Pourquoi Trump s'attaque maintenant au pétrole russe
La baisse des prix a laissé le champ libre au président américain.
- Publié le 24-10-2025 à 13h14
- Mis à jour le 24-10-2025 à 16h25

Ce mercredi, le département américain du Trésor a placé les compagnies pétrolières russes Rosneft et Lukoil sur une liste noire des entreprises sanctionnées par les États-Unis. Scott Bessent, le secrétaire américain au Trésor, a justifié cette sanction par le fait que la Russie refusait de négocier un accord de paix avec l'Ukraine. Il entend donc mettre la pression sur Moscou en s'attaquant à ses exportations pétrolières.
Rappelons que le commerce du pétrole rapporte énormément d'argent au budget russe, nettement plus que le gaz par exemple. Sanctionner les deux plus importants producteurs russes de pétrole est donc une manœuvre importante de la part de Washington.
Le contexte est idéal
Après l'invasion à large échelle de l'Ukraine par la Russie, en 2022, l'Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis ont progressivement cessé d'acheter du pétrole brut et des produits pétroliers à la Russie. Il subsiste toutefois quelques exceptions, comme le pétrole russe transporté vers la Hongrie et la Slovaquie via l'oléoduc Droujba.
La Russie a donc dû se tourner vers la Chine, l'Inde et la Turquie pour écouler la production pétrolière que les Occidentaux refusent d'acheter. Ce pivotement vers les pays du sud était relativement simple à réaliser. En effet, le pétrole se transporte principalement par bateaux et son commerce dépend donc moins d'infrastructures rigides que le gaz.
Par ailleurs, sous Joe Biden, le but n'était pas d'empêcher la Russie d'exporter son pétrole mais plutôt de la forcer à vendre à prix cassé. À cette époque, l'ancien président redoutait qu'une baisse importante des volumes exportés par la Russie puisse mener à une flambée des prix sur les marchés internationaux. Or tous les présidents américains redoutent le mécontentement que peut causer, chez les automobilistes américains, un renchérissement du prix du gallon d'essence.
Actuellement, le contexte est nettement plus favorable à des sanctions contre le pétrole russe. En effet, il y a une surabondance de pétrole et les prix sont bas. Le 17 octobre dernier, l'Agence internationale de l'énergie a d'ailleurs annoncé qu'on se dirigeait vers un surplus "intenable" de pétrole de quasiment 4 millions de barils par jour en 2026.
Ce surplus de pétrole s'explique par plusieurs raisons. En avril dernier, le cartel pétrolier Opep + a opéré un revirement complet vis-à-vis de sa stratégie de restriction de l'offre. Depuis lors, l'Opep + a augmenté progressivement sa production, ce qui fait pression sur les prix internationaux. En outre, la transition énergétique et les incertitudes liées à politique douanière de Donald Trump réduisent aussi la demande pétrolière (et donc les prix).
Quel est l'impact réel des sanctions US ?
Suite à l'annonce de ces sanctions américaines, le prix du baril de Brent est passé de 60 à 65 dollars (ce qui reste quand même bon marché).
Selon le Financial Times, tant la Chine que l'Inde pourraient se résoudre à diminuer leurs achats de pétrole russe suite à ces sanctions américaines. En effet, plusieurs raffineries ne peuvent pas se permettre d'arrêter d'emprunter en dollars. D'après le FT, c'est surtout le pétrole transporté par bateaux qui serait touché.
En outre, un représentant de l'Opep aurait déclaré que le cartel pétrolier serait prêt à augmenter sa production, si les sanctions américaines devaient perturber le marché mondial. Il s'agit probablement d'une autre raison qui a poussé Donald Trump à agir. Le Républicain a une meilleure relation avec l'Arabie saoudite que son prédécesseur. En cas de remontée des prix du pétrole, Donald Trump devrait donc pouvoir compter sur un coup de main de l'Opep.
L'Opep est le cartel originel composé des pays du golfe Persique, d'Afrique et du Venezuela. L'Opep +, quant à elle, est le cartel avec des pays supplémentaires, dont la Russie.

