Zones de basses émissions: "Toute une partie de la population ne pourra plus s'acheter de voiture"
Libre Eco week-end | Le dossier. 2025 ou 2027 ? La proposition des partis francophones du (probable) nouveau gouvernement bruxellois a créé une petite bombe au sein des négociations. L'idée ? Reporter de deux ans l'interdiction de dizaines de milliers de véhicules jugés trop polluants sur le territoire de la région-capitale.

- Publié le 06-09-2024 à 17h20
- Mis à jour le 06-09-2024 à 18h00
Serge Istas est le secrétaire général de Traxio, la fédération des secteurs automobile et connexes. Il réagit au flou concernant le futur de la zone de basses émissions à Bruxelles. Entretien.
Quel est l'impact de la mise en place de la zone de basses émissions à Bruxelles sur les métiers de l'automobile ?
Il est important. On a vu disparaître des petits garagistes, notamment ceux qui s'occupaient des voitures les plus anciennes. L'interdiction qui allait jusqu'aux véhicules Euro 4, cela faisait sens. Cela concernait des voitures plus polluantes, datant souvent d'avant 2010 et qui ne disposaient pas de filtres à particules. Mais avec les Euro 5, on commence à toucher le cœur du marché : la moyenne pour un Belge est d'avoir une voiture qui a dix ans. Cela aura un impact pour une population très large pour un bénéfice écologique très faible.
Ce renouvellement de la flotte n'est-il pas une bonne nouvelle pour le secteur automobile ?
Non, il faut être réaliste. Tout ce qu'on va réussir à faire, c'est créer une inflation sur les véhicules récents d'occasion. Le détenteur d'un véhicule de dix ans n'est pas l'acheteur type de voitures neuves. On va avoir un marché de l'occasion à deux vitesses, avec une demande artificielle et gigantesque pour les voitures les plus récentes et un effondrement des prix pour les plus anciennes. Il n'y en aura pas pour tout le monde ! L'offre pour ces voitures d'occasion plus récentes reste réduite et on va devoir importer des modèles de je ne sais où, sans contrôle. Ce n'est pas sain. De l'autre côté, plus personne ne voudra des voitures diesel Euro 5, qu'on ne pourra même pas exporter en Afrique vu que le carburant n'y est pas assez bon pour ce type de modèles. Ces voitures partiront donc en masse vers l'Europe de l'Est.
Pensez-vous qu'il y aura aussi une grande différence entre les marchés de l'occasion à Bruxelles et en Wallonie où cette interdiction n'a pas lieu ?
Au début un petit peu, mais cela va se tasser assez vite. Dans le passé, on a notamment vu des voitures passer de la Flandre, qui avait augmenté ses taxes de circulation, vers la Wallonie. Mais cela n'a pas duré, le marché belge est assez fluide. La mesure bruxelloise n'a pas été bien calculée. L'idée des écolos était que les gens n'allaient plus racheter de voiture. Mais il ne faut pas voir la mobilité des ménages à Bruxelles comme un jeu de Playmobil. Près de 50 % des ménages bruxellois n'ont déjà pas de voiture. Ceux qui en ont encore une, n'ont pas comme idée d'aller s'amuser à rouler la journée dans les rues encombrées de Bruxelles. Ils en ont besoin pour aller dans les grandes surfaces, vers les hôpitaux, pour les activités de leurs enfants,… Or toute une partie de la population ne pourra plus s'acheter de voiture. Cela va impacter économiquement une série de gens qui sont déjà précarisés.
Quelle est votre solution pour améliorer la qualité de l'air à Bruxelles ?
On n'a pas une vision moyenâgeuse. On signe, par exemple, à deux mains pour un hypercentre piétonnier. Je ne crois par contre pas trop aux voitures partagées, à cause du vandalisme. À notre avis, une taxe kilométrique, à moduler en fonction de critères environnementaux, serait plus juste. L'ennemi, ce n'est pas le nombre de voitures, mais ce sont les kilomètres. Les politiques ont aussi très peu d'intérêt pour la maintenance des voitures. Or, on a fait des tests et c'est affolant : un véhicule mal réglé de dernière génération est largement plus polluant qu'un Euro 5 bien entretenu.
