L'État risque-t-il de se faire "arnaquer" face à Engie, faute de compétences ?
L'État va devoir montrer qu'il a les reins assez solides (et des cabinets bien armés) pour négocier le rachat des centrales nucléaires belges à l'énergéticien français Engie.

- Publié le 26-06-2026 à 08h36
- Mis à jour le 26-06-2026 à 12h47
L'éventuel rachat des centrales nucléaires exploitées par le groupe français Engie par l'État belge pose une question fondamentale : l'État va-t-il faire une bonne affaire, ou se faire avoir ?
Indirectement, la question est donc de savoir s'il dispose des compétences suffisantes pour négocier d'égal à égal avec un groupe qui maîtrise ces actifs depuis des décennies. La question est d'autant plus sensible que le chef de cabinet du ministre de l'Énergie Mathieu Bihet (MR) a quitté ses fonctions, comme le révélait La Libre début juin, sans qu'un successeur n'ait été désigné dans la foulée. Depuis, c'est bien Pierre Brassinne, un des noms qui circulaient, qui a repris le flambeau.
Une source proche du dossier se montre sévère. "Les administrations publiques qui doivent suivre les industriels sont sous-staffées. Et les cabinets ministériels ne suivent pas non plus", estime cet acteur.
Selon cette source, le problème n'est cependant pas dû à des coupes budgétaires par exemple, mais à un problème structurel, connu de longue date.
Précisons que mercredi, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) a annoncé avoir constitué une équipe spéciale, avec l'aide de cabinets privés, en vue des négociations avec Engie (voir ci-dessous pour plus de détails).
"On ne se rend compte des problèmes qu'aux moments critiques"
"Il y a deux types de cabinets. Ceux reliés à des fonctions régaliennes, et ceux reliés à l'industrie privée. S'il n'y a pas assez de monde aux Finances, il n'y a pas d'impôts qui rentrent et le problème apparaît tout de suite. Pour la police ou la justice, idem, cela ne tourne plus très rapidement. Mais dans l'énergie ou les télécoms, les activités continuent… Et on ne se rend compte des problèmes qu'aux moments critiques", affirme-t-il. Il espère néanmoins que l'État ne coupe pas plus dans les équipes, de "manière populiste", car couper un emploi ici ou là pourrait représenter, dans le pire des cas, des milliards d'euros de pertes à plus long terme en cas de mauvaise négociation.
Un problème structurel
Selon Ivan Van de Cloot, économiste en chef de la fondation Stichting Merito qu'il a fondée, le problème "n'est effectivement pas seulement lié aux économies actuelles, mais est structurel", dit-il. "L'État n'a pas toujours les compétences nécessaires pour mener ce type de négociations."
"Cette décision est fondamentale."
Il rappelle que le manque de vision stratégique en matière d'énergie ne date pas d'hier. "Le gouvernement va devoir disposer d'une grande capacité de négociation, il doit vérifier qu'il a les gens compétents. Cette décision est fondamentale", affirme-t-il.
Ce renforcement ne suppose pas nécessairement de lourdes dépenses. "Il existe des régimes de détachement. Des experts de la Banque nationale peuvent être envoyés dans un cabinet, et cela ne demande pas de grands efforts financiers."
"Il y a un problème d'asymétrie de compétences"
Étienne de Callataÿ, économiste chez Orcadia Asset Management, ne s'estime pas compétent sur le nucléaire mais affirme que dans ce genre de dossiers, il y a très souvent "un problème d'asymétrie de compétences" entre les groupes privés et l'État. "Les gens d'Engie sont dans les dossiers en permanence. Ce n'est pas qu'une question de moyens. Cela n'aurait rien changé de payer quelqu'un plus cher. C'est un domaine très pointu. Il faut avoir la tête dedans", lance-t-il.
Etienne de Callataÿ pose une question très sensible, également avancée par Ivan Van de Cloot : "Ceux qui travaillent aujourd'hui chez les différents régulateurs mais qui ont fait leurs armes chez Engie peuvent-ils vraiment être neutres ? Car ça aussi, ça peut poser un véritable problème. Il faut des experts indépendants. "
L'État ne supprimera probablement jamais son "retard d'information" face à Engie, mais à l'heure de faire un choix qui pourrait peser très lourd sur le budget de l'État, et donc le portefeuille des citoyens, s'entourer des bonnes personnes apparaît crucial.
Les équipes mobilisées et leurs missions
Le gouvernement fédéral s'entoure donc, comme l'a annoncé Bart De Wever, de plusieurs cabinets privés spécialisés pour préparer les négociations avec Engie sur l'avenir des centrales nucléaires belges.
- Rothschild & Co assurera l'accompagnement stratégique de l'opération.
- Arthur D. Little analysera les aspects commerciaux et la viabilité économique de l'éventuel acquisition.
- KPMG examinera les données financières, notamment les comptes, les coûts et les risques liés à l'opération.
- Eubelius prendra en charge les questions juridiques et la structure nécessaire à une reprise des réacteurs.
Ensemble, ces experts doivent permettre à la Belgique de mieux négocier avec Engie.
