Batibouw: le Belge n'a plus la brique dans le ventre ? "Les gens ont peut-être d'autres choses en tête"
Libre Immo | Le dossier. Le Salon a ouvert ses portes le 17 février pour sept jours. Il doit se réinventer sans cesse pour mieux répondre aux nouvelles attentes, tant des visiteurs que des exposants.

- Publié le 22-02-2024 à 14h01

"Tous les secteurs sortent d'une période troublée. Certains s'en sont remis vite. Pour d'autres, cela demande plus de temps. Celui des salons est dans ce cas", indique d'emblée Joan Condijts, CEO de Deficom, société mère de Fisa, organisatrice de Batibouw et du Salon des Vacances. "Le secteur de la construction connaît lui aussi une crise avec, entre autres, l'augmentation du prix des matières premières. Mais on sent une volonté forte, des exposants et du public, de renouer avec une relation authentique et une présence physique. Et les salons sont là pour cela : toucher, sentir, avoir un retour direct…"
Pendant le Covid, Batibouw a fait une tentative digitale. "Elle a eu un succès honnête. Mais Batibouw est un rendez-vous qui doit être physique."
Cette édition marque aussi l'arrivée d'une nouvelle équipe chez Fisa. "Nous avons un plan à trois ans pour faire de Batibouw le salon à succès qu'il était. 2024 cumule les handicaps. On espère que 2025 marquera le retour de la croissance et d'un Batibouw plus fort. Nous avons un gros travail à effectuer pour recréer du lien et donner aux visiteurs l'envie de venir. Aujourd'hui, les gens ne se déplacent plus pour rien. Ils veulent une expérience supérieure."
1. Des visiteurs mieux informés
Le salon a accueilli quelque 158 000 visiteurs en 2023. Ses organisateurs en espèrent au moins autant cette année. Nous sommes loin cependant de la belle époque où plus de 350 000 personnes arpentaient les allées des Batibouw. "On ne peut pas dire nécessairement que cette période est révolue mais il faudra du temps pour retrouver des chiffres éloquents", souligne Joan Condijts.
Grâce à Internet, les visiteurs sont de mieux en mieux informés quand ils arrivent au salon. "Ils viennent avec des questions précises. C'est au bénéfice de tout le monde. Les consommateurs savent ce qu'ils veulent. C'est un gain de temps pour les exposants. Il ne faut pas voir Internet et le salon comme des concurrents mais comme des éléments complémentaires."
2. Des consommateurs avec d'autres attentes
"Comme le salon des vacances, Batibouw est un salon historique qui partie de la mémoire collective. Mais les gens ont peut-être d'autres choses en tête actuellement que cette fameuse brique qu'ils ont dans le ventre… Pendant la crise sanitaire, le Belge s'est beaucoup intéressé à son habitation. Après les confinements, il a eu envie de sortir de chez lui. Mais la crise s'est invitée, avec la guerre en Ukraine et son impact sur l'énergie. Les gens ont eu d'autres soucis plus directs que leur habitation. Mais le logement reste une préoccupation des Belges. Et le sera de plus en plus à cause de cette crise énergétique justement", estime le patron de Deficom.
L'énergie est d'ailleurs au centre de l'attention au salon, avec un fil rouge au travers de tous les stands puisque la problématique concerne de nombreux aspects du logement. "Le salon doit être le reflet des attentes de la société. Il a un rôle à jouer car il constitue le lien entre le secteur et les citoyens. Le salon apporte de l'émotionnel mais aussi quelque chose de très concret, avec des solutions proposées, des innovations de produits…"
3. L'accent sur la pédagogie et l'expérience
Batibouw met ainsi de plus en plus l'accent sur la pédagogie. À travers son Academy notamment qui s'est encore développée cette année. Durant sept jours, les visiteurs peuvent consulter des spécialistes qui répondent à toutes leurs questions de manière indépendante. "Nous travaillons aussi avec les exposants pour qu'ils soient sensibilisés aux aspects pédagogiques et d'innovation. Nous travaillons également le côté expérience. Car le salon doit être un lieu pour s'informer certes mais aussi pour se faire plaisir et passer un moment agréable", remarque Joan Condijts.
Batibouw propose, par exemple, une "maison" immersive dans laquelle le visiteur peut pénétrer et changer la décoration. Installé dans une salle de 16 m², Sam Immo est un simulateur immersif qui se transforme en un espace virtuel de 360° par projection simultanée sur quatre murs. Il permet aux visiteurs de se déplacer dans l'espace virtuel pour créer des perspectives hyperréalistes, avec des extérieurs et des intérieurs criants d'authenticité. Sam Immo est une première sur le marché et va encore plus loin dans le domaine tendance de la décoration d'intérieur en 3D.
4. Un lieu pour faire des affaires
Batibouw a aussi une dimension commerciale. "C'est un momentum. Tout le monde connaît les conditions Batibouw. J'ai vu des offres à moins 50 %", raconte Joan Condijts. "C'est le moment où l'on peut faire des affaires. Le consommateur qui envisageait de changer de cuisine se dit que c'est le bon moment. De nombreux contrats sont signés au salon ou dans la foulée de celui-ci."
5. Un salon plus long avec moins d'exposants
Le salon renoue cette année avec une configuration à nouveau plus longue, incluant deux week-ends. Mais aussi deux jours de fermeture, le mardi et le mercredi. "C'est une demande des exposants. Ils voulaient une version plus longue mais aussi la possibilité de ne pas être présents les jours les plus creux que sont le mardi et le mercredi. Participer à un salon, c'est très lourd. Cela demande un investissement important en moyens financiers, en temps et en personnel. Nous avons écouté les exposants et verrons ce que cela va donner." La superficie du salon, quant à elle, a diminué. Cinq halls sont occupés, contre 12 à la belle époque. "Mais je ne suis pas sûr que les visiteurs soient encore demandeurs pour une foire à 12 palais."
Assez logiquement donc, le salon accueillera moins d'exposants. "Certains secteurs sont moins demandeurs d'avoir un contact direct avec le grand public. C'est le cas de la briqueterie, par exemple, qui prenait beaucoup de place avant mais est plus dans le B to B désormais." Cette année d'ailleurs, les organisateurs ont réintroduit la journée des professionnels (le vendredi 23/2) qui avait été supprimée.
Participer à un salon, c'est très lourd. Cela demande un investissement important en moyens financiers, en temps et en personnel."
Participer à un salon coûte cher pour les exposants. "Le plus cher ce n'est pas la location de l'emplacement mais la construction du stand et les frais de personnel", indique Joan Condijts. "Nous mettons de plus en plus l'accent sur la réutilisation des stands. Nous l'avons toujours fait pour des raisons économiques, nous le faisons maintenant pour des raisons écologiques également. Nous pouvons conseiller nos exposants mais la plupart font appel à des sociétés spécialisées dans la construction de stands et qui sont sensibles à cette problématique." Les questions énergétiques sont vraiment au cœur du salon.
Batibouw se tiendra à Brussels Expo du samedi 17 au dimanche 25 février 2024 de 10 h à 19 h. Il sera fermé les 20 et 21 février 2024. La journée du vendredi 23 février (avec nocturne jusque 22 h) est dédiée aux professionnels du secteur mais les particuliers sont également les bienvenus.
3 questions à Thomas Scorier, président d'Embuild
1. Lors de cette édition de Batibouw, une attention particulière est accordée à la question de la durabilité. Quel rôle une fédération comme la vôtre peut-elle jouer dans ce domaine ?
Nous avons un rôle sociétal. Tout ce qui peut être amélioré d'un point de vue énergétique dans les bâtiments va dans le sens des objectifs du Greendeal. Comme fédération, nous sommes là pour offrir des conseils à nos 16 000 membres, les sensibiliser, les former… À Bruxelles, par exemple, nous avons lancé, avec Buildwise (ancien Centre scientifique et technique de la construction), Build Circular, qui forme aux questions de circularité. Chaque année nous organisons quatre salons B to B pour nos membres (Digital Construction, Journée du Parachèvement, Install Day, Belgian Roof Day). Pour le public, nous avons les Journées Chantiers ouverts, le plus grand événement professionnel d'un jour en Belgique, et proposons également un site web orienté vers les consommateurs, www.buildyourhome.be, avec des conseils pour le candidat constructeur.
2. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement ?
Nous en avons plusieurs. Pour des raisons budgétaires, le gouvernement fédéral a limité la baisse de la TVA sur les démolitions-reconstructions aux particuliers à partir de 2024. Nous demandons que soit reconduit le principe de la TVA à 6 % pour les démolitions-reconstructions pour tous les projets. Les particuliers seuls n'ont pas les moyens, ni en temps ni du point de vue financier, pour augmenter de manière suffisante le nombre de logements. Or, on manque de logements. Quelque 225 000 logements supplémentaires sont nécessaires dans les sept prochaines années pour répondre à nos besoins. Ce déficit a un impact sur les prix. Et sur les loyers. C'est donc de l'intérêt de tous de rétablir la mesure afin d'avoir des logements abordables et durables. Une autre attente a trait aux investissements publics : infrastructures, isolation des bâtiments publics… Pour le gouvernement fédéral, les investissements publics doivent passer de 3,3 milliards en 2021 à 4,9 milliards en 2029 et 6,1 milliards en 2034.
Il est important de mettre plus en valeur la qualité et pas seulement le prix lors de l'attribution."
Nous ne sommes qu'à 2,7 % aujourd'hui. C'est bien en deçà des 3,4 % de nos pays voisins. Troisième point d'attention : la lutte contre la fraude sociale. Nous ne souhaitons pas de nouvelles règles mais un meilleur contrôle. Le coût salarial est aussi problématique avec l'indexation. Les entreprises de construction belges, par rapport aux quatre pays qui représentent plus de 90 % des détachements en Belgique, souffrent encore d'un désavantage compétitif de 2,7 euros par heure. Pour éliminer ce désavantage de coût salarial de 2,7 euros par heure, la dispense partielle de versement du précompte professionnel devrait être encore augmentée. Une de nos revendications concerne également les marchés publics. Il est important de mettre plus en valeur la qualité (performance énergétique, de la durabilité, de la circularité…) et pas seulement le prix lors de l'attribution.
3. Construire davantage implique aussi plus de main-d'œuvre.
Effectivement. Pour attirer les talents disponibles vers le secteur de la construction, il importe que les pouvoirs publics fassent plus d'efforts dans l'activation des personnes inactives et dans l'amélioration de l'enseignement et des formations en fonction des besoins du secteur de la construction. Nous pouvons également former ces personnes nous-mêmes. Nous demandons juste de la motivation. Nous avons lancé la campagne "Nous construisons demain" afin d'attirer plus de jeunes dans notre secteur. Un stand y est consacré à Batibouw.
Pour faciliter la construction, il faut également une simplification des permis. Pour parvenir aux objectifs de 2050, il faudrait que la délivrance des permis soit plus rapide. Aux États-Unis, il faut maximum 8 mois pour obtenir un permis, même pour les dossiers les plus complexes. En, Wallonie, on est à 37 mois en moyenne pour un projet difficile. Des efforts sont à faire…