Le PS pense à un impôt minimal des sociétés pour soulager le budget
Les finances publiques belges sont dans le rouge, et cela ne va pas s'améliorer. Les travaux budgétaires pour 2023 et 2024 s'annoncent difficiles. La crise de l'énergie va corser les discussions de la Vivaldi.

- Publié le 24-08-2022 à 08h02
- Mis à jour le 24-08-2022 à 10h34

Actuellement, les équipes d'experts des partis de la Vivaldi travaillent sur les budgets 2023 et 2024. "Cela s'annonce compliqué , soupire une source gouvernementale. Les projections du Bureau du Plan de juin n'étaient pas favorables, et depuis lors la croissance économique a encore été revue à la baisse, en raison de l'inflation, de la guerre en Ukraine, des problèmes d'approvisionnement en Chine, etc." C'est un peu le message tenu à la mi-juillet, avec le ton diplomatique qui est le sien, par le Comité de monitoring. Lequel estimait que le déficit serait de 28 milliards d'euros (5,1 % du PIB) cette année et de plus de 26 milliards en 2023. Une belle ardoise…
Déficit et dette en hausse
D'ici à 2027, le déficit stagnera d'ailleurs chaque année aux alentours de 5 % du PIB. C'est 2 % au-dessus de la limite que s'était assignée la Vivaldi l'an dernier. Officiellement, le cabinet de la secrétaire d'État au Budget, Eva De Bleeker (Open VLD), "attend les nouvelles projections du Comité de monitoring".
"Elles ne seront pas fameuses, forcément, puisque la croissance économique baisse", lance un expert de l'aile gauche du gouvernement. Ce que confirme le Bureau du Plan, qui publiera en septembre de nouvelles projections. "Par rapport aux prévisions de juin, les prix ont encore grimpé, surtout les prix de l'énergie, et la croissance sera un peu plus basse qu'attendu en 2022 et 2023. Cela aura un impact défavorable sur nos finances publiques. Une bonne nouvelle toutefois : les taux d'intérêt se sont à nouveau tassés depuis juin, ce qui devrait avoir un effet positif sur la charge d'intérêts", explique-t-on au Bureau fédéral du Plan.
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C'est une maigre consolation, cependant. Le déficit et la dette publique continueront à rester beaucoup trop élevés. Le déficit alimente l'endettement, réduisant les marges budgétaires à portion congrue. Les attentes des ménages belges sont pourtant importantes, alors que des factures gaz-électricité de 7 000 euros, voire plus, par an se profilent pour les deux prochaines années, et que le Premier ministre lui-même a annoncé "qu'il fallait s'attendre à cinq-dix hivers difficiles". "Dans le pire des scénarios, c'est le temps qu'il faudra pour se libérer de la dépendance au gaz russe", nous précise-t-on.
"Penser qu'un lapin va sortir du chapeau, c'est rêver", lance cette autre source gouvernementale, qui n'exclut cependant pas de nouvelles mesures.
Un blocage des prix de l'énergie ?
Renseignements pris, on devrait a priori s'en tenir aux plans initiaux de la Vivaldi : baisser la TVA sur le gaz et l'électricité, prolonger le tarif social (qui concerne deux millions de Belges) et soutenir ceux qui se chauffent au mazout. "Il faut aussi bétonner l'indexation des salaires, qui est notre meilleure protection pour le pouvoir d'achat", poursuit cette source gouvernementale. La Vivaldi dit aussi vouloir pousser la Commission européenne à enfin agir sur les marchés via un plafonnement des prix comme la Belgique le demande depuis avril. Une demande qui serait maintenant suivie par la majorité des pays de l'Union européenne.
"La grande incertitude et les chocs de prix qui s'annoncent nous obligent cependant à faire davantage", nuance le vice-Premier Pierre-Yves Dermagne (PS) sur les réseaux sociaux lundi soir. "Outre l'ancrage structurel du tarif social, le gouvernement devra prendre d'autres mesures ambitieuses pour aider la population à faire face à cette crise énergétique inédite."
Une imposition minimale des sociétés pour 300 millions
Avec quel argent ? Des idées fusent tout de même pour remplir un peu les caisses de l'État. Du côté du Parti socialiste, précisément, on adresse un petit message au ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V). "Comme la proposition de l'OCDE d'instaurer une imposition minimale des sociétés de 15 % n'est pas encore prête, on souhaiterait l'introduire dans notre droit national, comme les notifications budgétaires d'octobre 2021 le prévoient." Quelque 300 millions d'euros rentreraient ainsi dans les caisses de d'État dès 2023. "Et cela peut se faire sans passer par une grande réforme fiscale", ironise une autre source socialiste.
Du côté libéral, on jure surtout par l'emploi. "Il y avait un bel objectif d'un taux d'emploi de 80 %, mais on n'a pas vu grand-chose jusqu'à présent pour y arriver", lance-t-on au MR. Où l'on évoque à nouveau la piste de la réduction des allocations pour les chômeurs de longue durée (plus de deux ans), qui étaient au nombre de 150 000 environ à fin mai 2022. "Je pense qu'il faut aller plus loin sur l'emploi, et qu'il faut prendre d'autres mesures de rupture que celles-là", ajoute Georges-Louis Bouchez, président du MR.
Les travaux budgétaires ne seront pas simples, et à ce stade personne ne confirme l'absolue nécessité de réduire le déficit de 0,5 % par an jusqu'en 2024 comme cela était prévu l'an dernier. L'hystérie sur le marché de l'énergie complique la donne budgétaire pour la Vivaldi, à n'en pas douter.
