"Je ne pensais pas dire du bien de Trump un jour" : aux États-Unis, des sentiments contradictoires face à l'enlèvement de Nicolás Maduro
De la rue aux couloirs du pouvoir, la joie et l'espoir rivalisent avec la colère et l'inquiétude vis-à-vis d'une possible nouvelle "guerre sans fin".
- Publié le 04-01-2026 à 08h53
- Mis à jour le 04-01-2026 à 14h54

Gabriela Frances ressent "un cocktail d'émotions" en ce samedi 3 janvier. Jointe quelques heures après l'annonce de l'enlèvement du président Nicolás Maduro par les États-Unis, cette Vénézuélienne vivant en Floride déteste Donald Trump. Mais elle le reconnaît volontiers : grâce à son action stupéfiante, son pays natal pourrait recouvrer la "liberté" après tant d'années. "Je ne pensais pas dire du bien de Trump un jour, confie-t-elle. Mes proches à Caracas sont sous le choc, mais nous sommes tous excités de voir la dictature peut-être se terminer. J'espère que cela arrivera".
L'espoir de cette ancienne employée d'une télévision d'opposition fermée par Hugo Chávez est partagé par de nombreux Vénézuéliens de Floride, terre d'accueil de millions d'hispaniques fuyant des régimes autoritaires. La communauté se concentre essentiellement à Doral, en banlieue de Miami. Représentant près de la moitié des habitants de cette commune surnommée "Doral-zuela", ils ont petit à petit gravi les échelons de la vie politique locale pour devenir un groupe influent. Donald Trump y a fait campagne en 2020 et 2024 en agitant le spectre du socialisme et du communisme en cas de victoire démocrate.
Sans surprise, sa décision d'arrêter Nicolás Maduro a largement été saluée dans cette municipalité, où le milliardaire possède accessoirement un club de golf. Samedi, quelque deux cents personnes se sont retrouvées au petit matin devant un restaurant pour fêter la nouvelle.
La dynamique politique en Floride, dont le milliardaire est officiellement résident depuis 2019, explique en partie l'épisode de samedi dernier. Les Vénézuéliens de l'État, comme d'autres hispaniques, se sont progressivement détournés du Parti démocrate ces dernières années, permettant aux républicains de gagner du terrain. En 2022, ce bloc électoral a ainsi contribué à la victoire remarquée du gouverneur conservateur Ron DeSantis dans le comté de Miami-Dade, un bastion de la gauche. Au sein de l'administration Trump, ces voix de réfugiés sont représentées par le Secrétaire d'État Marco Rubio, un ancien sénateur de Floride dont les parents ont fui le régime castriste à Cuba. Il a été l'un des principaux architectes de l'escalade militaire américaine contre Maduro, un allié de La Havane.
En Floride, les réactions politiques face à l'arrestation du dirigeant sont comme dans le reste du pays : divisées selon le parti. Tout en reconnaissant la joie ressentie par ses "amis et voisins" dans sa circonscription dans le sud de l'État, la députée démocrate Debbie Wasserman Schultz a noté que les parlementaires n'ont pas été consultés avant l'opération militaire, comme le prévoit pourtant la loi.
Pour leur part, les élus républicains de Floride ont applaudi l'action du président sans rien dire de l'entorse aux règles nationales et internationales qu'elle constitue. "Un jour nouveau est arrivé pour le Venezuela et l'Amérique latine", a déclaré sur X le sénateur Rick Scott.
À plus d'un millier de kilomètres de Floride, changement d'ambiance. Dans le froid glacial de Times Square à New York, deux cents manifestants scandent "financez l'éducation, pas la guerre et l'occupation ! ". Ils se sont rassemblés en urgence, samedi, à l'appel d'une coalition nationale de groupes pacifistes et anti-impérialistes. "Nous avons assez de problèmes à résoudre dans notre pays. Nous ne pouvons pas nous lancer dans une autre guerre pour l'argent et le pétrole", affirme Julie Kaylan, l'une des manifestantes. Et ses Vénézuéliens qui s'en félicitent ? "Personne ne dit que Maduro était un ange, mais cela ne justifie pas une intervention militaire dans un pays souverain", ajoute son amie, Kate.

Ces paroles de militants de gauche ne sont pas si différentes de celles des partisans de l' "America First", un courant de la droite trumpiste qui rejette toute aventure militaire à l'étranger pour mieux se concentrer sur les problèmes nationaux. Ces derniers mois, cette aile a ouvertement accusé Donald Trump d'avoir trahi sa promesse de mettre fin aux "guerres sans fin" avec ses décisions de bombarder des embarcations suspectées d'appartenir à des narcotrafiquants dans les Caraïbes, ainsi que les installations nucléaires iraniennes.
L'ex-députée de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, figure de proue de cette mouvance qui a rompu publiquement avec son champion Trump, n'a pas mâché ses mots. "Les deux partis, républicain et démocrate, continuent de financer et d'alimenter la machine militaire de Washington, a-t-elle écrit sur X. Beaucoup de partisans MAGA (Make America Great Again, le mouvement trumpiste, ndr) pensaient y avoir mis un terme avec leur vote. Quelle erreur ! ".
À Doral, Gustavo Garragory, un Vénézuélien pro-Trump, balaie les critiques d'un revers de main. Il juge même que le locataire de la Maison-Blanche a "100 % raison" de dire que les États-Unis doivent "diriger" son pays et faire main basse sur ses réserves pétrolières. "Le Venezuela a besoin de l'aide de Washington pour rétablir l'ordre. Les leaders de l'opposition doivent être accompagnés. Quant aux entreprises pétrolières, elles doivent être modernisées. Elles sont dans un sale état". Sa prédiction : "de nombreux Vénézuéliens installés aux États-Unis retourneront au pays pour prêter main-forte au redressement".
