Les prix des billets d'avion s'envolent en Europe : la Commission veut savoir pourquoi
Les tarifs aériens augmentent bien plus rapidement que l'inflation sur le Vieux Continent. Et c'est loin d'être terminé, si l'on en croit les grands acteurs du secteur.

- Publié le 08-11-2023 à 18h02
- Mis à jour le 08-11-2023 à 18h10

Prendre l'avion coûte de plus en plus cher en Europe. Les tarifs aériens moyens dans l'Union européenne étaient ainsi entre 20 et 30 % plus élevés au cours de l'été 2023 par rapport à celui de 2019, selon des données publiées par la Commission le mois dernier. Même les compagnies à bas prix n'échappent pas à cette flambée spectaculaire. Lundi Ryanair annonçait une croissance de 24 % de ses tarifs en un an. Et ce n'est pas fini selon Michael O'Leary, le patron de la compagnie irlandaise, qui prévoit de nouvelles hausses des prix dans les prochains mois.
"Nous avons toujours des tarifs bas, mais vous ne verrez plus des sièges vendus à 9,99 euros", explique l'Irlandais. Tant Air France que Lufthansa, Ryanair ou Brussels Airlines affichent des bénéfices records. De quoi renflouer les caisses des compagnies après une période du Covid où beaucoup d'entre elles ont frôlé la faillite. Au niveau mondial, le secteur a plus que doublé ses prévisions de bénéfices pour l'année. Reste que cette hausse des prix, bien plus importante que l'inflation sur le Vieux Continent, interpelle la Commission.
"Nous n'avons pas d'explication complète et détaillée"
Interrogée par nos confrères du Financial Times, Adina Vălean, la Commissaire européenne en charge des Transports, explique ainsi que les fonctionnaires de l'UE "examinaient en détail ce qui se passe exactement sur le marché et pourquoi". Prudente, la Roumaine rappelle qu'elle n'a pas le pouvoir de réglementer les tarifs aériens et qu'elle n'a pas l'intention d'intervenir dans le marché de l'aviation "qui fonctionne", selon elle. Les compagnies aériennes sont ainsi libres de fixer leurs propres prix en vertu de la législation européenne. Mais la Commissaire dit chercher à obtenir des explications de la part des transporteurs du ciel sur "la hausse des tarifs" et "sur les obstacles potentiels à la connectivité dans l'Union européenne".
"Nous continuons à enquêter parce que nous n'avons pas d'explication complète et détaillée", déclare-t-elle. La Commission veut aussi savoir si les augmentations de tarifs étaient une tendance à long terme. La réponse est oui, si l'on en croit les grands acteurs du secteur. Selon Michael O'Leary, il y a ainsi "très peu de chances" que la capacité en Europe revienne à son niveau d'avant la pandémie dans les "deux à trois prochaines années", ce qui devrait encore faire monter le prix des billets, dixit le patron de Ryanair. L'offre des compagnies aériennes, qui avaient retiré une grande partie de leur flotte d'avions lors du Covid, reste ainsi bien trop limitée par rapport à une demande de voyages en perpétuelle croissance depuis la fin de la pandémie.
Si les compagnies à très bas coûts Ryanair et Wizz Air volent plus qu'en 2019, ce n'est pas le cas de la plupart des compagnies aériennes européennes. Les retards considérables de livraison de nouveaux avions aux transporteurs aériens n'arrangent rien, tout comme l'augmentation des prix du pétrole ou de la main-d'œuvre dans le secteur.
Un obstacle à la connectivité de certaines régions ?
La Commission craint aussi que les tarifs aériens élevés n'affectent les régions "ultrapériphériques" de l'UE, telles que les îles ou les territoires isolés qui dépendent de l'aviation pour leurs liaisons avec le reste du continent. "Ce qui me préoccupe en tant que régulateur, c'est qu'un prix puisse devenir un obstacle à la connectivité", explique Adina Vălean.
Une crainte partagée par le gouvernement italien qui a décidé, début août, de limiter les prix des vols à destination de la Sardaigne et de la Sicile "pendant les périodes de pic de la demande", c'est-à-dire pendant l'été essentiellement, à un maximum de "200 % du prix moyen" pratiqué sur ces lignes. Cette décision a été contestée par Ryanair auprès de la Commission européenne et depuis modifiée par l'exécutif italien. Notons enfin qu'avec le nouveau dispositif européen sur les crédits carbone, les compagnies aériennes vont payer un prix plus élevé pour polluer. Un coût qui pourrait être reporté directement sur le billet d'avion.
