Alexander De Croo tire la sonnette d'alarme: "Si on ne travaille pas maintenant en bloc, nous serons toujours confrontés à des prix élevés en hiver et peut-être à des pénuries"
Le Belge a appelé les Vingt-sept à "former un bloc énergétique uni, faire enfin usage d'une politique d'achats conjoints et se tenir prêt à activer le frein du plafonnement des prix".
- Publié le 23-06-2022 à 23h26
- Mis à jour le 24-06-2022 à 22h19

Pas encore tout à fait remise des effets de la pandémie de Covid qui l'a plongée en semi-léthargie en 2020 et 2021, l'économie européenne traverse une nouvelle zone de turbulences, notamment provoquée par les conséquences de l'agression de l'Ukraine par la Russie. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union feront le point sur la situation, préoccupante, ce vendredi en compagnie de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, et du président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe. Au rayon des inquiétudes figurent l'inflation galopante, la flambée des prix de l'énergie et les risques de pénurie de gaz.
Particulièrement préoccupé par ces deux sujets, le Premier ministre belge Alexander De Croo (Open VLD) a tiré anticipativement la sonnette d'alarme, jeudi après-midi entre la réunion des dirigeants des Vingt-sept et de leurs homologues des Balkans occidentaux et le début du sommet. La hausse brutale des prix de l'énergie est accentuée encore par la guerre menée par la Russie en Ukraine et par la réduction des livraisons de gaz russe aux États membres de l'Union, réponse de Moscou aux sanctions européennes.
Le Belge a appelé les Vingt-sept à "former un bloc énergétique uni, faire enfin usage d'une politique d'achats conjoints et se tenir prêt à activer le frein du plafonnement des prix". Une idée qu'il défend depuis plusieurs mois et qui reçoit le soutien d'autres dirigeants de pays du sud de l'UE, mais dont certains États membres ne veulent pas entendre parler, estimant que cela perturberait davantage le marché européen de l'énergie.
Par ailleurs, M. De Croo constate que face au risque de pénurie énergétique, la tendance est plutôt au chacun pour soi. L'Allemagne a activé jeudi le "niveau d'alerte" du plan visant à garantir son approvisionnement en gaz qui rapproche le pays de mesures de rationnement, dans le sillage de la baisse de 60 % des livraisons de Moscou via le gazoduc Nord Stream. Ce rationnement allemand n'a pas de conséquence sur la Belgique dans l'immédiat, selon M. De Croo, qui rappelle que les réserves du pays sont plus élevées que la normale - elles sont actuellement à 60 % des capacités de stockage. "Mais le problème est plus large : si des pays de l'UE devaient être confrontés à un problème parce qu'ils dépendent du gaz russe, par exemple l'Allemagne, et que l'industrie là-bas était mise à l'arrêt ou réduite, cela aurait un impact énorme sur le reste de l'Europe et surtout sur notre pays", a-t-il averti.
Aussi estime-il que le rationnement énergétique ne peut être qu'un "plan B". "Ce que je veux maintenant, c'est le plan A, et il ne fonctionnera que si nous agissons en tant que bloc uni." Faute de quoi, Alexander De Croo anticipe que "des incidents" surviendront l'hiver venu. "Et l'on pourrait se retrouver confrontés à des prix encore plus élevés, peut-être même à des pénuries." Et d'insister. "Tout le monde doit comprendre que si chacun pense d'abord à lui-même, ce sera aux dépens de nous tous."
Un sommet en juillet ?
Les Vingt-sept ont déjà entamé le débat sur l'état de l'économie, jeudi, après l'allocution de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. Plusieurs leaders, dont M. De Croo, le président français Macron, les Premiers ministres italien Draghi, espagnol Sanchez et grec Mitsotakis ont plaidé pour une réaction européenne, avant que la situation n'échappe à tout contrôle. Ils ont fait flotter l'idée d'un sommet extraordinaire consacré à l'économie en juillet. "P as du tout à l'ordre du jour", tempérait jeudi soir une source européenne.
