Edito : schizophrénie sur les départs anticipés
Le gouvernement Michel a adopté une position claire sur le sujet : plus question d'autoriser les départs anticipés avant 62 ans, et avant 63 ans à partir de 2018. Mais dans la pratique, deux grandes entreprises viennent, coup sur coup, de montrer leur volonté de contourner cet objectif : Proximus et BNP Paribas Fortis. Et ce, alors que l'Etat belge est actionnaire de ces deux entreprises. Un édito signé Vincent Slits.
- Publié le 26-02-2016 à 06h49
- Mis à jour le 26-02-2016 à 06h52

Un édito signé Vincent Slits.
De la théorie à la pratique, il y a souvent un pas, voire davantage. On nage même parfois en pleine schizophrénie. La question de la durée des carrières en est une belle illustration. Le gouvernement Michel a adopté une position claire sur le sujet : plus question d'autoriser les départs anticipés avant 62 ans, et avant 63 ans à partir de 2018. L'équation est simple : avec une espérance de vie en constante augmentation, nous devrons travailler plus longtemps. La pérennité du financement futur de nos pensions est à ce prix. C'est mathématique. Voilà pour la théorie.
Mais dans la pratique, deux grandes entreprises viennent, coup sur coup, de montrer leur volonté de contourner cet objectif : Proximus et BNP Paribas Fortis. La première en demandant au gouvernement d'avaliser un plan de départ permettant à 1 300 équivalents temps plein de bénéficier, à partir de 58 ou 60 ans, d'une retraite anticipée, la seconde en limitant à 25 années d'ancienneté la possibilité de bénéficier d'une prépension. L'objectif est à chaque fois le même : réduire les coûts et pousser vers la sortie ces "seniors" jugés moins performants. Si ces deux exemples frappent, c'est aussi et surtout parce que l'Etat est… actionnaire à la fois de Proximus et de BNP Paribas, la maison mère de la première banque belge.
Le fait que ces prépensions seraient financées par les entreprises concernées et non avec de l'argent public ne suffit pas à lever le malaise. Car le signal envoyé ici est désastreux dans un pays où le taux d'emploi des plus de 50 ans est déjà parmi les plus faibles d'Europe. La N-VA cale d'ailleurs sur ce "cadeau" qui serait fait à Proximus, craignant un précédent dangereux qui minerait la crédibilité de l'action du gouvernement. Il est urgent de repenser en profondeur, au sein des entreprises, la question de la durée et la gestion des carrières. Pour qu'après 50 ans, les salariés ne soient plus perçus comme une simple variable d'ajustement.