Intervention américaine au Venezuela : la première mise en œuvre de la doctrine Trump
L'opération "Absolute Resolve" marque le passage à un nouvel ordre mondial aux relents néoimpérialistes.

- Publié le 04-01-2026 à 14h00
- Mis à jour le 04-01-2026 à 16h12

Si d'aucuns en doutaient encore, l'intervention américaine au Venezuela marque le passage à un nouvel ordre mondial aux relents néoimpérialistes. Comme l'a souligné – un peu vainement – le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, "le droit international n'[a] pas été respecté" et l'opération "Absolute Resolve" constitue un "dangereux précédent".
Ce n'est certes pas la première fois que les États-Unis s'affranchissent des règles internationales, au mépris de la souveraineté d'un État, afin de renverser, par la force ou en sous-main, un régime hostile ou jugé contraire à leurs intérêts.
Mais il s'agit bien de la première mise en œuvre du "corollaire Trump" de la doctrine Monroe énoncée dans la Stratégie de sécurité nationale, rendue publique le 3 décembre dernier. Élaborée en 1823 par le président James Monroe, la doctrine éponyme stipulait que les Amériques sont fermées à toute colonisation ou ingérence européenne, en échange de quoi les États-Unis ne s'immisceraient pas dans les affaires européennes. Elle a évolué avec des interventions militaires dans le "pré carré" des États-Unis en Amérique latine.
Le pétrole et des milliards de dollars
La doctrine Trump – appelons-la ainsi – entérine un retour à l'affirmation de la puissance américaine dans les Amériques, mais, aussi, à la primauté de leurs intérêts. À cet égard, deux phrases sont à retenir de la conférence de presse du président Donald Trump, samedi, à Mar-a-Lago. Les États-Unis vont "diriger le [Venezuela] jusqu'à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse" et l'Administration présidentielle va "demander à nos très grandes compagnies pétrolières américaines — les plus importantes au monde — d'intervenir, d'investir des milliards de dollars et de réparer les infrastructures pétrolières gravement endommagées".
Le mot pétrole a été prononcé pas moins de vingt fois lors de cette conférence de presse. Depuis des mois, Donald Trump répète que les États-Unis ont été spoliés à l'époque de la nationalisation des réserves pétrolières par Hugo Chavez, le prédécesseur de Nicolas Maduro. Tout, dans la rhétorique du président américain, sous-tend qu'il considère le pétrole du Venezuela comme revenant de droits aux États-Unis : "nous allons le vendre à la Russie et à la Chine" a-t-il lancé, en écho aux intérêts des deux puissances dans la région.
Une opération de police
Si Donald Trump avait besoin d'un précédent pour justifier l'opération "Absolue Resolve", c'est l'intervention américaine du Panama qui a conduit à la capture et au jugement de son dirigeant d'alors, Manuel Antonio Noriega, le 3 janvier 1990 — il y a exactement 36 ans, samedi. Ancien soutien des États-Unis, le général et président Noriega a été lâché par Washington en 1987. Accusé de trafic de drogue et de racket, il a été condamné aux États-Unis à 40 ans de prison ferme. L'intervention américaine a été condamnée par l'Assemblée générale des Nations unies par 75 voix contre 20 et 40 abstentions.
Du point de vue de la Maison-Blanche, l'opération de ce samedi se résume toutefois à l'arrestation d'un criminel à l'étranger et non de l'invasion d'un pays souverain. Des agents du FBI accompagnaient le commando des Delta Force qui ont appréhendé Nicolas Maduro et sa femme, inculpés ensuite devant un tribunal fédéral de New York, pour conspiration narcoterroriste. L'acte d'accusation, rendu public samedi, compte 25 pages rendues public.
Cette judiciarisation de l'opération justifie la légalité de l'intervention au regard de la Constitution américaine et vis-à-vis du Congrès. Seul ce dernier dispose du pouvoir de déclarer une guerre – hors opérations militaires d'urgence, ciblées et rapides.
Le risque d'un chaos mondial
Sans surprise, les Républicains affichent leur soutien même si le sénateur du Kentucky Rand Paul, qui a exprimé des réserves la légalité des frappes navales au large du Venezuela, a tenu à souligner les limites imposées par Constitution aux pouvoirs du président.
Certains Démocrates accusent déjà samedi le secrétaire d'État Marco Rubio et le ministre de la Défense Pete Hegseth d'avoir menti lors d'une audition au Sénat le mois dernier, quand ils ont affirmé, selon le sénateur Andy Kim, que les opérations militaires à l'encontre du Venezuela ne visaient pas "un changement de régime". La dissidente républicaine Marjorie Taylor Greene a écrit sur X que les aventures militaires incessantes étaient "ce que beaucoup de partisans de Maga [Make America Great Again, le slogan de campagne de Donald Trump, NdlR] pensaient avoir voté pour mettre fin".
D'autres s'inquiètent des répercussions délétères de la nouvelle doctrine américaine, tel Mark Warner, sénateur démocrate et vice-président de la commission du renseignement : "Si les États-Unis s'arrogent le droit de recourir à la force militaire pour envahir et capturer des dirigeants étrangers qu'ils accusent de conduite criminelle, qu'est-ce qui empêche la Chine de revendiquer la même autorité sur les dirigeants de Taïwan ? Qu'est-ce qui empêcherait Vladimir Poutine d'invoquer une justification similaire pour enlever le président ukrainien ? Une fois cette limite franchie, les règles qui freinent le chaos mondial commencent à s'effondrer, et les régimes autoritaires seront les premiers à en tirer profit."
Donald Trump, lui, semble déjà avoir un autre pays sur la liste. "Je pense que nous allons finir par parler de Cuba, car Cuba est actuellement une nation en déclin, une nation en très grave difficulté" a glissé le président lors de sa conférence de presse.
