Le Parlement et les universités légitiment par leur silence des messages criminels

Le Professeur Éric Muraille met en cause dans cette opinion les propos du Professeur Meyer. Lisez le droit de réponse de ce dernier sous cette opinion.

Le Parlement et les universités légitiment par leur silence des messages criminels
©Philippe Joisson
Contribution externe

Une carte blanche d'Eric Muraille, maître de Recherches FNRS, ULB

Faire la différence entre un avis d’expert soutenu par un consensus scientifique et une simple opinion devient de plus en plus difficile pour le public. Ainsi, de nombreux citoyens adoptent des croyances sans fondement rationnel ou sont perturbés par ce qu’ils pensent être une absence de consensus scientifique, ce qui réduit leur adhésion aux politiques sanitaires, avec des conséquences parfois dramatiques. Les causes de ce phénomène sont multiples, mais l’une des plus évidente est le manque de motivation des institutions gouvernementales et universitaires à dénoncer les dérives populistes de certains experts.

Ce phénomène a suscité de nombreuses polémiques en France, en particulier concernant le Pr Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerranée Infection, objet de plusieurs plaintes, et le sociologue Laurent Mucchielli, rappelé à l'ordre par le CNRS. Mais il n'épargne pas la Belgique. En plein débat sur la vaccination obligatoire contre le Covid-19, on y observe une montée en puissance des tentatives de désinformation des décideurs politiques et du public à propos de l'efficacité des vaccins et de leurs effets secondaires non désirés.

Geert Vanden Bossche à La Chambre

Le 26 janvier, le vétérinaire Geert Vanden Bossche s'est vu offrir une tribune devant la Commission de la Santé à La Chambre pour un débat sur la vaccination obligatoire. Il y avait été invité par le Vlaams Belang, et auditionné sous l'affiliation 'Voice for Science and Solidarity', organisation indépendante obscure composée de deux membres dont Mr Vanden Bossche qui s'y présente comme docteur en Sciences, spécialiste en virologie ayant une expérience professionnelle dans le développement des vaccins. Les parlementaires l'ont donc entendu pour son expertise scientifique au sujet de la vaccination.

Mr Vanden Bossche affirme que les vaccins contre la Covid-19 aggravent la pandémie de SARS-CoV-2 car ils augmentent le risque d'émergence de virus échappant à la réponse immunitaire et qu'ils privent les enfants d'une immunité naturelle au virus. Il est rassurant de voir que son audition a suscité de nombreux commentaires critiques des députés, notamment sur l'absence d'évidences scientifiques soutenant ses conclusions. La députée Sophie Rohonyi (Défi) a même jugé « dangereux voire criminels » les propos de M. Vanden Bossche, car « ils invitent à la contamination volontaire ! ».

Le statut d’expert scientifique ne devrait pas être acquis par simple auto-proclamation, ni légitimé par un parti politique, surtout si ce statut justifie la remise d’un avis auprès de la plus haute instance législative d’un État démocratique. Bien sûr un Parlement peut entendre des opinions basées sur d’autres raisonnements que la science. Mais les parlementaires et leurs électeurs ne peuvent être dupés lorsque ces avis sont malhonnêtement présentés comme une expertise scientifique.

La communauté scientifique internationale dispose d'outils efficaces et consensuels pour évaluer raisonnablement toute personne qui se présente comme activement impliquée dans les sciences biomédicales et de santé. Le curriculum vitae de Mr Vanden Bossche n'indique aucune contribution scientifique significative en matière de médecine humaine, vaccins, immunologie, virologie, ou santé publique. Ses publications scientifiques les plus récentes dans des revues internationales avec comité de lecture datent de 1995. Mr Vanden Bossche n'est donc en rien un expert scientifique reconnu par des pairs. Et son discours n'est soutenu par aucune évidence scientifique.

Un collectif de 46 scientifiques académiques Belges a recommandé à La Chambre de clarifier publiquement en quelle qualité toute personne auditionnée remet un avis ou une opinion. Si cette qualité est celle d'un expert scientifique, il propose que ce statut soit systématiquement validé par au moins deux instances scientifiques, telles que le FNRS et les Académies de médecine ou des sciences. L'évaluation par ces instances contribuerait à protéger notre démocratie des dérives inquiétantes de la génération, propagation et amplification de contre-vérités.

Patrick Meyer et la surmortalité due aux vaccins Covid

Patrick Meyer est Chargé de cours à l'Université de Liège (ULiège). Dans une vidéo sur YouTube mise en ligne le 4 janvier, ce chercheur en intelligence artificielle prétend avoir démontré que les vaccins contre la Covid-19 auraient causé une surmortalité des moins de 44 ans en Europe en 2021. Un article en prépublication (non validé par les pairs) est cité comme caution scientifique. Le Pr. Meyer s'est également donné en spectacle dans une vidéo mise en ligne par BAM (Belgian Alternative Media) où il se présente en lanceur d'alerte et conclut en affirmant son opposition à la vaccination obligatoire.

Les chercheurs de l'ULiège ont réagi aux communications du Pr Meyer et marqué leur opposition à la forme et au contenu. Dans un texte (qui n'est encore accessible que via l'intranet de l'ULiège) intitulé Des spécialistes de l'ULiège répondent au Pr Meyer, signé par 19 experts, ils rappellent que « ce n'est pas la vaccination qui tue mais bien le virus ». Ils soulignent que ces résultats sont « en totale opposition aussi bien à ce qui est publié dans les revues scientifiques les plus rigoureuses qu'aux données de pharmacovigilances nationales et internationales ». Ils concluent que la communication de Meyer « va à l'encontre des principes déontologiques qui doivent encadrer la communication des universitaires vers le grand public » et que « en raison de son impact potentiel sur la santé publique, elle soulève de sérieuses questions éthiques ».

Suite à plusieurs plaintes adressées au Conseil à l’Ethique et à l’Intégrité Scientifique de l’ULiège, une instruction est en cours. Mais les résultats de celle-ci ne seront pas disponibles avant plusieurs mois. Un délai pendant lequel les dizaines de milliers d’internautes qui écouteront les interviews du Pr Meyer croiront en la qualité scientifique de son discours et se persuaderont de la dangerosité des vaccins contre la Covid-19.

Rappeler la déontologie de la communication scientifique

La production de savoirs scientifiques est un processus collectif qui est généralement réalisé sur un temps long. Les résultats d'une recherche doivent être examinés et validés par les pairs afin de réduire les erreurs et les biais. Cette étape de validation implique à minima une évaluation rigoureuse des méthodes utilisées, de la reproductibilité des résultats ainsi que de la cohérence des conclusions tirées des résultats du travail de recherche. Les avis d'autorités et de popularité n'ont aucune valeur scientifique.

La crise du Covid-19 a généralisé une communication par les médias de travaux scientifiques en prépublication, non encore validés. Cette pratique, excusable en période de crise, exige une mise en contexte extrêmement prudente des résultats. Si ceux-ci s’écartent du consensus scientifique, l'absence de validation et les limites du travail doivent alors être clairement expliquées au public. Si un chercheur présente ses résultats directement via les réseaux sociaux, il doit spécifier si c'est à titre personnel ou institutionnel. Il doit également distinguer clairement dans son discours ce qui appartient au domaine de son expertise scientifique et ce qui est fondé sur des convictions personnelles.

Il est urgent que les universités rappellent ces principes déontologiques encadrant la communication des universitaires vers le grand public. Les universités doivent également mettre en place des procédures rapides en cas de communication violant ces principes et présentant un risque pour la santé publique. Ce type de comportement décrédibilise l'ensemble des savoirs scientifiques et met en péril la liberté académique.

Droit de réponse du Professeur Meyer

Dans une carte blanche intitulée “Le Parlement et les universités légitiment par leur silence des messages criminels”, signée par Eric Muraille et publiée dans La Libre Belgique le premier février 2022, j’ai été personnellement mis en cause, de même que la qualité de mon travail. J’ai à cœur de rectifier les faits et de revenir sur les passages qui portent atteinte à mon honneur.

M. Muraille considère tout d’abord que le fait de communiquer les résultats de mon travail reviendrait à faire passer dans le public des “messages criminels”. Rien de moins… Qu’en est-il exactement ?

J’ai réalisé une étude à partir des données brutes officielles de mortalité de 2021, toutes causes confondues, pour les tranches d’âge des moins de 65 ans, dans plusieurs pays européens. L’étude révèle une surmortalité anormale durant les semaines de campagne de vaccination contre la Covid-19, en particulier pour les moins de 45 ans.

Je n’ai jamais “prétendu avoir démontré” que les vaccins contre la Covid-19 seraient la cause d’une telle surmortalité, mais j’arrive au constat qu’aucune autre variable ne semble expliquer mieux, à ce stade, la surmortalité observée. Les données que j’ai utilisées sont publiques, la méthodologie, transparente.

À propos de la déontologie du chercheur que je suis, M. Muraille écrit : “Il doit également distinguer clairement dans son discours ce qui appartient au domaine de son expertise scientifique et ce qui est fondé sur des convictions personnelles”.

Contrairement à ce qu’insinue M. Muraille, en tant que bioinformaticien, je suis au cœur de ma compétence quand il s’agit d’analyser des données biomédicales. Ça fait 15 ans que je travaille dans ce domaine, et j’ai engrangé plusieurs publications validées par les pairs.

M. Muraille rapporte par ailleurs que des collègues ont considéré que les résultats de ma recherche étaient “en totale opposition aussi bien à ce qui est publié dans les revues scientifiques les plus rigoureuses qu’aux données de pharmacovigilances nationales et internationales”.

Ce n’est pas exact. Sur cet angle de travail spécifique à partir des données brutes de mortalité de 2021, il n’y a à ma connaissance que trois études, autres que la mienne : l’une anglaise (1), l’autre allemande (2), la troisième américaine (5), qui, toutes les trois, arrivent à des conclusions similaires aux miennes. On notera aussi que plus de 80 scientifiques et professionnels de la santé anglais exigent une enquête d’urgence en raison précisément d’une surmortalité (toute cause) alarmante des jeunes “qui semble coïncider avec la campagne de vaccination” (4). Et, contrairement à ce qui est affirmé, de nombreuses analyses de la pharmacovigilance officielle, tant en Europe qu’outre-Atlantique, ne rendent pas du tout invraisemblables les résultats suggérés par mon étude.

“Des spécialistes de l’ULiège répondent au Pr Meyer, signé par 19 experts, ils rappellent que ‘ce n’est pas la vaccination qui tue mais bien le virus’.”

Ce n’est pas exact. Personne ne peut contester aujourd’hui des cas de mortalité liés à certains vaccins contre la Covid-19 (thromboses par exemple). Toute la question est la balance bénéfice-risque de la vaccination, au regard de chaque tranche d’âge.

M. Muraille écrit encore : “La crise du Covid-19 a généralisé une communication par les médias de travaux scientifiques en prépublication, non encore validés. Cette pratique, excusable en période de crise, exige une mise en contexte extrêmement prudente des résultats. Si ceux-ci s’écartent du consensus scientifique, l’absence de validation et les limites du travail doivent alors être clairement expliquées au public”.

Contrairement à ce qui est insinué, j’ai tout d’abord clairement indiqué, dans la communication que j’ai faite de mon travail, qu’il s’agissait d’une prépublication, et j’ai aussi indiqué que la gravité des résultats suggérés par mon étude (aux côtés d’autres études allant dans le même sens comme il a été dit), justifiait amplement sa communication sans attendre la fin du long processus de publication.

J’ai aussi indiqué que j’attendais des suggestions concernant mon étude. Jamais M. Muraille n’en a fait. Et aucune des remarques de ceux qui se sont manifestés ne vient invalider mes conclusions.

Surtout, il est un point essentiel que M. Muraille a pris soin de passer sous silence dans sa carte blanche : mon étude se conclut sur un appel à ce que soient urgemment rendues publiques (sous forme anonymisée bien sûr) les données du statut vaccinal des personnes décédées en 2021, ce qui permettrait de clore la question. On parle quand même d’une tranche d’âges – les moins de 45 ans – dont les risques de mortalité liée à la maladie elle-même, sont proches de 0 : l’analyse de la balance bénéfice-risque de la vaccination pour cette tranche d’âge est donc une question cruciale, qui justifie amplement, déontologiquement, une communication de mon étude, en ce compris à l’état de prépublication.

“Le Pr. Meyer s’est également donné en spectacle dans une vidéo mise en ligne par BAM (Belgian Alternative Media)…”

Je ne me “donne pas en spectacle” quand je présente les résultats d’une étude sérieuse, sourcée, convergente avec plusieurs autres études, et dont les résultats sont interpelant sur le plan de la santé publique.

“… où il se présente en lanceur d’alerte”

M. Muraille se moque… Tout scientifique se devrait pourtant d’agir comme je l’ai fait, face à des résultats aussi alarmants que ceux constatés dans mon étude. Et comme il a été dit, je ne suis pas isolé dans cette démarche. Je rajouterais que le très renommé professeur de santé publique Peter Doshi appelle, lui aussi, pour les mêmes raisons, à ce que les données brutes de mortalité associées au statut vaccinal soient rendues publiques sans plus attendre (3).

“Ce type de comportement décrédibilise l’ensemble des savoirs scientifiques…”

Ce n’est pas exact. La science s’est construite sur des débats, et des oppositions. Si ce n’était le cas, la terre serait aujourd’hui toujours au centre de l’univers.

“…et met en péril la liberté académique”

Ceci ne manque pas d’ironie, de la part d’une personne qui s’acharne contre moi, seul ou accompagné, simultanément dans trois parmi les principaux journaux du pays, et qui en appelle à des sanctions disciplinaires à mon encontre, le tout sans formuler la moindre critique sur le fond de mon étude ou sa méthodologie.

M. Muraille justifie enfin sa démarche par le souci de “dénoncer les dérives populistes de certains experts “.

Alors qu’on parle quand même de sauver des vies humaines, M. Muraille insinue que je voudrais juste me rendre populaire. Voilà où en est le “débat scientifique” aujourd’hui…

Patrick Meyer

Bioinformaticien

Université de Liège

[1] Neil, M. and Fenton, N. (2021). Latest statistics on england mortality data suggest systematic mis-categorisation of vaccine status and uncertain effectiveness of covid-19 vaccination. Preprint December 2021.

[2] Christof Kuhbandner. (2022). Der Anstieg der Übersterblichkeit im zeitlichen Zusammenhang mit den COVID-Impfungen (Preprint : 21.01.2022)

[3] Peter Doshi. (2022). Covid-19 vaccines and treatments : we must have raw data, now. B MJ editorials.

[4] Open Letter to the MHRA Regarding Child Death Data https://www.hartgroup.org/open-letter-to-the-mhra-regarding-child-death-data

[5] Pantazatos, S. and Seligmann, H. (2021). Covid vaccination and age-stratified all-cause mortality risk. (Preprint October 2021).

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