Taxe sur les plus-values : le problème n'est pas le désaccord mais le malentendu

Le débat actuel autour de la proposition de taxation des plus-values divise. Mais une question me semble largement absente : parlons-nous réellement de la même chose lorsque nous parlons de "capital" ?

 Deux millions de personnes verront leur revenus indexés cet été.
De l'argent, en billets et pièces. ©Photo News

Une opinion de Christophe Kersteens, consultant en stratégie, gouvernance et performance

Les débats qui ont accompagné ces derniers jours la proposition de taxation des plus-values ont rapidement opposé deux visions.

Pour les uns, il s'agit d'une question de justice fiscale.

Pour les autres, d'un risque pour l'investissement, l'emploi et la création de richesse.

Ces désaccords sont légitimes.

Mais une question me semble largement absente : parlons-nous réellement de la même chose lorsque nous parlons de "capital" ?

Un patrimoine financier liquide, une entreprise familiale, une exploitation agricole ou une PME innovante répondent à des réalités économiques profondément différentes. Traiter de la même manière un portefeuille financier et une entreprise familiale, c'est oublier que l'un est un actif disponible, tandis que l'autre est aussi un outil de travail, des emplois et un projet de vie.

Réduire un problème complexe à une seule dimension ne le simplifie pas. Cela l'appauvrit.

Le débat sur le capital n'est finalement qu'un révélateur d'une difficulté plus générale : nous cherchons souvent des réponses avant de nous assurer que nous analysons bien le même problème. Une bonne réponse apportée à un problème mal qualifié conduit rarement à une bonne décision.

Mais la difficulté ne tient pas uniquement à la définition des mots. Elle tient aussi au fait que chacun les interprète depuis la place qu'il occupe dans le système.

Cette difficulté dépasse largement la fiscalité. Elle traverse les débats sur l'enseignement, la dette publique, la santé, l'énergie, l'immigration…

Chaque acteur voit une partie du système. Aucun n'en voit l'ensemble. Ce n'est pas une faiblesse. C'est la conséquence naturelle de la complexité du réel.

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À cela s'ajoute une autre difficulté : nous n'évaluons pas toujours une décision à l'horizon de temps pour lequel elle a été conçue. Certaines réformes produisent leurs effets en quelques mois. D'autres demandent des années. Les juger trop tôt revient parfois à répondre à une question qu'elles ne prétendaient pas encore résoudre.

L'entrepreneur n'observe pas le même problème que le salarié. Le parent ne l'observe pas comme l'élu, qui doit concilier l'intérêt général, les contraintes budgétaires et les échéances démocratiques. Chacun éclaire une partie du réel.

Ces regards sont complémentaires. Aucun n'est illégitime, mais aucun ne suffit, à lui seul, à embrasser toute la réalité.

Nous sommes rarement un seul acteur. Nous sommes souvent, simultanément, contribuables, parents, salariés, entrepreneurs, patients, épargnants et électeurs.

C'est ce qui explique que deux personnes de bonne foi, confrontées aux mêmes faits, puissent parvenir à des conclusions différentes.

Nos analyses ne dépendent donc jamais uniquement des faits. Elles sont aussi influencées par nos expériences, nos émotions, nos responsabilités, nos valeurs, nos espoirs et parfois nos inquiétudes. L'émotion ne remplace pas la raison ; elle oriente simplement notre attention vers certaines dimensions du problème plutôt que vers d'autres.

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Les décisions publiques sont rarement un choix entre une bonne et une mauvaise solution. Elles sont presque toujours un arbitrage entre plusieurs objectifs légitimes : l'efficacité et l'équité, le court terme et le long terme, l'intérêt individuel et l'intérêt collectif.

La cohérence ne consiste pas à supprimer ces tensions. Elle consiste à les rendre visibles afin de rechercher les arbitrages les plus solides.

Le rôle du débat démocratique n'est pas d'effacer les désaccords.

Il est de réduire les malentendus.

Les désaccords sont inévitables.

Les malentendus ne le sont pas.

À l'heure où les débats publics s'accélèrent, nous gagnerions peut-être à consacrer autant d'énergie à qualifier les problèmes qu'à défendre les solutions. C'est souvent là que commencent les décisions les plus solides.


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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