Marc Coucke : "Certains politiciens racontent des conneries juste pour gagner quelques voix"
Le milliardaire flamand répond aux critiques entourant ses projets dans les Ardennes. Il dénonce aussi un certain état d'esprit en Belgique. "Certains politiciens racontent des conneries juste pour gagner quelques voix".

- Publié le 14-05-2026 à 14h39
- Mis à jour le 14-05-2026 à 16h31

Il s'appelle Skinny et mesure près de 8 mètres de long. Le squelette de l'allosaure acheté par Marc Coucke pour un million d'euros trône fièrement à l'entrée du parc Adventure Valley à Durbuy. Le milliardaire gantois est un fan de dinosaures. L'année dernière, il a versé 6 millions d'euros pour s'offrir un apatosaure géant dans son autre parc wallon, Pairi Daiza.
Mais plus que les vieux fossiles, le vrai coup de cœur de Marc Coucke, c'est Durbuy, ville où il venait passer ses vacances quand il était enfant. "Dès qu'on a un week-end de libre avec ma femme, ce qui est très rare, on vient ici avec notre chien", explique l'homme d'affaires. Je préfère Durbuy à Knokke et je le dis même aux Knokkois ! Cette région est unique".
Cela fait maintenant dix ans que l'homme d'affaires investit massivement dans la ville wallonne et ses environs. Outre ses restaurants, hôtels, son glamping ("En été, c'est presque Tomorrowland tous les jours") et autre golf, "la base de croissance" du projet Coucke se trouve dans les 14 hectares d'Adventure Valley.
Il y a encore de la place dans la région pour des projets. Ne pas évoluer, c'est aller en arrière et quand on, va en arrière, cela termine mal."
Aujourd'hui, le parc draine environ 200 000 visiteurs par an, 350 000 si l'on y ajoute les activités telles que le kayak, la location de vélos, le labyrinthe ou les activités de team building. "Durbuy est la plus petite ville au monde et doit le rester, explique Marc Coucke au sommet d'un arbre de son parc. "On va surtout y augmenter la qualité de nos infrastructures. Mais il y a encore de la place dans la région pour des projets. Ne pas évoluer, c'est aller en arrière et quand on va en arrière, cela termine mal".
Attirer davantage de visiteurs étrangers
Fidèle à cette devise, celui qui est aussi propriétaire du RSC Anderlecht a ainsi annoncé un nouvel investissement de deux millions d'euros dans le parc. Nom de code : Wildwood, soit une tour d'activités de 25 mètres de haut d'où partent plusieurs parcours d'accrobranche, une activité de chute libre, ainsi que le Forest Trail, un parcours de 350 mètres dans les arbres pensé pour toucher un public plus large. "Certains de nos visiteurs n'osaient pas s'aventurer dans nos activités à sensation forte, ici tout le monde se sentira à l'aise, tout en vivant une expérience forte".
L'espoir est aussi d'attirer davantage de visiteurs, "notamment venus de l'étranger", comme le souligne Benoit Bronckart, CEO du groupe Sanglier Durbuy Adventures.
Un golf et des appartements en question
Reste que ces investissements ne plaisent pas à tout le monde dans la région : certains craignent l'émergence d'un véritable Couckeland. Récemment, le Gantois a ainsi été freiné dans deux de ses projets : son golf (qui a pu rouvrir début mai "après de bonnes discussions") et le projet immobilier de 204 appartements, sur les hauteurs du village de Bohon, qui a été recalé.
"Personne ne veut de ces constructions près de chez soi. On a écouté les différents acteurs et on est en train de redessiner quelque chose qui tient compte de ces remarques".
"Tout le monde est conscient qu'on a absolument besoin de ces logements pour les habitants de la région, mais aussi pour tous ceux qui viennent travailler ici (NdlR : en été le parc fait appel à plus de 200 intérimaires et étudiants en plus des 84 employés)- et les nouveaux touristes. Mais personne ne veut de ces constructions près de chez soi. On a écouté les différents acteurs et on est en train de redessiner quelque chose qui tient compte de ces remarques".
"J'aurais gagné beaucoup plus si j'avais investi dans Nvidia, mais cela aurait été moins chouette".
D'après lui, les "anti-Coucke" ne représenteraient que 5 % des habitants de la région. "La grande majorité a compris l'intérêt de nos investissements pour Durbuy. On essaie de ne pas brusquer dans nos projets".
Combien Marc Coucke a-t-il déjà investi dans la petite ville wallonne ? Top secret. "Cela représente des sommes importantes, mais cela commence à générer son propre cash-flow. Durbuy n'est pas une question d'argent. J'aurais gagné beaucoup plus si j'avais investi dans Nvidia, mais cela aurait été moins chouette. On a fait ce que l'on avait promis".
"Tout est trop compliqué"
Le pharmacien de formation le regrette : selon lui, il n'est pas évident d'investir en Belgique. "Les travailleurs ne gagnent pas beaucoup d'argent, mais ils coûtent énormément à leur employeur. C'est terrible. Il y a trop de réglementations, tout est trop compliqué".
Il dénonce aussi la communication "très négative" qui entoure les entrepreneurs. "Certains politiciens racontent des conneries juste pour gagner quelques voix. Les entrepreneurs en ont marre d'entendre en permanence ce discours que ce sont les épaules les plus larges qui doivent soutenir le gros de l'effort. Cela n'encourage personne à entreprendre. Je pense que 20 % des Belges paient déjà 80 % des impôts".
"Le but ne doit pas être d'avoir moins de riches, mais moins de pauvres".
Selon lui, il manque "un esprit d'État" en Belgique. "La dette est énorme. Mais, la seule façon de s'en sortir, c'est d'agrandir la tarte, de motiver les gens à entreprendre. Il faut un nivellement vers le haut, pas vers le bas. Le but ne doit pas être d'avoir moins de riches, mais moins de pauvres".
Marc Coucke s'interrompt. Il a rendez-vous avec des paléontologues suisses. Bientôt un petit frère pour Skinny ?
