L'école, ou le gâchis de tous
Un édito de François Mathieu

- Publié le 05-06-2026 à 00h00

Quelque chose s'est cassé dans l'enseignement. Les images de colère, les tensions, les dégradations parfois, pour condamnables qu'elles soient, sont l'aboutissement d'un lent processus de rupture entre des acteurs qui partageaient autrefois un diagnostic commun : l'école devait évoluer. Personne ne contestait la nécessité d'adapter certaines formations, de mieux préparer les jeunes aux mutations du monde, de corriger les inégalités persistantes ou de moderniser un système qui accumule les signaux d'alerte et les déficits depuis des années.
Le drame est qu'une accumulation de réformes pensées pour transformer l'école s'est progressivement réduite à une bataille sur ses aspects les plus contestés. Les débats se sont cristallisés sur quelques nouvelles mesures symboliques, souvent liées à des impératifs budgétaires. La réflexion sur le sens du Pacte d'excellence qui réunissait pour une fois tous les acteurs concernés s'est effacée derrière la dispute sur les économies. Résultat : tout le monde perd. Les enseignants d'abord. Qu'ils aient raison ou tort sur chaque point du décret programme importe moins que le sentiment qui domine aujourd'hui : celui de n'être ni écoutés ni respectés. Dans une profession fragilisée par une crise des vocations sans précédent, ce ressentiment est dévastateur.
Le monde politique perd aussi. Car cette crise emporte avec elle des années de concertation et l'esprit même qui avait présidé au Pacte d'excellence : celui d'une réforme construite avec les acteurs du terrain. Sous la pression budgétaire et démographique, le gouvernement devait réformer. Mais réformer sans embarquer jusqu'au bout ceux qui feront vivre la réforme est rarement une stratégie gagnante.
Les syndicats, eux aussi, dépassés, sortent affaiblis. Longtemps concentrés sur la seule défense de l'emploi, ils tentent de retrouver une base déboussolée en radicalisant le rapport de force. Ce durcissement tardif n'est en rien une solution.
Les parents ne sont pas épargnés. Entre des vies professionnelles toujours plus exigeantes et une école qui peine à répondre à leurs attentes, la distance s'est installée. Trop souvent, enseignants et familles se regardent désormais avec méfiance alors qu'ils devraient être alliés.
Et puis il y a les élèves. Les grands oubliés du conflit. Ceux qui subissent les conséquences d'un dialogue devenu impossible. Ceux qui paieront le prix d'un système incapable de s'accorder sur leur avenir. C'est cela le plus inquiétant. Car derrière le tumulte des manifestations et des débats parlementaires se dessine une réalité plus profonde : l'école risque de perdre ce qui la fait tenir. La confiance.