Guerre au Moyen-Orient : comment les entreprises belges peuvent éviter les licenciements
Du chômage temporaire aux ajustements internes, les employeurs disposent encore de plusieurs leviers avant de tailler dans l'emploi.

- Publié le 04-03-2026 à 11h00
- Mis à jour le 04-03-2026 à 11h13

Que faire si les coûts explosent ou si les livraisons n'arrivent plus ? La montée des tensions autour du détroit d'Ormuz fait craindre un nouveau choc sur l'énergie et les chaînes d'approvisionnement mondiales, susceptible de freiner rapidement l'activité industrielle européenne, dont celle de la Belgique.
Dans ce type de scénario, quelques semaines suffisent parfois pour passer d'un ralentissement de l'activité à des décisions lourdes sur l'emploi. "L'objectif est justement d'éviter que les entreprises doivent réagir trop vite par des licenciements", explique Amandine Boseret, experte juridique chez Acerta. Que peut faire l'employeur dans ce cas ?
S'inspirer des crises passées
Avec la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine ou encore le Covid, les entreprises belges ont déjà été confrontées à des chocs économiques. Sont-elles désormais mieux armées ? "Il est encore beaucoup trop tôt pour le dire. Nous sommes vraiment dans le très court terme", nuance Amandine Boseret. Selon elle, la question dépasse même la seule préparation des entreprises. "Tout dépendra surtout de la réaction des autorités publiques. Lors de la crise ukrainienne, l'ONEM (l'Office national de l'emploi) avait reconnu la situation comme un cas de force majeure, ce qui avait permis aux employeurs d'accéder plus facilement au chômage temporaire".
Le chômage temporaire a été conçu précisément pour traverser ce type de crise sans casser l'emploi".
En cas de ralentissement soudain de l'activité, le principal outil reste donc le chômage temporaire pour raisons économiques. "C'est clairement la solution la plus immédiate, surtout pour les ouvriers lorsqu'il n'y a plus suffisamment de travail", explique l'experte. Concrètement, ce mécanisme permet soit de réduire temporairement le temps de travail, soit de suspendre totalement les prestations, sans rompre les contrats.
Mais une reconnaissance officielle de la crise pourrait également ouvrir l'accès au chômage temporaire pour force majeure, qui permet notamment une procédure beaucoup plus simple et rapide que celle pour raisons économiques. Seulement, celui-ci nécessite une reconnaissance officielle de la crise par l'ONEM. "Pour l'instant, les demandes sont examinées au cas par cas. On ne sait pas encore si la situation actuelle sera reconnue de manière générale comme lors de précédentes crises." Et d'ajouter : "Le chômage temporaire a été conçu précisément pour traverser ce type de crise sans casser l'emploi".
Des solutions en interne
Mais avant d'en arriver là, les entreprises disposent aussi de solutions internes. "Lorsqu'il y a une baisse temporaire d'activité, on peut demander aux travailleurs de récupérer leurs heures supplémentaires ou leurs jours de RTT (Réduction du Temps de Travail)", indique Amandine Boseret. Ces mesures permettent de lisser les périodes creuses sans impact immédiat sur l'emploi.
Certaines entreprises peuvent également recourir à une solution déjà utilisée durant la crise Covid : le prêt temporaire de travailleurs vers une entreprise confrontée à un surplus d'activité. "Cela permet d'éviter le chômage temporaire tout en conservant les compétences".
Et à moyen terme, une réduction du temps de travail peut également être envisagée, mais uniquement avec l'accord des travailleurs. "Cela ne peut jamais être imposé unilatéralement par l'employeur".
Beaucoup d'employeurs ne réalisent pas qu'ils entrent très vite dans le cadre du licenciement collectif".
Réduire la masse salariale
Au-delà des mesures à court terme, certaines entreprises peuvent également agir sur la structure de leurs coûts salariaux afin de mieux absorber une période d'incertitude économique. Amandine Boseret évoque notamment le recours aux primes non récurrentes liées aux résultats. "Ce sont des primes que vous ne payez que si un certain résultat collectif est atteint", explique-t-elle. "Si les résultats ne sont pas là, l'employeur ne doit pas les payer."
Ce système permet ainsi d'éviter d'augmenter durablement les coûts fixes tout en maintenant une forme de rémunération variable pour les travailleurs lorsque l'activité reste soutenue. L'experte rappelle également que ces primes bénéficient d'un traitement fiscal plus avantageux que le salaire classique.
L'ultime recours
Si la crise devait s'installer durablement, certaines entreprises pourraient envisager des suppressions d'emplois. "Le licenciement doit rester la dernière alternative", insiste Amandine Boseret. "Beaucoup d'employeurs ne réalisent pas qu'ils entrent très vite dans le cadre du licenciement collectif."
Concrètement, dans une société comptant entre 20 et 59 travailleurs, le licenciement d'une dizaine de personnes en deux mois peut déjà déclencher une procédure officielle (la procédure "Renault").
Dans les entreprises de 60 à 99 travailleurs, le seuil reste fixé à dix licenciements sur une période de 60 jours. À partir de 100 travailleurs, ce n'est plus un nombre fixe mais une proportion qui s'applique. Licencier environ un travailleur sur dix suffit à entrer dans le cadre du licenciement collectif. "Mais les règles sont complexes et diffèrent selon les obligations. Il est donc essentiel de se faire conseiller avant toute décision", conclut l'experte.
