Face aux taxes douanières de Donald Trump, Ursula von der Leyen promet des "contre-mesures fermes et proportionnées"
Les droits de douane supplémentaires promis par Donald Trump pourraient amputer le PIB belge de plusieurs milliards d'euros.

- Publié le 10-02-2025 à 15h36
- Mis à jour le 11-02-2025 à 09h53

L'Europe a de quoi trembler face aux menaces de droits de douane supplémentaires promis par Donald Trump. Le président l'a répété : il veut durement taxer les importations européennes sur le territoire américain, + 25 %.
"Cette mesure menacerait les exportations de biens d'environ 33,017 milliards d'euros par an de la Belgique", pointe Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management de Paris et Lille. Mais il ne s'agit là "que de l'impact direct" pour la Belgique. Car le manque à gagner est bien plus important qu'il n'y paraît.
Un bouleversement du marché européen
L'Europe entière exporte vers les États-Unis, un de ses gros clients. Et la Belgique, à elle seule, cumule 7 % du total de ces exports européens, pour une valeur, donc, de plus de 33 milliards d'euros sur l'année 2023. "Les exportations de biens vers les États-Unis représentent 6,34 % des exportations totales de biens de la Belgique en 2023", complète Eric Dor. Mais la hausse des taxes douanières pourrait bien mettre à mal ce juteux business. Certains secteurs pourraient dès lors voir leurs ventes être fortement menacées.
Les droits de douane injustifiés imposés à l'UE ne resteront pas sans réponse, ils déclencheront des contre-mesures fermes et proportionnées."
Donald Trump a notamment affirmé ce lundi mettre en place des Droits de douane sur l'aluminium et l'acier à hauteur de 25%, à partir du 12 mars prochain. "Je regrette profondément la décision des États-Unis", a dès lors réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans une déclaration officielle. Avant d'ajouter : "Les droits de douane injustifiés imposés à l'UE ne resteront pas sans réponse, ils déclencheront des contre-mesures fermes et proportionnées. L'Union européenne agira pour sauvegarder ses intérêts économiques. Nous protégerons nos travailleurs, nos entreprises et nos consommateurs."
À l'heure d'écrire ces lignes, seules les secteurs de l'aluminium et de l'acier sont concernés. Dans le cas belge, certains secteurs se montrent plus vulnérables que d'autres."Les parts les plus importantes des exportations totales vers les États-Unis sont celles des produits pharmaceutiques (54,38 %), des machines et appareils mécaniques et produits connexes et de leurs parties (7,72 %), des véhicules routiers et de leurs parties et accessoires (5,27 %), et des produits chimiques organiques (4,26 %)", décrit Eric Dor, ajoutant que ces secteurs sont donc particulièrement vulnérables.
La perte globale de PIB de la Belgique sera plus élevée que la diminution initiale des exportations."
Aussi, les taxes douanières américaines pourraient avoir un impact jusque sur le sol européen. La Belgique exporte en effet beaucoup vers d'autres pays de l'Union européenne, comme la France, les Pays-Bas ou l'Allemagne, dont les exportations sont fortement exposées aux États-Unis et qui seraient très affectés par une augmentation des droits de douane américains. "Ces pays subiraient une forte baisse de leurs revenus et importeraient alors moins de la Belgique. Ces effets indirects seraient très importants pour notre pays", précise Eric Dor. Avant d'ajouter : "Si les exportations diminuent, la perte de revenus qui en résultera entraînera une baisse du revenus des ménages et une diminution de la consommation."
De manière concrète, il est difficile à l'heure actuelle de chiffrer la perte que ces taxes douanières engendreraient pour la Belgique. Mais Eric Dor s'avance en affirmant que "la perte globale de PIB de la Belgique sera plus élevée que la diminution initiale des exportations." Elle pourrait donc se chiffrer en plusieurs milliards d'euros.
L'Europe dans son ensemble est concernée, mais pourrait agir en mettant en place des mesures de rétorsion. Par exemple, elle pourrait augmenter ses propres droits de douane sur ses importations en provenance des États-Unis. Le secteur clé, selon Eric Dor, serait celui des services. "Taxer les importations européennes de services américains, comme des Microsoft, Windows ou Instagram, serait une mesure de rétorsion efficace. Mais on n'a pas les moyens de remplacer ces services sur le court terme. Disons que si l'Europe veut faire peur aux États-Unis, c'est sur cela qu'elle doit jouer", précise-t-il. Tout en concluant que si l'Europe veut taxer des importations américaines, elle va devoir trouver des alternatives pour se fournir autrement.
