La France bientôt sous tutelle du FMI ? "Il y a toujours l'espoir de se dire que France is too big to fail"
L'instabilité politique en France renforce l'étau budgétaire. Le Premier ministre pourrait tomber le 8 septembre prochain, en l'absence de compromis sur le budget 2026.

- Publié le 26-08-2025 à 17h29
- Mis à jour le 27-08-2025 à 13h14

Un plongeon. Les grandes banques françaises plongeaient ce mardi après le discours de lundi du Premier ministre français, François Bayrou, qui s'exposera à un vote de confiance le 8 septembre prochain afin de faire passer ses réformes et un plan de réduction du déficit de 43,8 milliards d'euros, alors que la situation budgétaire de la France est dans le rouge. À la question de savoir si le Fonds monétaire international risque de prendre les rênes financières du pays, le ministre des Finances, Éric Lombard, a répondu au micro de France Inter : "C'est un risque que nous souhaitons éviter, que nous devons éviter. Mais je ne peux pas vous dire que le risque n'existe pas." Une façon d'alerter l'opinion publique, probablement. Mais tout de même.
Le FMI, vraiment ?
Pour Éric Dor, économiste et professeur à l'IESEG School of Management (Lille et Paris), il y a peu de chances que la France soit mise sous tutelle du FMI. "L'UE a bâti les instruments nécessaires depuis 2010 pour gérer cela. On n'est pas dans une situation comme pour la Grèce en 2010. Depuis, la Commission a un mécanisme européen de stabilité (établi en 2012, après les crises financières de 2008 et 2010, NdlR)." Pour rappel, la Grèce, par exemple, ne pouvait plus emprunter sur les marchés financiers et le FMI a dû lui prêter de l'argent, en combinaison avec des prêts européens.
"Des pays comme l'Allemagne pourraient rechigner à ce que l'Europe prête à la France, et pourrait vouloir faire faire le sale boulot à l'international par le FMI."
"Mais on ne sait jamais. Des pays comme l'Allemagne pourraient rechigner à ce que l'Europe prête à la France, et pourraient vouloir faire faire le sale boulot à l'international par le FMI. Mais c'est peu probable, avance-t-il encore. Car pour rappel, ce n'est pas un choc exogène, comme des inondations, mais un problème de choix politiques qui ont mené à cette situation catastrophique", tacle-t-il sévèrement.
Un risque d'être coupée des marchés ?
Mais la question reste : la France devrait-elle dépendre d'une assistance et être coupée des marchés financiers ?
"Il ne faut pas aller trop vite en besogne. Il y a eu de la mansuétude des marchés et des agences de notation alors que la dégradation des finances publiques s'est étalée depuis des années en France, et l'instabilité politique très forte depuis la dissolution de l'Assemblée nationale n'aide pas. On verra ce que va faire l'agence de notation Fitch le 12 septembre, mais la note financière de la France est pour le moment maintenue grâce à une série de facteurs, comme la diversification de l'économie française, qui est moins dépendante d'un seul secteur comme le tourisme, dont dépendent davantage l'Espagne ou la Grèce par exemple", avance l'économiste.
"De plus, la dette publique française est très liquide, et les investisseurs préfèrent un actif liquide, sur lequel on peut mettre un gros ordre sans que ça ne fasse varier le cours. Si vous vendez un milliard de dette publique estonienne, ça fera plonger le cours de la dette estonienne. Par contre, vendre un milliard de dette française… comme elle dépasse 3 000 milliards d'euros, l'effet est réduit. Il y a paradoxalement une prime aux larges dettes publiques", reconnaît-il.
"Il y a toujours l'espoir de se dire que France is too big to fail."
Ensuite, malgré la chute des banques en Bourse, "le système bancaire français est solide et peu susceptible de devoir être sauvé par des fonds publics", lance-t-il.
"Et puis, les patrimoines privés sont très élevés et pourraient être ponctionnés s'il y avait le feu au lac. Mais encore faut-il qu'il y ait une majorité au Parlement pour voter ces ponctions", poursuit-il.
"Enfin, il y a toujours l'espoir de se dire que France is too big to fail. Mais les gens ont du mal à avaliser un plan de 43,8 milliards d'euros de réduction de déficit en 2026 proposé par Bayrou. Alors imaginez un plan d'assainissement à la grecque…"
Une erreur de Macron ?
"L'instabilité nuit à la croissance. D'où le plongeon des banques. Emmanuel Macron a créé beaucoup de désordre depuis la dissolution de l'Assemblée nationale l'année dernière. Je ne sais pas ce qu'il lui est passé par la tête, mais la situation devient insoluble. Aucun parti n'ose d'ailleurs prendre de mesures impopulaires ; ils sont braqués sur les prochaines élections et entretiennent des espoirs chimériques qu'il y aurait moyen de redresser les comptes publics sans mesures douloureuses", lance-t-il.
"Le Rassemblement national croit que diminuer l'aide soi-disant colossale aux immigrés changera la donne, et des gens le croient vraiment. Les partisans de La France insoumise sont persuadés qu'il y aurait moyen de régler cela en faisant les poches à Bernard Arnault et ses copains via un relèvement de la fiscalité sur les gros patrimoines, mais sans parler des enjeux d'investissements et d'emplois", poursuit-il.
"Bayrou aurait pu faire un budget plus équilibré en faisant contribuer un peu plus les hauts patrimoines pour obtenir une majorité."
"Bayrou aurait pu faire un budget plus équilibré en faisant contribuer un peu plus les hauts patrimoines pour obtenir une majorité. Mais il n'y a pas d'entente, comme on l'a vu avec le MR et Vooruit sur les allocations de chômage et les plus-values en Belgique", avance-t-il.
"Macron a vécu avec cette idéologie dès 2017 qu'il fallait éviter de taxer les hauts patrimoines, car ça les ferait fuir. Il a perdu une partie de l'opinion en supprimant l'Impôt sur la Fortune et il a eu l'étiquette de président des riches. C'est un terrible cadeau à l'opposition de gauche. Il n'aurait pas dû faire ça. Il aurait dû donner des conditions favorables au capital investi (ce qui pourrait donner une forme de ruissellement conditionné, NdlR)", renchérit-il.
"Le problème est que la plupart des gens en France sont conscients de la situation mais veulent croire qu'il est possible de faire payer quelqu'un d'autre qu'eux. Et ça rend la position de Bayrou extrêmement difficile. Et ce n'est qu'une question de jours avant que le taux d'emprunt français dépasse celui de l'Italie", alerte-t-il.
"C'est quand même inquiétant, ça pourrait s'envenimer sur les marchés. Le plus probable est que Bayrou tombe le 8 septembre", termine-t-il.