure un levier diplomatique et l'identification des responsabilités. Mais ces outils et mécanismes n'ont pas été déployés efficacement pour influencer le gouvernement vénézuélien.

Intervention américaine au Venezuela : la première mise en œuvre de la doctrine Trump

Loin d'être une victoire pour les droits de l'Homme, cette intervention militaire – en violation de la souveraineté vénézuélienne et de la Charte des Nations Unies – nuit à l'architecture de la sécurité internationale, rendant chaque pays moins sûr. Cette intervention envoie un signal que les puissants peuvent faire ce qu'ils veulent, et affaiblit le seul mécanisme dont nous disposons pour éviter une Troisième Guerre mondiale, à savoir les Nations Unies. Aucune tromperie ni distraction ne peuvent modifier ces faits.

Qui est Delcy Rodríguez, la vice-présidente propulsée à la tête du Venezuela après la capture de Nicolás Maduro

Au-delà des arguments juridiques, l'histoire nous enseigne que, bien que les tentatives de changement de régime puissent d'abord être accueillies par un soulagement, elles conduisent souvent à d'importantes violations des droits humains, à un chaos dangereux et à des conflits violents prolongés.

guillement

L'avenir du pays doit être décidé par son peuple.

J'ai visité le Venezuela et parlé avec son peuple, et je ressens une profonde compassion pour eux en ce moment. Je compatis avec ceux qui attendent désespérément des nouvelles de leurs proches ; pour les familles séparées ; et pour tous ceux dont les tables étaient vides pendant cette période des fêtes. Les droits de l'Homme doivent être au cœur de l'avenir du Venezuela – et non une pensée passant au second plan face aux négociations sur l'exploitation des combustibles fossiles. L'avenir du pays doit être décidé par son peuple.

guillement

Les droits humains ne peuvent pas être traités comme une balle de ping-pong idéologique. Nous ne pouvons pas nous permettre que nos droits soient instrumentalisés.

Plus largement, les droits humains ne peuvent pas être traités comme une balle de ping-pong idéologique. Nous ne pouvons pas nous permettre que nos droits soient instrumentalisés : invoqués quand ils sont commodes, et vilipendés quand ils ne le sont pas. Je crains pour les personnes de la région et du monde entier qui sont profondément alarmées par ce que cette violation du droit international signifie pour leur propre sécurité et leur sûreté. Il ne s'agit pas de choisir entre une intervention unilatérale en violation du droit international ou l'ignorance d'années de violations des droits de l'Homme. Nous avons besoin de plus, et non de moins, de respect des droits humains dans le monde entier.

Les besoins de la société vénézuélienne

La société vénézuélienne a besoin de guérison. Elle a besoin de justice pour surmonter la polarisation et réparer son tissu social et économique. Elle n'a pas besoin de militarisation, de violence, ni d'incertitude et d'instabilité.

Par-dessus tout, le Venezuela a besoin d'une communauté internationale qui cesse de se payer de mots sur les droits de l'Homme, et qui défende la Charte des Nations Unies et le droit international. Toute autre option aura des conséquences terribles à travers le monde.

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