La CIA est-elle entravée par le shutdown aux Etats-Unis ?
Le shutdown aux Etats-Unis pourraient altérer le fonctionnement de certaines administrations, même si les employés "essentiels" sont encore actifs. Donald Trump, quant à lui, fait pression sur les démocrates.

- Publié le 02-10-2025 à 17h56
- Mis à jour le 03-10-2025 à 10h35

Un bon coup de pression. Ce jeudi, Donald Trump en a rajouté une couche en affirmant que le shutdown - le blocage administratif lié à l'absence d'accord sur le budget américain - était dû aux quelques démocrates qu'il faut convaincre au Sénat.
Rappelons que si les républicains ont la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat (ils sont 50, contre 48 sénateurs démocrates et deux indépendants), il faut qu'au sein de ce dernier ils atteignent 60 voix (sur le total des 100 sénateurs) pour adopter le budget.
Et, pour le moment, comme le décompte l'AFP, seuls trois démocrates sur les huit que les républicains doivent convaincre ont voté pour le budget.
"Le shutdown va porter un coup au PIB, un coup à la croissance, et un coup à l'Amérique qui travaille
"Je n'arrive pas à croire que les démocrates extrémistes de gauche m'ont donné cette opportunité sans précédent", a lancé le président sur sa plateforme Truth Social, affirmant vouloir décider avec son directeur du budget "quelles agences démocrates, dont beaucoup sont une ARNAQUE politique", pourraient être tout bonnement supprimées.
La paralysie concerne plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires jugés "non essentiels". L'association des contrôleurs aériens (NATCA) a alerté sur les risques pour la sécurité aérienne, alors que les coupes dans ce secteur avaient déjà provoqué une polémique à la suite du crash aérien le 29 janvier dernier à Washington. Des problèmes de personnel en insuffisance avait été pointés du doigt.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a pour sa part reconnu sur CNBC que le shutdown allait "porter un coup au PIB, un coup à la croissance, et un coup à l'Amérique qui travaille".
"Le shutdown intervient au pire moment car il y a une incertitude sur l'état réel de l'économie américaine et sur l'évolution de la politique monétaire."
Christopher Dembik, conseiller en investissement chez Pictet AM, souligne que "le shutdown intervient au pire moment car il y a une incertitude sur l'état réel de l'économie américaine et sur l'évolution de la politique monétaire". Une nouvelle baisse de taux de 25 points de base en octobre lui paraît acquise, mais "la décision de la Fed de décembre n'est pas évidente".
La paralysie budgétaire accentue ce flou, d'autant que "comme il est probable que les chiffres de l'emploi de vendredi ne soient pas publiés, un grand flou artistique devrait perdurer". Comme nous l'évoquions hier, les statistiques officielles ne sont plus publiées, tant qu'il n'y a pas de budget voté, laissant la part belle aux organismes statistiques privés mais sur lesquels la Fed ne dépend pas uniquement.

Historiquement, les shutdowns ne durent qu'environ une grosse semaine. Mais cette fois-ci, la durée "pourrait être plus longue", estime Christopher Dembik.
"À un moment, le jeu va devenir trop coûteux"
L'administration Trump semble s'en accommoder, voyant dans la crise "le moyen de réussir là où le DOGE (Department of Government Efficiency, soit le service qui coupe dans les dépenses publiques, qui était dirigé par Elon Musk jusqu'en mai dernier, NdlR) avait échoué en licenciant massivement des fonctionnaires".
Dans l'intervalle, "le marché va devoir compter sur les statistiques privées comme l'enquête ADP (entreprise privée qui publie un rapport mensuel sur l'emploi, NdlR), mais qui souvent comportent des lacunes méthodologiques", précise Dembik. Un contexte qui ne l'inquiète pas : "Est-ce que tout ceci semble poser un problème au marché ? Pas le moins du monde. Les shutdowns ont rarement un effet négatif sur les actions. Encore moins dans le contexte actuel où la liquidité est abondante."
"À un moment, le jeu va devenir trop coûteux. Les démocrates et républicains vont devoir trouver un accord. Mais quand ? C'est à ceux qui mettront le plus d'eau dans leur vin... La situation économique n'est pas dramatique, mais ça complique la situation alors que les nuages s'accumulent", explique pour sa part Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
La CIA touchée ?
Par le passé, des questions sur le fonctionnement de la CIA ou du FBI pendant les shutdowns se sont posées.
En 2013, lors d'un shutdown qui avait duré deux semaines sous la présidence de Barack Obama, le Washington Post relayait que la CIA avait bien dû rappeler des milliers d'employés "furloughed" (en congé forcé). Les employés essentiels étaient quant à eux maintenus (mais pas payés avant la fin du blocage).
"Nous allons continuer d'écraser nos adversaires, que le gouvernement soit ouvert ou fermé. Nous espérons toutefois qu'il sera rouvert"
En 2018, lors du précédent shutdown sous Trump, le secrétaire d'État Mike Pompeo avait également affirmé que cela n'affectait pas le fonctionnement de la CIA. "Nous allons continuer d'écraser nos adversaires, que le gouvernement soit ouvert ou fermé", avait-il déclaré.
Néanmoins, comme le relayait à l'époque Newsweek, si la CIA continuait ses opérations de renseignement à l'étranger, la fermeture des agences fédérales à cause de cette absence d'accord sur le budget compliquait la communications. Les yeux étaient donc ouverts. Mais l'information ne remontait pas forcément correctement au cerveau.
