Les prix du pétrole pourraient encore baisser: "Nous sommes encore loin du prix plancher"
Une importante réunion de l'Opep + aura lieu la semaine prochaine. On en saura plus sur les intentions du cartel pétrolier et sur le prix futur du baril.
- Publié le 21-05-2025 à 08h01

Alors que le monde se tourne progressivement vers des alternatives bas carbone au pétrole, la capacité de production de l'or noir est actuellement supérieure à la consommation, au niveau mondial. Cette suroffre de pétrole a d'ailleurs poussé les pays de l'Opep et leurs alliés, réunis au sein de l'Opep +, à produire en dessous de leurs capacités.
"Entre octobre 2022 et novembre 2023, trois mesures de réduction de la production de l'Opep + ont été décidées, détaille Jorge León, Head of Geopolitical Analysis chez Rystad. Il y a des coupes officielles, décidées au sein de l'Opep +, mais aussi des coupes volontaires, décrétées par certains pays membres du cartel. Au total, ces trois décisions ont abouti à une réduction de la production de l'Opep + de 5,9 millions de barils par jour". Ce qui est considérable, étant donné que la consommation mondiale de pétrole est de l'ordre de 100 millions de barils par jour.
Mais cette politique agressive de l'Opep +, visant à soutenir le prix du baril, a fait perdre des parts de marché au cartel pétrolier. En effet, ce qui n'est pas vendu par l'Opep + doit forcément être fourni par d'autres pays producteurs, extérieurs au cartel.
Changement de cap
En mars 2025, l'Opep + a annoncé un changement radical de stratégie. Le cartel a fait savoir qu'à partir du 1er avril 2025, il allait progressivement augmenter sa production, jusqu'à remettre 2,2 millions de barils par jour sur le marché. "Cette hausse devait initialement être progressive, précise Jorge León. Mais, par la suite, l'Opep + a annoncé qu'elle augmenterait sa production trois fois plus vite que prévu, en mai et en juin". Durant ces deux mois, la hausse de la production du cartel s'est élevée à 411 000 barils par jour, au lieu de 137 000.
Cette augmentation rapide de la production pétrolière de l'Opep + a fait chuter le prix du baril, le Brent évoluant aujourd'hui aux alentours de 65 dollars.

Quid à long terme ?
Mais ce changement de stratégie va-t-il durer dans le temps ? Son objectif est-il de faire mal aux producteurs américains ? Et jusqu'à quel niveau pourrait chuter le prix du baril ? Tentatives de réponses avec Jorge León.
"Plusieurs raisons expliquent ce changement de stratégie de l'Opep +, nous explique cet expert. La première raison est que l'Arabie saoudite, le pays le plus important du cartel, voulait regagner des parts de marché perdues suite à la mise en place de cette politique de restriction de l'offre. Une autre explication est que Riyad voulait punir les pays du cartel qui produisent au-delà de leurs quotas, comme le Kazakhstan. Enfin, l'Arabie saoudite voulait aussi plaire à Donald Trump en faisant baisser le prix du pétrole, comme le Républicain l'avait promis".
"Je pense que nous sommes encore loin d'avoir atteint un prix plancher".
Jusqu'où cette nouvelle politique de l'Opep + pourrait-elle aller ? "La prochaine réunion du cartel, prévue le 1er juin, sera déterminante à cet égard, explique Jorge León. Soit le cartel continue à surprendre le marché en augmentant fortement la production de juillet, soit il décide d'une hausse plus modeste. Si l'augmentation de juillet est modeste, cela voudra dire que le cartel a ajusté sa production pour faire face à la demande plus importante de pétrole durant l'été. Mais, si la hausse de juillet est forte, cela voudra dire que l'objectif de l'Opep + était bel et bien de regagner des parts de marché et que son changement de stratégie sera durable".
Avec quel impact sur les prix ? Selon Jorge León, le prix du baril pourrait descendre bien en dessous de 65 dollars. "Je pense que nous sommes encore loin d'avoir atteint un prix plancher, déclare-t-il. Si l'Opep + augmente encore sa production de 411 000 barils par jour en juillet, les prix ne pourront que descendre".
Néanmoins, cet expert ne pense pas que le Brent pourrait aller en dessous de 50 dollars. "À ce niveau-là, les producteurs américains de pétrole de schiste souffrent", déclare Jorge León. Or cela ne ferait pas plaisir à Donald Trump que le cartel pétrolier élimine en masse les producteurs américains. En outre, une chute de la production américaine de pétrole ferait baisser l'offre mondiale et, à terme, ferait rebondir les prix. Ce qui ne plairait pas, non plus, au Républicain, qui a promis des prix bas.
La transition menacée ?
Par ailleurs, quel pourrait être l'impact du pétrole bon marché sur la vitesse de la transition énergétique. Les automobilistes vont-ils renoncer à passer à l'électrique si le carburant est bon marché ? "Je ne pense pas que cette baisse du prix du baril aura un gros impact sur la transition énergétique, commente Jorge León. Le moteur principal de la transition, ce sont les mesures prises par les autorités, pas les éléments économiques".
