Comment museler ceux que la façon d'agir de Theo Francken dérange?
- Publié le 08-01-2018 à 15h57
- Mis à jour le 08-01-2018 à 15h58

Une chronique de Jean-Claude Matgen.
Depuis une quinzaine de jours, il ne se passe pas une émission consacrée à la crise des migrants soudanais et au comportement du secrétaire d'Etat à l'Asile Theo Francken sans que quelqu'un rappelle que si le gouvernement devait tomber à la suite d'une démission de l'intéressé, ce serait une formidable aubaine pour la N-VA, son parti et celui de Bart De Wever.
Le discours est à peu près le suivant: ceux qui défendent l'idée qu'au nom du droit international, des droits de l'homme, des valeurs démocratiques, du respect dû au Parlement, M. Francken devrait tirer les conclusions de sa façon d'agir jouent avec le feu car une démission spontanée ou provoquée du très populaire politicien entraînerait sans doute une chute du gouvernement et des élections anticipées lesquelles verraient la N-VA atteindre des scores historiques.
Ce raisonnement me fait penser à celui d'un ancien éditorialiste d'un journal populaire flamand. En avril 2004, la cour d'appel de Gand avait rendu un arrêt sans ambages établissant que le Vlaams Blok (qui n'était pas encore Belang) était un parti qui prônait la discrimination et menait des campagnes de haine à l'encontre des étrangers. Avec d'autres confrères, "La Libre" s'était réjouie de la qualité de cet arrêt et du fait qu'une juridiction flamande osait reconnaître l'évidence, en droit.
Quelques jours plus tard, je me retrouvai dans un studio de la RTBF radio pour un débat au cours duquel l'éditorialiste que je viens d'évoquer fit le reproche à mon journal et à d'autres quotidiens francophones d'avoir accueilli de la sorte l'arrêt de la cour d'appel car, disait-il en substance, de tels commentaires "contribueront à victimiser le Vlaams Blok et, aux prochaines élections, d'attirer vers lui de nombreuses voix supplémentaires".
Ce qui se joue aujourd'hui est du même ordre. Ceux que les contre-vérités débitées au Parlement par M. Francken dérangent, ceux que les risques pris par la Belgique en rapatriant des migrants dans un pays qui prouve chaque jour qu'il fonctionne comme une dictature inquiètent, n'auraient même pas le droit de faire entendre leur voix car, ce faisant, ils risqueraient de faire le lit de la N-VA, en lui apportant une publicité négative qui ne ferait, en quelque sorte, qu'exciter ses partisans et d'autres électeurs prêts à rejoindre ses rangs.
Bref, il faudrait demeurer muet, ne pas manifester son indignation ni même son malaise aux fins de ne pas faire le jeu du parti nationaliste. Drôle de façon de museler ceux qui ne peuvent s'accommoder du mode de communication de M. Francken et de ses amis.