La seule excuse de Dieu

Le tombeau vide de Pâques et les apparitions du Ressuscité nous permettent l'espérance. Notre monde ne serait donc pas une cacophonie, mais une symphonie cherchant son accord final. A la lueur d'une luciole

Contribution lecteur
La seule excuse de Dieu
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Une chronique de Charles Delhez.

Le tombeau vide de Pâques et les apparitions du Ressuscité nous permettent l'espérance. Notre monde ne serait donc pas une cacophonie, mais une symphonie cherchant son accord final. Que la lumière soit !" dit Dieu au commencement de tout, mais que de ténèbres depuis… A quoi donc rime cet univers si celui qui se considère comme la pointe la plus avancée de l'évolution, l'être humain, est capable de telles turpitudes ? Dieu ne s'était-il pas trompé, lui qui, après avoir créé l'homme, s'était exclamé que c'était très bon ?

Le spectacle du monde peut être si désolant. Guerres au nom des dieux, divisions entre les peuples, haines et jalousies familiales, meurtres crapuleux… Comment donc croire encore en un Dieu ? Le Christ, sur la croix, s'est lui-même interrogé : "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Et Elie Wiesel, dans l'enfer d'Auschwitz, entendit murmurer "Où donc est Dieu ?" tandis que les SS pendaient un adolescent. Il aurait mieux valu qu'il n'y ait rien.

Sans la résurrection de Jésus, il faudrait se résoudre à l'absurdité totale. Si l'on croit en Dieu, en un monde divin qui surpasse l'homme, comment, en effet, pouvoir accepter qu'un homme qui s'est réclamé de Dieu et qui a aimé son prochain jusqu'au don total de lui-même, soit laissé dans les abîmes de la mort ? Pâques était la dernière chance de Dieu.

S'il existe, il ne pouvait laisser pendre au gibet de cette croix d'infamie un homme qui n'avait fait que le bien. Heureusement, le tombeau vide du matin de Pâques et les apparitions du Ressuscité nous permettent de garder l'espérance. Le dernier mot n'a peut-être pas encore été dit. Notre monde ne serait donc pas une cacophonie, mais une symphonie qui cherche son accord final.

La Résurrection de Jésus nous en fait entendre les premières notes dans l'alléluia de la nuit pascale. Et le thème qui court à travers toute l'œuvre, son cantus firmus (1), c'est l'amour. Le Vendredi saint et Pâques sont en effet d'un seul tenant. La résurrection n'est pas la négation de la croix, ou une revanche, mais une manifestation de la toute-puissance de l'amour nu, signe que Dieu était vraiment avec le Crucifié, qu'il est avec tous les crucifiés du monde.

Dieu a pris position pour lui. Il a déjugé la sentence des pouvoirs religieux et politique qui s'étaient ligués pour crucifier ce prophète. Avec toute la tradition chrétienne, je reconnais, dans ce crucifié du Vendredi saint, Dieu lui-même qui partage toutes nos souffrances. Sa seule excuse, c'est la croix de Jésus. Il est donc du côté des souffrants. La question qui nous est posée : et nous, ferons-nous de même ?

Croire en Jésus ressuscité, en effet, c'est se mettre de son côté, c'est prendre position pour ceux que tous rejettent, quel qu'en soit le risque. La croix est lumineuse. Jésus garde ses plaies, elles ont la couleur de l'amour. Qu'au cœur de notre humanité un tel amour ait été possible permet d'espérer, c'est-à-dire de croire que l'aventure humaine n'est pas vaine. Mais cette victoire de Pâques passe par notre remise en route.

En ce temps-là, ils furent nombreux à se rassembler en communautés fraternelles où l'amour devenait la seule loi. Un monde nouveau germait. Qui prendra le relais pour qu'un jour, Dieu puisse nous confirmer que tout cela est très bon, et pour l'éternité ? Les Ecritures, que Jésus commente pour les disciples sur la route d'Emmaüs, au soir du premier jour de la semaine, sont en effet l'histoire de la lumière. Dieu l'a voulue au premier jour du monde, mais elle a besoin de notre consentement pour se frayer un chemin et traverser les ténèbres.

Au début du monde, il y a eu le oui de Dieu : Fiat Lux, que la lumière soit ! Au cœur de notre histoire, le oui de Jésus au jardin des Oliviers lui fait écho : Fiat voluntas tua, que ta volonté soit faite ! Pour que retentisse l'accord final dans toute son ampleur, il faut maintenant notre oui.

(1) Le cantus firmus dans la musique médiévale est une mélodie préexistante servant de base à une polyphonie.

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