L'Arizona évite les chamailleries sur le nucléaire, mais le résultat des négociations avec Engie sera scruté
Les cinq partis de la coalition fédérale semblent unis, pour le moment. Toutefois, des réserves sont évoquées : les conditions du rachat des centrales détermineront les réactions politiques.

- Publié le 26-06-2026 à 08h33
- Mis à jour le 26-06-2026 à 08h41

L'État belge a pu souffrir du manque de vision de certains décideurs. La pression géopolitique secoue désormais ce manque d'ambition nationale. Si le tropisme impérialiste de la Russie impose le réarmement des Européens, il a également rendu prioritaire la restauration de leur souveraineté énergétique. Les aventures incertaines de l'administration Trump en Iran ont renforcé encore un peu plus le sentiment d'urgence. En Belgique, le gouvernement fédéral s'est engagé dans de longues négociations avec le groupe français Engie afin de "nationaliser" les centrales nucléaires de Doel et de Tihange. La majorité Arizona se trouve au pied du mur dans un dossier primordial. Politiquement, les partenaires de coalition réussiront-ils à garder leur sang-froid ?
Tout d'abord, un axe s'est dégagé : il associe le Premier ministre, Bart De Wever (N-VA), et le ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR). Les enjeux sont vertigineux mais le nationaliste et le libéral sont sur la même longueur d'onde. La relance du nucléaire était l'un des combats emblématiques de leurs partis respectifs. Quant à l'idée d'un rachat des infrastructures d'Engie par les pouvoirs publics, elle ne trouble pas leur fond idéologique. Si MR et N-VA défendent l'économie de marché et le secteur privé, ils sont également en faveur d'un État régulateur qui développe les infrastructures stratégiques. Si l'État devait racheter les centrales, il serait dans son rôle, estiment les responsables des deux formations. Bart De Wever et Mathieu Bihet héritent toutefois d'une obligation de réussite politiquement lourde à porter.
Le chef du gouvernement et le ministre de l'Énergie ont un autre avantage : à ce stade, leurs partenaires de majorité semblent plutôt alignés sur leur vision. Si la surprise de l'annonce de l'ouverture de discussions avec Engie avait crispé les mâchoires de certains ministres, le nucléaire ne devrait pas susciter (trop) de chamailleries. Les tensions politiques se portent ailleurs : les milliards à trouver cet été pour sauver les finances publiques, le marchandage autour des dossiers éthiques…
L'avertissement de Vooruit
La relance de la filière nucléaire belge ne semble pas souffrir du classique affrontement gauche-droite. Au sein de l'Arizona, les socialistes flamands ne s'opposent pas à l'atome. Le chef du groupe Vooruit à la Chambre, Oskar Seuntjens – un proche du président Conner Rousseau – avait estimé qu'il ne pouvait y avoir de tabou politique sur le nucléaire. "Nous sommes aujourd'hui beaucoup trop dépendants de partenaires peu fiables en matière d'énergie. La solution est simple : nous devons reprendre le contrôle de notre énergie."
Le parlementaire lançait toutefois un avertissement sur les futurs résultats des discussions avec Engie : "Il ne peut s'agir d'un accord où les bénéfices sont privatisés mais les risques nationalisés." Autrement dit, les socialistes flamands examineront l'éventuel futur accord de rachat afin de s'assurer qu'Engie ne se décharge pas à bon compte d'un secteur dont il ne veut plus en le refilant à l'État belge.
"Pas à n'importe quel prix"
Et du côté des centristes ? "Le CD & V appuie clairement la N-VA et le MR dans ce dossier", glisse un membre de l'Arizona. Sous la précédente législature, les chrétiens-démocrates flamands avaient d'ailleurs plaidé en faveur d'une prolongation de vingt ans des réacteurs de Doel 4 et Tihange 3, allant plus loin que certains de leurs alliés au sein de la Vivaldi.
Et Les Engagés ? Pour l'instant, les feux sont au vert. "L'État doit jouer un rôle au niveau nucléaire, mais doit-il acheter ou pas ? On peut en discuter, cela dépend surtout des conditions, analyse un poids lourd du parti. L'État ne sera pas un opérateur mais jouera un rôle actif. Mais pas à n'importe prix financier ni de sécurité." Quant à la présence de Jean-Luc Crucke au sein du gouvernement De Wever, elle ne devrait pas poser de problème. Par le passé, l'actuel ministre fédéral du Climat avait affiché son hostilité de principe aux centrales nucléaires en raison des déchets produits mais il se veut désormais "réaliste".
