Pourquoi faut-il parfois attendre des funérailles pour retrouver ceux que l'on a tant aimés et perdus de vue ?
Les funérailles sont aussi des retrouvailles. Derrière chaque accolade se cachent des souvenirs, des complicités et, parfois, le désir de renouer un lien.
- Publié le 24-10-2026 à 18h13

Un billet de Isabelle de Laminne, économiste, chroniqueuse
La perte d'un proche est toujours un choc, même lorsqu'elle est l'aboutissement d'un long déclin. Les funérailles rendent hommage au défunt mais, au-delà de la cérémonie, ce sont aussi des retrouvailles d'amis d'enfance ou de cousins lointains qui permettent de renouer des liens qui s'étaient étiolés au fil de la vie.
La file des proches s'allonge au-delà du parvis de l'église. Ils sont venus pour soutenir la famille et dire un dernier au revoir à cette personne qui a fait partie de leur vie. La famille les reçoit, leur serre la main, les embrasse ou les prend dans les bras. Et ce défilé est comme le film de notre vie. Il y a bien sûr les cousins avec qui on a partagé tant de moments heureux chez les grands-parents. Des complicités plus proches se sont nouées avec certains. Elles se manifestent par une accolade plus prononcée, un sourire qui fait remonter à la surface des bêtises enfantines jamais avouées.
Notre parent aurait-il eu une vie cachée ?
Les amis proches aussi sont là. Compagnons de nos routes, ils sont présents dans nos moments de joie ou de peine. Ils ont ri avec nous et pleurent avec nous. Ce sont nos bâtons de pèlerins sur le chemin de la vie parfois semé de pierres. Certains collègues de travail se sont déplacés. Les amis du défunt défilent et l'on découvre parfois un visage inconnu. Et l'on se surprend à se demander si nos parents n'auraient pas eu une vie cachée. Leurs amis ont aussi voulu venir. Du moins, ceux qui sont encore là. Beaucoup se déplacent avec difficulté, ce qui rend leur présence encore plus attachante. Parfois, on peine à les reconnaître alors que d'autres figures nous sont instantanément familières. Dans ce cortège, c'est la vie du défunt qui défile mais aussi la nôtre. À la tristesse du départ d'un parent, se mêlent des émotions très contradictoires : chagrin, réconfort, joie de se retrouver ou regrets parfois.
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Et puis, dans ce courant d'émotions, il y a soudain un visage qui nous reporte des décennies en arrière. Cette amie d'enfance perdue de vue se trouve là devant nous, et ce sont tous les souvenirs de petite fille de dix ans qui remontent comme une vague que rien n'arrête. Mais la personne suivante s'impatiente dans la file et l'on promet de se revoir. Comme il est important que cette promesse soit tenue ! Un déjeuner, une promenade sous le soleil d'automne nous remplissent de la joie des retrouvailles. On évoque alors ces moments heureux que nous avons passés ensemble. Certains parleront de nostalgie, mais il n'y a ici aucune tristesse, plutôt une joie complice. On retrouve de vieux réflexes, des expressions qui n'appartiennent qu'à nous. Pourquoi se priver d'une telle évocation du passé ?
Dans ces moments, il n'est pas question de considérer que le passé était mieux que le présent. Ce présent est aussi évoqué. Personne n'a dit que la vie serait facile mais elle est surprenante. On réalise alors les joies et les peines que l'autre a connues. Une pointe de regret se glisse de ne pas avoir été là dans ces moments. On raconte son propre parcours que l'on peut alors partager. On reparle des anciens qui nous ont quittés, parfois trop vite, parfois trop brusquement.
Un témoignage d'espérance et de joie
Bien sûr, on se remémore aussi la personne qui vient de partir et grâce à qui on se retrouve avec bonheur après tant d'années. On évoque ses qualités et ses petits travers qui nous font sourire. La fin de son parcours est aussi un sujet d'une grande sensibilité et d'une forte émotion. C'est souvent un témoignage d'espérance et de joie, comme celui de cette mère qui, dans un dernier souffle, glisse à sa fille "on s'est bien amusé, hein ?". Ce dernier accès de lucidité témoigne qu'au moment de quitter ce monde et, alors qu'elle n'a pas été épargnée par les difficultés de la vie, elle n'a gardé de cette vie que les bons côtés. Elle nous adresse aussi un message : ne perdez aucune occasion de vous voir, de vous revoir et de profiter de la vie. Cela renvoie aussi au dessin plein de bon sens de Charles Schulz, dans lequel Charlie Brown dit à Snoopy, "Un jour nous allons tous mourir, Snoopy". Et Snoopy de répondre, "Oui, mais tous les autres jours, nous allons vivre".
→ Titre original : "Quand nos morts retissent nos liens"
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